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Jeune journaliste, j’essaie de pratiquer ce métier pour "raconter le monde" et donner à voir ce que l'on ignore parfois. « Le voyage ne commence pas au départ et ne finit pas au retour » écrit Kapuscinski dans Mes Voyages avec Hérodote. Pour expliquer la façon dont des gens que nous ne connaissons pas voient le monde et leur vie, il faut être près d’eux. En tentant de mieux comprendre leur point de vue on acceptera mieux la différence et peut-être verra-t-on qu’elle n’est pas si… différente ?

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Attention, Reportage et Photo déménage !
Vous êtes encore nombreux à venir visiter Reportage et Photo, pourtant cette adresse n'est plus mise à jour. Si vous souhaitez découvrir mes nouveaux articles je vous invite à venir les voir sur Reportageetphoto.fr. Vous êtes donc cordialement invité à venir y découvrir toujours plus d'analyses d'images, d'histoires de reportages et de documentaires multimédia à cette nouvelle adresse, plus pratique et plus belle.
- Antonin Sabot-Lechenet
3 octobre 2007 3 03 /10 /octobre /2007 14:59

Les légendes en photographie ne doivent pas être prises à la légère. Un récent article du journal Le Monde revient sur de nombreuses lettres de lecteurs mécontents de trouver de lourdes fautes dans certaines légendes de ce quotidien.

 

Souvent prise à la légère, rédigée au dernier moment par un « secrétaire de rédaction » (celui qui met en page, corrige un texte, et lui donne sa titraille) débordé, la légende d'une photo est pourtant, fait remarquer Le Monde, une clé importante d'entrée dans l'article. Une légende bien rédigée sous une belle photographie incite souvent à lire un texte. Une bonne légende contient des éléments primordiaux d'information, mais n'en dit pas forcément trop non plus. Il faut qu'il en reste pour l'article en quelque sorte.

 

fondation-phenix-web01.jpgBien sûr, il n'existe pas de « légende idéale ». Mais objectivement, une photo comme celle-ci par exemple, donne plus envie de poursuivre sa lecture avec une légende comme « Un métaleux avec une grosse barbe et des des gangstas un peu maigrelets, c'est la fameuse "alchimie" de la Fondation Phénix » que « De gauche à droite: Clément, Hugo, Mickael, Adrien et Lorrain ».



 

Mais plus graves que des légendes plates, sont les légendes erronées. Les lecteurs du Monde ne sont pas les seuls à s'en plaindre. L'affaire qui oppose Paris Match à Mélanie Merlin (voir cet article, écrit pour France-Info.com) est plus problématique.

 

Alors comment les erreurs viennent-elles aux rédacteurs de légendes ? Parfois avec le texte de l'article lui-même. C'est alors une faute de la part du journaliste qui n'a pas pris cette dimension au sérieux. Mais souvent (c'est ce qu'explique l'article du Monde) elle vient avec les informations IPTC de la photo.

 

Ces données digitales accompagnent les images dans tous les bons systèmes de classement numérique de photographies. Par exemple, on les trouve sous cette forme chez Reuters,
 info-IPTC-reuters.jpg
ou ainsi sur le logiciel Photoshop.

info-IPTC.jpg

Nom du photographe, date de prise de vue, personnes présentes sur la photo, éléments de contextes sont les éléments parmi les plus important qui sont présents dans ces données.

 

Le problème c'est que parfois ces informations sont parcellaires, ou le rédacteur reste trop collé au texte de l'article alors que la photo représente quelque chose d'un peu différent qui ne sert qu'à illustrer le propos... les chances de se tromper sont alors grandes.

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1 octobre 2007 1 01 /10 /octobre /2007 17:48

"Couvrir" les conflits de par le monde, c'est-à-dire se rendre sur place et raconter leur déroulement, n'est pas un exercice facile. Photographier de tels moments de l'actualité et de l'histoire l'est encore moins.
Depuis la guerre du Vietnam, où les journalistes et les photographes pouvaient se déplacer à leur gré avec les soldats américains, les belligérants ont bien compris qu'ils avaient tout à gagner à contrôler les images des guerres qu'ils mènent. Et nous, nous avons tout à y perdre.

Les événements qui se déroulent en Birmanie actuellement prouvent bien malheureusement cet état de fait. Le "plus jamais ça!" du Vietnam a été bien compris par les dirigeants comme une prophétie médiatique du maintient du pouvoir (pour paraphraser grosso modo Serge Daney). "Silence on assassine", en somme!

