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Qui parle?

Jeune journaliste, j’essaie de pratiquer ce métier pour "raconter le monde" et donner à voir ce que l'on ignore parfois. « Le voyage ne commence pas au départ et ne finit pas au retour » écrit Kapuscinski dans Mes Voyages avec Hérodote. Pour expliquer la façon dont des gens que nous ne connaissons pas voient le monde et leur vie, il faut être près d’eux. En tentant de mieux comprendre leur point de vue on acceptera mieux la différence et peut-être verra-t-on qu’elle n’est pas si… différente ?

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Attention, Reportage et Photo déménage !
Vous êtes encore nombreux à venir visiter Reportage et Photo, pourtant cette adresse n'est plus mise à jour. Si vous souhaitez découvrir mes nouveaux articles je vous invite à venir les voir sur Reportageetphoto.fr. Vous êtes donc cordialement invité à venir y découvrir toujours plus d'analyses d'images, d'histoires de reportages et de documentaires multimédia à cette nouvelle adresse, plus pratique et plus belle.
- Antonin Sabot-Lechenet
6 juin 2007 3 06 /06 /juin /2007 12:16

fazal-sheikh-02.jpg



"Je rêve de mes garçons, je rêve que je les nourris, que je joue avec eux. J’aimerais être capable d’oublier le passé, mais chaque fois j’en ai le coeur brisé. Quand je rêve de Krishna, quand je danse avec lui, quand je chante et l’adore, je ne souffre plus."













Moksha, c'est une sorte de paradis pour les Hindous. Il ressemble à celui des boudhistes en cela qu'il permet une fois pour toute d'échapper au cycle des réincarnations. Pour échapper à leurs vies futures, des centaines de femmes indiennes fuient leur vie actuelle pour se rendre dans la ville sainte de Vrindavan. Là elles apprendront à se détacher de leur individualité, de leur indentité même pour que Krishna leur donne Moksha...
Fazal Sheikh, lauréat du renommé prix Henri Cartier-Bresson nous offre ici un regard fort et bouleversant sur la société indienne et sur ses femmes tellement fatiguées qu'elle quittent tout pour un espoir de vie
meilleure dans l'au-delà.


La deuxième partie de l'exposition à la Fondation Henri Cartier-Bresson, Ladli, est encore plus émouvante. Il s'agit de portraits de jeunes filles abandonnées ou volées. Réduites à mendier ou à se prostituer pour vivre dans une Inde qui ne veut pas d'elles. Où l'on ressent toute la crauté de cette publicité pour l'avortement des filles : "Dépensez cinq cents roupies aujourd’hui, économisez-en cinquante mille demain. "

fazal-sheikh-03.jpg



« Moksha » & « Ladli », Fondation HCB, Paris, 10 mai – 26 août 2007
2, impasse Lebouis, 75014 Paris
du mardi au dimanche de 13h00 à 18h30
le samedi de 11h00 à 18h45
nocturne gratuite le mercredi de 18h30 à 20h30
fermé lundi et jours fériés


Le site de Faza Sheikh
Le site de la Fondation Henri Cartier -Bresson
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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 22:52

Libération, dans son édtion du lundi 4 juin, nous propose une très belle image en provenance de Colombie.
Le contexte est celui de l'annonce, par l'actuel président Alvaro Uribe, de la libération probable de nombreux membres des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), groupe en guerre avec le pouvoir depuis plus de 40 ans.

Les Farc détiennent elles-mêmes de nombreux otages (dont Ingrid Betancourt bien sûr), mais ici il s'agit de leurs prisonniers, incarcérés dans les prisons gouvernementales. Afin de préparer cette éventuelle (rien n'est encore sûr, et Uribe n'en serait pas à son premier coup de bluff) libération, les prisonniers ont été rassemblés dans la prison de Chinquinquirà, au nord de Bogota, la capitale colombienne.

C'est là qu'a été prise cette merveilleuse et très forte image.


libe-colombie-001.jpg
crédit photo: Daniel Munoz/Reuters

Je dis merveilleuse car elle a deux caractéristiques principales qui sont assez rares dans des images de presse. 

