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Qui parle?

Jeune journaliste, j’essaie de pratiquer ce métier pour "raconter le monde" et donner à voir ce que l'on ignore parfois. « Le voyage ne commence pas au départ et ne finit pas au retour » écrit Kapuscinski dans Mes Voyages avec Hérodote. Pour expliquer la façon dont des gens que nous ne connaissons pas voient le monde et leur vie, il faut être près d’eux. En tentant de mieux comprendre leur point de vue on acceptera mieux la différence et peut-être verra-t-on qu’elle n’est pas si… différente ?

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Vous êtes encore nombreux à venir visiter Reportage et Photo, pourtant cette adresse n'est plus mise à jour. Si vous souhaitez découvrir mes nouveaux articles je vous invite à venir les voir sur Reportageetphoto.fr. Vous êtes donc cordialement invité à venir y découvrir toujours plus d'analyses d'images, d'histoires de reportages et de documentaires multimédia à cette nouvelle adresse, plus pratique et plus belle.
- Antonin Sabot-Lechenet
11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 10:06
Eh bien voilà, je le dis tout net : j'envie les photographes de Libération. J'ai souvent dis ici et je le répète à nouveau que  si j'aime lire Libération, ce n'est pas pour son encre qui tache les  doigts, ni pour ses pages couleurs qui se retrouvent souvent en noir et blanc. Non. Par contre pour voir des photos que je ne verrai pas ailleurs, même sur des sujets largement couverts par d'autres médias.

Ainsi ces images de Raymond Domenech avant le match France-Serbie de mercredi 10 septembre :




Attention, les photos proviennent de l'AFP, par Franck Fife. Mais peu de journaux choisiront de publier l'avenir sombre de Raymond Domenech de dos. Seul face à son avenir en quelque sorte. Alros merci Libé de ne pas tout faire comme tout le monde.
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5 septembre 2008 5 05 /09 /septembre /2008 08:39


Le numéro de Paris Match de cette semaine déclenche la polémique. En cause, la publication par l'hebdomadaire d'images d'un des groupe de talibans ayant participé à l'embuscade contre les soldats français le 18 août dernier. Depuis, les commentaires affluent sur le site de Paris Match sur une vidéo où Véronique de Viguerie explique les conditions de l'interview (pour tout dire, c'est moi qui ai réalisé l'interview de cette photojournaliste).



Au-delà de la virulence des commentaires et des e-mails reçus à la rédaction de Match, il est clair que la publication de ces clichés pose quelques questions et remet sur la table (en plein festival Visa pour l'Image ça tombe bien) le débat sur la responsabilité des journalistes et plus particulièrement des photojournalistes, puisque plus que tout autre journalistes ils montrent l'actualité.



Les armées refusent de montrer leurs morts, ou le mythe de la guerre propre
Dans un sens, la polémique suite à la publication de ces cichés n'est pas étonnante. Le sujet des soldats tombés au combat a toujours été très délicat en matière de photojournalisme.

Les Etats-Unis ont été très concernés par ce sujet, (dès la guerre de Sécession cf Susan Sontag) notamment au moment de la guerre du Vietnam. Les images très fortes et violentes de ce conflit sont légions (cf. Vietnam Inc, de Philip Jones Griffiths). Très vite une règle tacite s'est imposée en matière de représentation des morts : on ne devait pas pouvoir les reconnaître. Ainsi ils étaient normalement photographiés uniquement de dos.

Il va malheureusement sans dire que cette retriction s'applique uniquement aux "boys", aux soldats américains représentés par la presse américaine. Pas de restrictions pour montrer l'ennemi tombé au combat si ce n'est, dans une certaine mesure, celle du caractère choquant du cadavre.

L'idée que l'armée veut montrer une guerre propre et surtout ne pas démoraliser ses troupes et leurs familles en leur montrant qu'ils peuvent souffrir commence à porter. Et il n'y a rien de plus à lire dans les déclarations d'Hervé Morin, ministre français de la Défense, tançant la presse pour le débat sur l'embuscade (pour le Canard Enchaîné) et la publication des photos (pour Paris Match).

En Irak, ces règles déontologiques imposées par l'Etat Major se sont renforcées. Désormais en plus des restrictions sur les morts, les photojournalistes doivent demander leur autorisation aux soldats blessés pour publier leur image. Récemment, le cas d'un photoraphe qui avait publié sur son site des images d'un attentat suicide contre des troupes US (alors qu'il était "embed") a créé une vive polémique Outre-Atlantique. Le dit photographe, Zoria Miller (merci Pierre),
a été blacklisté par l'armée "pour sa propre sécurité" selon l'Etat-major (cf New York Times).