Bien malin qui pourra dire ce qui se passe précisemment en Birmanie en ce moment. Il n'y a presque pas de journalistes sur place. Le régime birman est imperméable à la presse et s'en porte bien. Un caméraman japonnais y a même déjà laissé sa vie. Le caméraman en question, Kenji Nagai, était déguisé en touriste, seul moyen d'entrer dans le pays (avant le bouclage d'il y a quelques jours). Un des très rares correspondants sur place des nombreuses radios (dont France Info, Inter et RTL) change de pseudonyme comme d'hôtel (presque tous les jours) et est en réalité un freelance qui ne bénéficie donc d'aucun soutien direct de ces médias. Les autres sont coincés en Thaïlande.

Les dépèches des agences de presse sont maigres comme peaux de chagrin. Auncune "source directe" comme on dit dans le jargon, les informations sont apportées "selon des témoins". Traduction: on cite quelqu'un qui cite quelqu'un.

Certaines images arrivent toutefois. Celles de Reuters sont signées "stringer". En bon français cela veut dire "indépendant"... ici cela veut même dire "amateur". Les photos sont vendues directement sur le site photo de Reuters en format 4/3 (plus carré que le format 3/2 des appareils réflexs des professionnels) caractéristique des compacts des amateurs. Certaines photos portent même la date et l'heure en rouge (là encore une caractéristique d'appareils amateurs).

Il y a quelques photographes professionnels (dont un français, mais nous ne donneront pas son nom pour le moment pour des raisons de sécurité), mais trop peu pour révéler plus que l'évident des manifestations. Tous ce qu'il y a autour, et surtout les moments réels de répression nous sont cachés. Nous sommes aveuglés.

Il n'y a pas d'image de tank arrêté par un étudiant, pas de bonze qui s'immole par le feu, pas de Rostropovitch qui offre son épaule à un combattant de la liberté exténué. Résultat, il y a peu ou pas de mouvement de soutien à cette insurection. Comment s'élever contre ce que l'on ne voit pas alors qu'il y a chez nous, au contraire, un trop plein de communication, un trop plein d'images ?

Non, nous ne sommes pas aveugles, car l'aveugle compense sa cécité par l'écoute. En vérité nous sommes devenus sourds. De trop voir, nous avons perdu l'usage de nos oreilles. Les appels au secours ne nous atteindrons plus, et les dictatures du monde moderne l'ont bien compris.

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17 septembre 2007 1 17 /09 /septembre /2007 14:40

La réforme prévue de la TVA, dite "TVA sociale" a coûté assez cher au gouvernement et au président Sarkozy. Les analystes lui attribuent en bonne partie la relative déconvenue de l'UMP aux dernières législatives.

Du coup, la ministre et le secrétaire d'Etat en charge du dossier (Christine Lagarde et Ecric Besson), ont dû faire diplomatiquement marche arrière. A une heure où les indicateurs économiques ne sont pas bons, le président estime sans doute que le moment n'est pas venu d'amputer un peu plus le fameux, l'essentiel (presque constitutionnel) pouvoir d'achat des Français.

Voilà les deux responsables qui reculent, se cachent derrière un timing loupé, sont écrasés par les journalistes qui veulent annoncer la bonne nouvelle à leur compatriotes (et accessoirement leurs lecteurs).

(c) S. Calvet, Libération

Ainsi, l'image de Sébastien Calvet dans Libération nous montre, ou plutôt nous cache, les deux politiques derrière une nuée de journalistes, caméramen et preneurs de son. Cette image illustre à la perfection que cette réforme est enterrée, paradoxalement, par le trop plein médiatique.

Mais comme chacun sait, les journalistes ne restent pas longtemps sur un sujet devenu "froid" alors, une fois la marée de journaliste partie, peut-être reverra-t-on les deux réformateurs?


Sébastien Calvet pour Libération, mercredi 12 septembre.
Cette photographie est issue d'une parution de presse, sa diffusion ici l'est à titre d'information et d'explication sur sa signification. L'auteur de ce blog tient à marquer son attachement au droit d'auteur.

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10 septembre 2007 1 10 /09 /septembre /2007 21:25

La photo de presse est un exercice particulier. Le principe de base, illustrer un fait de société ou un événement qui sera couvert par les médias, semble simple. Mais une image réussie doit à la fois répondre aux règles de la photographie en général (lumière, composition, etc..) et retenir l'attention du lecteur par son contenu.