La première carctéristique est esthétique. C'est une image couleur, mais comme on le voit elle est presque monochrome. Le scan renforce cette impression, mais la version papier garde ce rendu presque noir et blanc. Quelques reflets verts viennent modifier cet aspect. Seul le visage est vraiment en couleur. Ainsi seul le visage est vivant, ce qui l'entoure apparaît du coup comme inhumain et appartenant à un autre monde.

On en vient donc au deuxième aspect de cette photo qui contribue à lui donner toute sa force: Cette partie inhumaine est une autre image. Cette photo contient en fait deux images. La première, c'est celle de ce prisonnier qui entrouvre le rideau de son bus. La deuxième c'est celle des barbelés qui se reflètent sur la vitre du fourgon qui l'emmène. Sans parlé de tout l'imaginaire auquelk peuvent renvoyer de tels barbelés, le jeu et le discours du photographe sont très forts: il nous montrent
ce que voit ce prisonnier, et ce qu'il voit l'enferme en même temps.

Un jeu de reflets qui donne un sens profond à cette image.


Cette photographie est issue d'une parution de presse, sa diffusion ici l'est à titre d'information et d'explication sur sa signification. L'auteur de ce blog tient à marquer son attachement au droit d'auteur.

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28 mai 2007 1 28 /05 /mai /2007 09:13

Depuis décembre, le magazine De l'air reparaît.
Bi-mensuel créé en 2000 il avait parut et dirsparu de manière épisodique depuis. Après décembre 2005, un seul numéro "été 2006" était sorti.

Sa production a été relancée cet hiver avec le numéro de décembre-janvier.


delair-mag-une.jpg


Ce magazine de qualité est une belle vitrine du photojournalisme. Il allie, sur environ 70 pages de bon grammage, texte et l'image en donnant une très belle place à cette dernière. Avant l'arrêt de la parution en 2005, plusieurs reportages étaient publiés intégralement dans chaque numéro.
Le numéro de mai-juin n'en comprte qu'un seul à proprement parlé (un reportage politique) , mais il contient aussi de nombreux sujets très photographiques (un dossier de portraits, un "tout images" sur l'hexagone,...). Apparament, le magazine laisse une place plus importante aux graphistes qu'il ne le faisait précédemment. Peut-être que le créneau uniquement photojournaliste n'était pas assez porteur.

Il n'en reste pas moins que ce magazine est une lecture recommandée pour tous les amateurs d'images et de photojournalisme.


     044030030001.jpg                                044030027001.jpg

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22 mai 2007 2 22 /05 /mai /2007 12:30

 

crédit des photos: Marc Chaumel

 
erika-proc--s-photo-double.jpg


La marée noire de l’Erika a d’abord eu lieu sur les côtes françaises. Sept ans après, depuis le 12 février, la marée noire arrive sur les bancs du tribunal de Paris. Le quotidien Libération met en image cette nouvelle marée noire dans son numéro daté du lundi 21 mai.
Cette fois, le noir, ce n’est plus celui du mazout, mais celui des robes d’avocats qui envahissent peu à peu l’espace de l’image, l’espace médiatique.
Le cadre (puisqu’il y en a un en photographie) est celui de la double page « Grand Angle » du quotidien. Du haut vers le bas de la page, il y a une progression dans cette vague de noir qui avance, comme le brut a avancé sur les plages bretonnes, les remplissant progressivement.
En haut de la double, les juristes arrivent au tribunal d’un côté, de l’autre ils posent simplement devant un mur blanc, une militante présente au tribunal pose également. Sur ces images, le blanc est présent. Que ce soient les pavés de la cour du Palais de justice ou le mur, il a encore une place importante. Sur les portraits, même les robes des avocats ne sont pas d’un noir très dense, la lumière pose des reflets sur leurs habits.

erika-proces-photo-02.jpg

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Plus bas dans la page, le noir s’impose dans les images, omniprésent, étouffant. C’est particulièrement le cas pour la photo d’Antonio Pollara, le gestionnaire nautique de l’Erika. Le noir des robes d’avocats le prend à la gorge, le submerge littéralement. La similitude avec les oiseaux tentant de se dégager des nappes de pétrole est frappante et tombe juste. L’homme est empêtré dans la machine judiciaire et son air énervé, un rien colérique, renforce cette impression. 