Dans quelle mesure le journaliste est-il responsable de ce qu'il montre ?

Deux tribunes du Figaro (une de Max Gallo et une de Jean-Marc Balencie, membre d'un cabinet de conseil) accusent les photographies de Match d'être une nouvelle salve contre l'armée française. Grâce à ce genre d'articles, explique Max gallo "les Talibans peuvent gagner la guerre", car ils vont gagner la victoire de l'opinion.

N'est-ce pas là vouloir faire jouer aux journalistes un rôle qui n'est pas le leur : défendre la Nation? L'accusation de participer à la propagande des talibans ne peut être écartée du revers de la main, en revanche on ne peut pas demander aux journalistes de suivre les recommandations des militaires et d'entrer dans le jeu pour gagner la guerre. Kapuscinski dans Voyages avec Hérodote fait remarquer que le rôle principal du journaliste est donner la parole "aux autres" (à tous les sens du terme). L'exemple qu'il donne à propos d'Hérodote est justement celui de la guerre : Hérodote veut savoir ce que les "autres" pensent des grecs à une période où Athènes est en conflit ouvert avec ses voisins. À la lumière de ce texte, les journalistes font leur travail en allant parler aux "ennemis".

Les photographies du Vietnam ont en effet retourné l'opinion US, et dans un sens ont fait "perdre" la guerre à l'Amérique. D'ailleurs de nombreux photographes de guerre se définissent comme des photographes "anti-guerre", ou dans une moindre mesure désirent faire prendre conscience au public de la dureté d'un conflit. Dans ce cadre en effet, les désirs de l'armée et des journalistes semblent impossible à accorder.



Le rôle du public : pourquoi refuse-t-il de voir (ou bien fait-il semblant) et pourquoi le journaliste ne doit pas forcément en tenir compte.

Patrick Chauvel dans son livre Rapporteur de guerre explique qu'il ne se sent pas responsable des images qu'il montre. Au contraire il est responsable des images qu'il ne montre pas puisqu'il cache de l'information. Les photos qu'il publie sont en quelque sorte livrées à l'opinion du public et c'est en suite à lui de s'en charger, d'en tirer les conséquences.



Bien souvent dans ce genre de débat, public et journalistes se renvoient la balle. Le public dit ne pas vouloir voir, dit vouloir du fond, et les journalistes de répondre que lorsqu'il mettent un sujet ardu en Une, leur journal ne se vend pas (d'ailleurs cette semaine Paris Match fait sa Une sur Mélissa Theuriau et non pas sur l'Afghanistan). Internet offre d'ailleurs de belles preuves de cette difficulté : il suffit d'aller voir sur le site Rue89 pour constater que les articles sur l'Afrique se "vendent" moins bien que les articles sur la vie privée des hommes politques (par exemple). La tentation de faire du choc est alors grande, même si cela doit déclencher une polémique (c'est même souvent l'effet recherché).

Plus prosaïquement, les photojournalistes eux-mêmes disent souvent avoir beaucoup de mal à vendre leurs photos si elles ne sont pas "choc". Pour revenir aux images de Paris Match, beaucoup de gens attaquent les journalistes en disant à tort qu'ils ne cherchent que le "scoop". C'est le cas pour ces images qui sont un scoop, c'est indéniable. Mais Véronique de Viguerie est une spécialiste de l'Afghanistan. Malgré son jeune âge, elle y a résidé plusieurs années et en a fait des centaines de photos. Ses images sont magnifiques, très fortes sans être choquantes ni senstionnalistes. Mais elles ne trouvent pas forcément la faveur des magazines et sont plutôt publiées dans des livres dont la diffusion et la médiatisation sont fatalement moindres. D'ailleurs lors de son interview, Véronique de Viguerie ne cachaient pas que les photos publiées dans Match ne sont "pas celle {qu'elle} préfère". Ironie du sort, ce sont sûrement celles qui lui rapporteront le plus d'argent.