La photographie de presse a alors deux principales options qui à la fois s'affrontent et peuvent coexister dans une même image.

La première option pour retenir l'attention du lecteur-spectateur, est de le surprendre. Il faut alors lui montrer quelque chose d'exceptionnel, qu'il ne connaît pas, ou lui montrer quelque chose qu'il connaît mais sous un angle nouveau, inattendu ou spectaculaire (ou les trois à la fois).

La seconde option est justement l'inverse. Le photographe peut faire le choix de montrer au lecteur une image qui en rappelle une autre.
 Même si il illustre un événement nouveau, il peut faire le choix d'utiliser la mémoire visuelle du lecteur pour lui transmettre le message de ce nouvel événement.


Du coup, parfois les images semblent se répéter. C'est le cas avec cette image du New York Times, créditée Rina Castelnuovo et publiée dans la sélection hebdomadaire du Monde (daté samedi 8 septembre).

(c) Rina Castelnuovo

Les enfants qui fouillent dans les décharges pour survivre sont un thème souvent abordé en photojournalisme. Les plus grands s'y sont frotté (James Nachtwey par exemple comme on peut le voir dans une scène du film War Photographer).

Souvent la manière de l'aborder est un peu la même : le photographe montre l'enfant de face, centré (ce qui va à l'encontre des règles "traditionnelles" de la photo) au milieu d'un tas d'ordures
C'est aussi le cas par exemple sur cette image de Claire Jager  primée au concours Paris Match du photoreportage étudiant (reportage  sur la décharge de la Rivière des succès au Cambodge). La ressemblance est frappante.

(c) Christine Jager


Contraste entre la joie du gamin de poser un instant et son environnement sale et repoussant.
Contraste entre la permanence de ces photos et l'instant éphémère qu'elles captent.
Contraste finalement entre notre vie et la sienne.

L'intérêt est que bien qu'elles se répètent, ces images ne perdent pas de leur force. Le décalage reste le même et les images aussi.

Le reportage de Claire Jager, visible ici.
Un autre "Inside the Picture" sur une image de Rina Castelnuovo.

Ces photographies sont issues de parutions de presse, leur diffusion ici l'est à titre d'information et d'explication sur leur signification. L'auteur de ce blog tient à marquer son attachement au droit d'auteur.

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24 août 2007 5 24 /08 /août /2007 11:53

Le conflit israélo-palestinien est l'un des plus couverts médiatiquement au monde. Il n'y meurt pas une personne qui ne soit décomptée par une agence de presse. Je ne souhaite pas ici prendre parti pour l'une ou l'autre des forces en présence, mais vous présenter cette image très forte publiée dans l'International Herald Tribune daté de samedi-dimanche 11-12 août.

Elle présente un nouveau mur de séparation en construction, en plein milieu d'une autoroute. Ainsi la route (qui entoure Jérusalem Est), propose une voie pour les Israéliens et une voie pour les Palestiniens.


L'image qu'en tire Rina Castelnuovo est pleine de symboles.

palestine-mur-herald-tribune.jpg

Bien sûr, on voit le mur lui-même. En imitation de pierres de Jérusalem, il partage en deux aussi bien l'image que les terres (une notion fondamentale dans ce conflit).

Mais c'est aussi l'image de la route qui est très importante dans cette photographie. Souvent, de manière assez évidente, la route montre le chemin à suivre, elle contient un espoir et ouvre une perspective dans l'image. Si on place quelqu'un dans l'image, sur cette route, c'est pour représenter son mouvement (en plus de donner la dimension humaine du paysage). Ici la route semble ne pas aller bien loin et l'homme qu'on nous présente n'avance qu'à petit pas. Dans cette immense autoroute il a plus l'air de se perdre que de se diriger vers un avenir radieu.

Le fait que la route soit prise de face est important dans cette impression que cette route (toute rapprochement avec une certaine "feuille de route" n'étant pas exclu) ne mène nulle part. En effet, de cette manière, elle part tout droit dans l'image et semble s'y arrêter à mi-chemin. Dans l'image, le symbole est fort et sûrement pas involontaire, elle sépare deux territoire plus qu'elle ne relie un point à un autre (ce qui serait le cas par exemple si, prise de plus loin, elle se dirigeait vers un coin de l'image ou si elle atteignait l'horizon).