Copie-de-erika03.jpg

Le noir, le sombre qui se referme sur les acteurs de ce procès, c’est enfin et surtout la photo du juge Jean-Baptiste Parlos dont on n’aperçoit plus que le visage coincé entre deux masses noires. Celui qui ce demande « qu’est-ce que nous faisons là ? » selon les termes de l'article est-il une lueur d’espoir qui va faire la lumière, ou au contraire, n’est-il que le point de fuite sur lequel se referme la nouvelle marée noire de l’Erika ?

erika-proces-photo-09.jpg


Les photos sont reproduites ici à titre d'explication sur un fait d'actualité et sur son traitement photographique.
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3 janvier 2007 3 03 /01 /janvier /2007 13:32

Affaire Seznec: les photographes à la recherche d'une icône de la souffrance

L'affaire défraie la chronique depuis plus de 80 ans , si bien qu'on se demande comment l'on peut encore en parler de manière neuve à l'heure actuelle: un homme Denis Seznec se bat pour la réhabilitation de son grand-père Guilaume. Selon lui, ce dernier serait innocent d'un crime qui l'avait conduit au bagne il y a près de cente ans.

De recours en recours l'homme qui a passé sa vie et sûrement tout son argent dans ce combat est de plus en plus médiatisé. Dernier épisode en date, le rejet, par la Cour de Cassation de ce qui est perçu comme le dernier appel possible (hormis procédure devant la justice européenne).

Comme on le voit sur la photo ci-dessous de nombreuses anciennes victimes d'erreurs judiciaires sont venues soutenir Denis Seznec dans ce que tout le monde attendait comme un tournant. A l'arrivée au Palais de justice de Paris, il semblait plutôt confiant. En résulte un image de dialogue. Denis Seznec s'adresse à des gens comme s'ils étaient ses amis. Cette discussion est imédiate dans le sens premier du mot: elle n'a pas de besoin des médias (même si la présence des caméras prouve qu'elle n'est pas entièrement désintéressée).

 

Mais les images suivantes (créditées Reuters et AFP, je n'ai pas pu rester jusqu'à la fin du jugement) sont plus intéressantes. Celles-ci montrent une situation de communication clairement médiatique: Denis Seznec ne s'adresse plus à une ou deux personnes en particulier, mais à la foule, et encore plus au public qu'il imagine derrière les micros et les caméras.

L'intérêt de la comparaison de ces deux images est de montrer la différence entre deux situations de communication clairement différente. C'est forcément la seconde qui parait dans Le Monde pour impliquer le lecteur: "Denis Seznec s'adresse  vous" ; auparavant il parlait au "curé d'Outreau" donc à quelqu'un de très particulier, proche de lui mais pas de "vous".

Le deuxième point intéressant de ces images est ce qu'elles représentent symboliquement: on y voit des icônes de la souffrance, de victimes d'erreurs judiciaires. Des Davids se battant contre Goliath ; d'où le déchaînement de nombreuses personnes présentes s'identifiant à ces victimes et criant, au sortir du tribunal des "A mort les juges" et "Elle est belle la France!".

Tous les photographes l'ont bien senti. Plutôt que de se concentrer uniquement sur le principal intéressé - on aurait pu imaginer un portrait serré très poignant tant la déception marquait son visage- ils ont préférer embrasser de leur cadre les autres victimes, les autres David, bref les autres symboles.

Sur la Une du Monde, on voit même Patrick Dils serrer la main de Denis Seznec. Cette image élargit de manière intéressante le fond de l'article puisqu'elle impose une réflexion sur la justice en général plutôt que sur la seule affaire Seznec.

 

 

Pourtant, et c'est là où le photojournaliste doit avouer parfois les limites de son métier, aucune de ces image n'arrive au statut de symbole. Je pense que les photographes présents ont essayé de faire de cette situation un nouveau symbole de la souffrance. Une vision disant: "Ces hommes ont souffert, ils sont une image que nous devons garder dans notre conscience."