Souvent les lecteurs accusent les photojournalistes de voyeurisme. Plus grave encore est la critique qui consiste a prendre ces derniers comme responsables des scènes qu'ils montrent. Une réponse à cette question se trouve dans le documentaire Rapporteurs de guerre de Patrick Chauvel. Un photographe y montre une photo qui lui a valu la vindicte populaire : le meurtre d'un opposant au Liberia sous ses yeux par une foule déchaînée. On lui a nottament reproché de n'avoir pas empêché ce qui se passait, autre question "qu'est-ce que ça apporte comme information?". Légèrement désabusé, le photographe explique que les photojournalistes perçoivent souvent le moment où ils ne peuvent plus rien faire à part se mettre eux-même en danger. Surtout il ajoute qu'il s'est vite rendu compte que les gens qui faisaient cette critique ne savaient même pas où se situaient le Liberia ni n'importe quel autre endroit où il était allé risquer sa vie pour témoigner.
Il en tire la conclusion que les gens préfèrent ne pas savoir et que ces photos qui les dérangent sont une épine dans leur pied. Épine que sont d'ailleurs censé être les journalistes non? Conclusion : il a décidé de ne plus y faire attention et de s'en tenir à sa conscience pour montrer ou pas ce qu'il voit.





A lire, à voir (les liens vous  envoient vers amazon pour vous donner une idée pas pour faire de la pub ;-)):
Devant la douleur des autres par Susan Sontag et Fabienne Durand-Bogaert (Broché - 1 octobre 2003)
Rapporteur de guerre, livre de Patrick Chauvel (Poche - 8 octobre 2004)
Rapporteurs de guerre par Patrick Chauvel (DVD - 2005)
War Photographer par NACHTWEY JAMES (DVD - 2004)

"Nous pouvions montrer les morts", article page trois du Monde daté dimanche 7 lundi 8 septembre.

Faut-il parler aux Talibans ?
Une des réactions courantes en ce moment est de dire que Paris Match a donné la parole aux talibans, "à nos ennemis". Beaucoup s'en indignent. Alors je vous propose ce petit lien qui n'a pas déclenché de telle  polémique à l'époque et qui surtout pose la question ed la résolution du conflit en des termes crus : Faut-il parler aux talibans?
Talking with the Talibans, un reportage mulitmédia du Globe and Mail.


Dossier "Les médias dans la guerre". (pdf)
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26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 21:57
Je vous ai souvent parlé de diaporamas sonores made in USA, aujourd'hui je vous en présente un en français dans le texte. Il s'agit de photographies d'un photographe de Paris Match : Alvaro Canovas. Pour l'instant, le son ne vient pas du terrain, mais est une interview a posteriori réalisée par un journaliste de la rédaction web de Match, Maxime Guillon (et pour ne pas faire de mystère, c'est moi qui l'ai mis dans ce format).

Cela pourrait être un bon début en matière de collaboration web-papier, sujet que l'on sait difficile dans les grands groupes de presse.

J'en profite pour glisser que l'image photographique pourrait bien être un des vecteurs de cette collaboration entre "anciens" et "nouveaux" médias, tant ce format de diaporama sonore est efficace visuellement et informativement (passez en mode plein écran et vous m'en direz des nouvelles). De plus, une fois le reportage effectué pour le papier, le coût marginale de création web est négligeable.

(cliquez sur l'image pour accéder au diaporama)





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17 août 2008 7 17 /08 /août /2008 17:21
Samedi 9 août, le conflit en Ossétie s'étend au territoire géorgien. Un des photographes de Paris Match me demande de lui imprimer les dépêches Afp détaillant la situation. Il est sur le départ et souhaite savoir où en sont les combats. "Difficile à dire, il y a une bataille de chiffres entre les Russe et les Géorgiens. par contre c'est sûr qu'il bombarde une ville pas loin de Tbilissi." Sur le fil photo de Reuters, on voit cette image, qui sera reprise partout, d'un homme dans les décombres de son immeuble à Gori, tenant dans ses bras un de ses proches, tué par le bombardement.

On dit souvent que les femmes photographes de guerre ne font pas les mêmes photos que les hommes. Souvent, je me suis demandé si cette distinction avait bien un sens. La question du genre n'entrait pas, selon moi, dans ce type de métier. Un homme et une femme photographe amenés à photographier la même situation peuvent effectivement choisir deux angles différents, mais deux hommes photographes feront de même.

Pourtant, la couverture du conflit Ossète révèle bien une différence. Une différence d'approche, de sensibilité et surtout de choix du sujet. De ce qu'on en a vu, la plupart des actions stratégiques du conflit sont le résultat de bombardements. Les images envoyées par les correspondants sur place sont alors celles des résultats des attaques. Pour le moment la ville de Gori est fermée aux journalistes, on n'a donc que peu d'images des opérations de ce conflit. Du coup la différence de traitement saute aux yeux. Les hommes aussi bien que les femmes photographes n'ont que des éléments "périphériques" (victimes, ruines, déplacements de troupes et de réfugiés) à photographier mais les choix de sujet et la manière de le traiter sont déterminants.

Je suis donc tombé sur cet ensemble d'image sur le site du New York Times, où l'on voit tout de suite la "patte" féminine dans la photo (cliquez sur l'image pour voir le diaporama) :

(c)Justyna Mielnikiewicz for The New York Times(c)Justyna Mielnikiewicz for The New York Times


Les images montrent du recul vis-à-vis des combats, un tempo moins rapide que chez d'autres photographes de guerre, et surtout un réel attachement au côté humain du conflit.


Le traitement éditorial du New York Times à propos de l'Ossétie est très complet, et au niveau de la photographie est à mon avis, le meilleur du moment. Aussi on peut naviguer d'une galerie photo à une autre. Et c'est justement ainsi que ce renforce cette idée de différence de traitement, avec pour preuve cette galerie sur les convois de troupes et de réfugiés où l'on peut quasiment dire sur chaque photo si c'est un homme où une femme qui l'a faite :

(c)Joao Silva for The New York Times(c)Joao Silva for The New York Times
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8 août 2008 5 08 /08 /août /2008 11:36
A voir cette semaine, un photoreportage poignant de Thomas Dworzak (de l'agence Magnum) dans Time. Le photographe c'est rendu en Ethiopie pour couvrir la famine qui touche une nouvelle fois la corne de l'Afrique.

Encore une fois, on voit les couverture enroulées qui servent aux parents à enterrer leur enfants.



Pour ceux qui ne veulent pas acheter Time ou qui désirent approfondir le sujet, d'autres photos, toutes aussi fortes, sont visbles sur le site Internet du magazine (cliquez sur l'image pour aller voir).

©Time.com

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3 août 2008 7 03 /08 /août /2008 12:20
Encore une fois, le site Mediastorm a publié un brillant reportage multimédia. Au premier abord, le sujet peu sembler moins marquant que les précédents sur la guerre d'Irak ou au Congo. Cette fois, il s'agit de suivre deux familles vivant au même endroit à plusieurs années d'intervalle, l'une ayant remplacé l'autre.

Mais la réalisation est tellement brillante que l'on est très vite pris dans l'histoire. Ce reportage d'environ sept minute a nécesssité 14 ans de travail au photographe qui du coup met en parrallèle des images d'hier et d'aujourd'hui de façon très émouvante.

Je vous laisse regarder, c'est là :




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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 23:28
Sous bien des apects, la photographie pourrait être une des grandes gagnantes de l'ère Internet. Bien sûr, les photographes ont parfois peur d'être supplantés par des amateurs, mais la vitalité de leur production suffit presque à démontrer que cela n'arrivera pas.
En tout cas le média photographique pourrait bien être celui qui bénéficiera le plus des nouvelles technologies et ce pour une raison simple et pourtant inespérée jusqu'alors : on peut désormais faire parler les photos.





Faire parler les photos, c'est exactement ce qu'ont fait des étudiants de l'Université de Miami aux Etats-Unis en interviewant certains des lauréats du prestigieux prix World Press Photo. Pour chacune des séries (tous les vainqueurs ne sont pas là cependant), le photographe explique en vidéo à côté de l'image ou de la série d'images, les conditions de prise de vue, contexte et sens de l'image. On accède ainsi à un peu du hors-champ si précieux à la compréhension.

A voir et à écouter.

Je vous conseille particulièrement l'interview de Tim Hetherington, grand gagnant du prix avec son image d'un soldat britannique en Afghanistan.
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3 avril 2008 4 03 /04 /avril /2008 20:14

Les images de la vie politique cherchent souvent le symbole. Les hommes d'Etat sont rarement impliqués dans le genre d'action photogénique qu'apprécient les photographes de presse. Ils captent pourtant beaucoup de leur attention puisqu'ils participent à la vie de la cité et que les journaux ont toujours besoin d'images neuves les représentant.