Sans vouloir critiquer ces images (mes miennes n'y parvenant pas non plus),  elles n'arrivent pas à sortir du cadre de cette simple affaire. Cadre qui coupe des têtes en deux, nombreuses personnes qui parasitent l'image, font que le message, bien que fort, manque d'exclusive. On peut les interprêter de plusieurs façons et donc leur message n'est pas assez clair pour être symbolique.

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28 décembre 2006 4 28 /12 /décembre /2006 19:46

L'esthétique contre le sens?

Comme je l'ai déjà fait remarquer dans un billet précédent, le journal Libération entretien un rapport tout particulier avec la photographie. Pleines pages et portfolios font de ce quotidien une execption dans le paysage de la presse française.

Un point qu'il faut avoir en tête en regardant les illustrations de ce journal est qu'elles résultent d'un choix délibéré: celui de l'esthétique. En clair, ce journal a choisi de présenter des photos pour leur beauté, pour leur rendu particulier, sur des critères qui en réalité ne relèvent pas forcément du domaine informatif, mais plutôt du domaine artistique.

Ce choix délibéré se défend et, de toute manière, fait l'originalité de cette parution.

Il est cependant important de garder à l'esprit cette caractéristique illustrative: les images sont là pour faire beau et non pas forcément pour informer (je dis "pas forcément" car parfois elles informe àleur manière). Il arrive donc que l'image non seulement n'apporte pas vraiment d'information au lecteur, mais aussi parfois qu'elle lui donne une information CONTRAIRE à  celles de l'article ou même contraire à la REALITE illustrée par elle.

Un exemple frappant est celui d'une récente manifestation de personnes handicapées  à Paris.

L'image ci-dessous est celle publiée dans Libé le lendemain. On y voit une personne en fauteuil, seule et loin devant une scène, vide, dans une rue vide. On le voit assez mal sur cet exemplaire scanné, mais le grain de l'image est assez particulier, elle est dans des tons chauds très agréables. Cette image est vraiment très belle. Elle accède presque à la dimension de symbole (la solitude des handicapés par exemple) ce qui est un moyen prisé, en photojournalisme, de délivrer de l'information.

Problème: elle ne correspond que de très loin à la réalité de cette manifestation. Elle ne correspond d'ailleurs pas à l'article qu'elle accompagne ni même à sa légende: journée d'action des personnes handicapées devant le ministère de la Santé.

Que nous dit cette image ? Que la manifestation n'a attiré personne, la scène était vide. En extrapolant sur l'image seule, on irait jusqu'à penser que les revendications des manifestants n'ont pas abouties puisqu'ils ont déserté le "champ de bataille".

Cette image a dû être prise peu avant que les gens n'arrivent et avec la complicité de la personne qui est venue se placer ici alors que les autres manifestants se trouvaient, à ce moment à l'opposé. Ils étaient en réalité tous regroupés de l'autre côté de la rue au début de la manifestation.

Si l'on prend le point de vue du photographe, il tourne le dos à la foule, en un sens il tourne le dos à l'actualité.

Le parti pris de l'esthétique est respectable, mais faut-il faire courir le risque de délivré un message biaisé, sacrifié sur l'autel de la "bonne photo".

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16 décembre 2006 6 16 /12 /décembre /2006 19:00

Une année en image

Que serait un journal de presse écrite sans photographies? Difficile à imaginer aujourd'hui alors que même Le Monde est passé depuis longtemps à l'image et à la quadrichromie. La photographie apporte aujourd'hui beaucoup au texte. Parfois elle ne fait qu'égayer la page, mais souvent elle ajoute des informations à un article. Plus rarement, mais de manière intéressante, elle apporte un vrai message.

Le journal Libération donne une place toute particulière à l'image. Tous les samedis, une chronique analyse une des photos parues au cours de la semaine. Cette semaine, c'est un numéro spécial que consacre Libération à la photographie, "star des journaux" selon Laurent Joffrin.

Même si c'est de la publicité éhontée, je vous conseille vivement l'achat de ce numéro (en plus, en ce moment, ils ont besoin d'un petit coup de pouce).

créditphoto: Lionel Charrier/MYOP

Ce supplément ne se contente pas d'une collection d'images juxtaposées censée résumer l'année. De nombreux événements de l'actualité sont d'ailleurs absents. En celà, cet ouvrage ne ressemble pas à un almanach comme l'album annuel de l'AFP par exemple (de très bonne qualité par ailleurs).