Les photographes de presse ont développé une parade somme toute naturelle : celle du symbolisme. Puisque les agissements physiques des hommes d'Etat disent assez peu (hormis des détails qu'il est bien sûr aussi très intéressant d'étudier, mais qui demandent souvent une approche en série), les photographes ont décidé de construire leurs images de telle sorte qu'elles puissent tout de même dire quelque chose au lecteur.

Il y a eu les images de Jean-Marie Le Pen placé à l'extrème-droite de l'image, il y a les ombres de François Bayrou pendant ses meetings présidentiels.

Cette fois, il y a cette photo du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. Cette image est représentative de cette tendance à vouloir symboliser l'image des hommes politiques, de l'envie du photographe (et de l'iconographe qui la choisit) de dire quelque chose. Elle est ainsi lisible en trois temps signifiants.


 Yurdakul/SIPA publié par Libération daté du 31 mars 2008

Le premier est celui de la présence de sa femme, voilée. Le débat sur le voile en Turquie est assez fort. La Turquie est un Etat laïque et de nombreuses femmes, bien que musulmanes n'y portent pas le voile. Inclure la femme voilée du ministre dans l'image, c'est dire que celui-ci est musulman pratiquant, et surtout que son parti revendique l'islam politique. Dans le contexte d'attaque par le Conseil Constitutionnel turc décrit par l'article, c'est même dire que celui-ci est un danger potentiel pour la laïcité.

Un second élément vient renforcer cette thèse, cette impression qui se dégage de l'image : le poteau blanc qui sépare le ministre et sa femme. Sa situation dans l'image est relativement inhabituelle. Couper une image en deux de manière parallèle est très peu courant, pour ne pas dire carrément déconseillé. D'ordinaire ce genre d'élément va plutôt marquer un des tiers de l'image pour lui donner une composition harmonieuse, ou bien sûr un des bords pour l'encadrer ou la fermer. Ici, le poteau semble donc bien placé intentionnellement entre deux parties qu'il convient de séparer : l'homme et la femme.

Le dernier aspect signifiant de cette photographie, sans doute le plus important, est le reflet du Premier ministre et de sa femme. Une fontaine placée entre le photographe et son sujet, coupe l'image en deux et reflète exactement la partie supérieure de l'image. Mais l'eau n'est pas parfaitement lisse et floute l'image de l'homme d'Etat et de sa compagne. Avenir flou pour le dirigeant d'un parti qui pourrait être interdit ? Ou simple flou sur ce que nous-même connaissons de lui et de ses intentions ? En tout cas, l'image n'est pas anodine.

 Yurdakul/SIPA pour TIME daté du 24 décembre.
Cette photographie est issue d'un parution de presse, sa diffusion ici l'est à titre d'information et d'explication sur sa signification. L'auteur de ce blog tient à marquer son attachement au droit d'auteur.

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20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 11:10
L'agence de presse Reuters vient de publier un travail excepionnel sur la guerre d'Irak. Elle a rassemblé dans un site web dédié, cinq ans de travail de ses reporters et de ses photographes durant le conflit.

Cinq annnées après le début du conflit, il en découle une base documentaire d'une richesse rare correspondant à près de vingt heures de vidéos.

Photographies, interviews vidéos des chefs du bureau de Bagdad, scènes d'arrestation, etc...  les éléments assemblés sont très forts par eux-mêmes. Ensemble ils offrent une  réelle profondeur documentaire,et une vision peu commune du conflit.  Rarement a-t-on mis ensemble ces différents points de vue.


C'est à voir ici (cliquez sur l'image pour accéder au site):



iraq.reuters.com

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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 23:54

Pour ceux qui ne l'auraient pas encore vu, le Prix World press a été décerné au photographe britannique Tim Hetherington, pour sa photo d'un soldat américain en Afghanistan.

Mais le World Press récompense aussi de nombreux autres photographes, dans une bonne dizaine de catégorie (à chaque fois en "single photo" pour une seule photo et en "story" pour une série d'images). J'attire donc votre attention sur le lauréat du troisième prix de la catégorie "General News". Il s'agit de Laurent Gerbehaye qui avaient accomagné les étudiants du CFJ et de l'Ihecs (de Bruxelles) en reportage en Egypte l'an dernier. 

Il m'avait beaucoup aidé pour ma série de photos dans le
delta du Nil. Encore merci et surtout bravo à lui !

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