Ce numéro en dit beaucoup sur le traitement photographique des événements par un journal qui justement est sensible au sens des images. Il est par exemple intéressant de s'arrêter sur la représentation qu'il donne a posteriori des émeutes en banlieue cette année.

La présentation est singulièrement différente de la couverture médiatique au moment des faits. Exit les photos de voitures brûlées et de policiers assaillis. Les seules images sont désormais celles des défilés des jeunes de banlieue. et de barres invivables.

Il en va presque de même pour le traitement photographique de la crise du CPE. Là où un grand nombre de photographes se rêvaient sur un champ de bataille à 100 mètres de chez eux, où ils s'imaginaient crânement en nouveaux Nachtwey ou Delahaye, Libé ne garde que quelques images poétiques d'étudiants à la Doisneau.

crédit photo: Rémy Artigues

Le recul est une chose dont on manque singulièrement dans un traitement quotidien de l'actualité. Il privilégie fatalement le prêt à digérer, le prêt à penser. Les faits saillants et les faits divers passent en premier car ils se suffisent souvent à eux-mêmes en terme de compréhension...

Revenir en arrière est un exercice sûrement partial, mais salvateur.

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23 novembre 2006 4 23 /11 /novembre /2006 16:07
Photo-sensible
À 51 ans, Pascal Maitre, photoreporter, raconte le monde en images et en couleurs.

Il vous parle de ses reportages en Somalie ou en Afghanistan en regardant en l’air, comme s’il voyait des images défiler au plafond. Il vous parle calmement de la course-poursuite en Haïti, de ces fois où il a failli perdre la vie. Et puis il vous dit que c’est en France qu’il est difficile de prendre des photos. Pascal Maitre est un de ces hommes qui parcourent la planète pour en ramener des images fortes et colorées. Pascal Maitre est photojournaliste.

Le premier trait marquant de cet homme, c’est sa simplicité. Alors qu’il pourrait vous en mettre plein la vue avec ses histoires du bout du monde, il se contente de dire qu’il n’est « qu’un passeur ». La vraie histoire exceptionnelle pour lui est celle des gens qu’il photographie, qui font la guerre, qui résistent, et qui tentent de vivre dans des pays ravagés par les confits. Tous ces gens qu’il regrette de « laisser derrière » quand le temps du reportage est fini.

Né en 1955, sa carrière commence comme celle de beaucoup de photographes de sa génération : on laisse tomber les études et on se lance. La rencontre avec l’Afrique est souvent une expérience marquante. Il la fera dès 1979, en travaillant pendant trois ans pour le magazine Jeune Afrique comme deux de ses prédécesseurs de renom, Abbas et Le Querrec. Ensuite, après un an de free-lance, il rejoint le staff de Gamma, une des trois grandes agences photographiques de l’époque. C’est l’apprentissage.

Pour un autodidacte en photographie, il faut apprendre un pays, un continent et des gens qui le peuplent. Il faut savoir comment discuter avec les personnes photographiées pour qu’elles se livrent et qu’elles vous emmènent voir les situations qu’elles vivent. Il faudra aussi savoir jusqu’où on peut aller car « si on va trop loin on se casse la gueule et ça fait mal » explique-t-il. Mais « si on ne va pas assez loin, on a rien ». Comme lorsqu’il revient en 2002 dans la cathédrale de Mogadiscio. Une nef est accessible, l’autre non. Si l’on passe la ligne de front traversant l’édifice, on se fait tirer dessus. Entre les deux réside la photo symbolique.

Pascal Maitre a décidé de vivre de « la seule chose qui [l’]intéressait », la photographie. Bien que passionné, il en parle de manière calme. Pourra-t-il s’arrêter un jour ? Il marque un blanc. « Je ne sais pas, je n’y ai pas pensé. » Il y a d’ailleurs beaucoup de choses auxquelles il avoue ne pas avoir trop penser avant de se lancer dans ce métier auquel « il faut beaucoup donner ». À la vie familiale difficile qui en découle, pas plus qu’aux moments dangereux qu’on y vit. Tout ce qui semble compter pour lui, ce sont les voyages. Incessants voyages, six ou sept mois par an, qui le conduisent maintenant bien loin de l’Afrique, du Guatemala à la Sibérie. Il a « produit des images » pour plus de 70 reportages pour Géo Allemagne et Géo France. Sans compter les publications dans de nombreuses revues comme Le Figaro Magazine ou National Geographic.

La vie par-dessus le chaos

Pour produire des images, Pascal Maitre à une recette qui se dévoile petit à petit quand on observe ses images. Bien sûr, il y a la lumière. Elle éclaire les visages de ses sujets, montre l’espoir dans les yeux des gens qu’il photographie et anime les couleurs éclatantes dont il aime les contrastes. Mais le plus important dans ses images, c’est la vie. Il sait la trouver parmi les ruines d’un Mogadiscio livré au chaos aussi bien que dans la froideur de la Sibérie.

« Ce qui est fou, dans tout ce chaos, c’est que la vie continue » s’étonne-t-il. Et c’est cette vie qu’il sait si bien montrer. Là réside l’originalité de ses images. Là où d’autres photographes auraient cherché l’image choc de la violence ou de la tristesse, l’image attendue en fait, Pascal Maitre sait montrer le côté surréaliste de certaines situations, l’autre part de la réalité.

« Fondamentalement, les gens sont sympas. Il faut leur parler en individuel » explique-t-il à propos des situations critiques qu’il a vécues, confronté à la violence de mercenaires armés. Son arme à lui pour aborder le monde est son Leica M. Une arme qui l’emmène dans de très nombreux pays. Une arme qui parfois le met en danger car elle représente l’intrusion occidentale. Mais une arme qui fait de lui le soldat pacifique d’une certaine vision de l’humanité.
 
Allez voir le très beau site de Pascal Maitre.
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20 novembre 2006 1 20 /11 /novembre /2006 22:31

Pendant ou après?

Voici une photo publiée le 20 novembre dans Libération en page 2. Elle est créditée à Suhaib Salem de Reuters. Elle illustre un article intitulé "Les missiles répondent aux roquettes à Gaza".

 J'ai choisi cette image pour mon premier "Inside the Picture" en forme de test car elle est graphiquement forte. La légende dit "Des Palestiniens inspectent la carcasse de la voiture détruite par un tir israélien, à Gaza, hier."

La première chose qui frappe lorsqu'on voit cette image est le lieu d'où elle est prise. Le photographe s'introduit sous la voiture en même temps que ses sujets. Il utilise sûrement ici un objectif très grand angulaire (on le voit de plus avec la présence d'une personne dans le coin inférieur droit) pour pouvoir embrasser des éléments du décor tout en étant installé dans un espace très restreint.

Cet emploi du grand angle donne beaucoup d'importance à ce décor particulier. On a l'impression que l'endroit où se déroule la scène est assez spacieux alors qu'en réalité la légende suggère qu'il est très exigu.

Le caractère déformant du grand agle joue ici à plein. Ce qui est intéressant est qu'il amène en outre une possibilité d'interprétation multiple: par effet déformant, la carcasse apparaît comme une espèce de grotte, de cave dans laquelle les deux jeunes gens présents (ils ne doivent pas avoir plus de 15 ou 16 ans) se réfugient. Ainsi on est en droit de se poser une question face  cette photographie: le bombardement a-t-il encore lieu? Ces enfants sont-ils en train de se protéger?

La composition en triangle au niveau de lumière (de la tête du garçon aux coins inférieurs de l'image) renforce cette impression de sécurité, de stabilité, qu'apporte la carcasse de voiture transformée en grotte par le grand angle.

Cette question de savoir si le bombardement a encore lieu permet de plus de renforcer le caractère dramatique de l'image.

 

Grâce au grand-angle, le photographe, fidèle à Capa et à son idéal de proximité avec le sujet ("If your picture is not good enough it's that you're not close enough"), nous sert ici une image très forte en symbolique et en interrogation. Bref on s'y croirait

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