Et puis il y a tous ces petits chemins sur le bord de la route. On ne sait pas trop où il vont. Ils sont là, mais sont beaucoup moins facilement praticables et plus sinueux. Sinueux, peut-être comme le chemin de la paix et non pas droit comme une autoroute de séparation.


Rina Castelnuovo, International Herald Tribune daté samedi-diamnche 11-12 août 2007
Cette photographie est issue d'une parution de presse, sa diffusion ici l'est à titre d'information et d'explication sur sa signification. L'auteur de ce blog tient à marquer son attachement au droit d'auteur.

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15 août 2007 3 15 /08 /août /2007 11:01

Dans ses pages internationales, le journal Le Monde publie de plus en plus d'images accompagnées d'un court texte pour illustrer divers événements. Souvent ce sont des images qui proviennent d'endroit où il y a peu de journalistes, de correspondants, où il est difficile d'accéder.

L'Irak est un de ces lieux où il y a peu de journalistes occidentaux. Les photographies en particulier sont prises par des habitants du pays lui-même (puisqu'un photographe sera toujours plus exposé qu'un journaliste qui écrit, ce premier ne peut pas rester caché).



Cette "photo légendée" provient donc d'Irak. Son titre est Pèlerinage Chiite à Bagdad sous très haute surveillance. 
Pour montrer ce pèlerinage, le photographe, Wissam al-Okaili de l'AFP, a fait le choix intéressant d'une position en hauteur. Cela permet à la fois de mesurer la foule et de contextualiser l'événement : on voit les immeubles alentour et surtout les hauts murs de béton qui entourent la route.

A ces éléments qui montrent le pèlerinage en lui-même vient s'ajouter la deuxième partie du titre (et donc du message quand les choses sont bien faites) : la très haute surveillance. C'est là que le message devient un peu plus compliqué dans cette image, ou en tout cas qu'elle contient plus que son simple titre.

Ce qui représente la surveillance, c'est une grosse mitrailleuse au premier plan. Très proche du photographe (et donc de nous), elle est un peu floue. Elle bouche près d'un tiers de l'image ce qui au niveau de la composition est judicieux et évident, on fait forcément le lien entre cette arme et la foule en marche (d'autant plus que le canon pointe vers cette foule, par les jeux de l'optique, il est presque posé sur elle). Mais ici, ce qui représente la surveillance pourrait presque aussi bien représenter le danger.

Bien sûr, s'il y a surveillance, c'est qu'il y a un danger quelque part. Mais comment être sûr, à propos de cette mitraileuse au premier plan, avec son gros tas de balles floues mais chargées, enclenchées, qu'elle n'est pas elle-même le danger. Sa position serait idéale.

Ainsi cette image va plus loin que si elle avait été prise du sol par exemple. Même avec un soldat portant une arme, elle aurait sûrement eu l'air moins dangereuse que cette mittrailleuse "posée" sur ces gens qui ne s'en rendent même pas compte. Le photographe montre tout le risque qui pèse sur ces pèlerins... comme une mitrailleuse au dessus de leur tête.


Wissam al-Okaili / AFP, Le Monde daté samedi 11 août 2007
Cette photographie est issue d'une parution de presse, sa diffusion ici l'est à titre d'information et d'explication sur sa signification. L'auteur de ce blog tient à marquer son attachement au droit d'auteur.

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9 août 2007 4 09 /08 /août /2007 17:27

L'Iran pratique la peine de mort par pendaison, en public. Ces trois images proviennent de l'édition du 3 août de l'International Herald Tribune.
Elles montrent des exécutions dans 2 lieux différents Elles on été prises par trois photographes d'agence : Halabisaz d'Associated Press, Vahid Salemi d'Associated Press et Raheb Homavandi de Reuters. Ce sont probablement des photographes iraniens, correspondant de ces deux agences.

iran-herald-trbune-01.jpg

Ces photos sont tout d'abord intéressantes car elles ne sont accompagnées que d'un petit texte. Elles n'illustrent pas un article, elles sont l'article.

Pourtant, seule une des photos montre les condamnés. Et encore, par respect sûrement, elle ne montre pas leur visage. Ceci a pour effet de donner un caractère général à cette image : ce n'est pas l'exécution d'une personne en particulier que l'on nous montre, mais une exécution comme il s'en déroule de plus en plus dans ce pays. 

L'autre point intéressant (encore plus que le premier) est l'attention portée au public. Ce sont des exécutions qui se déroulent sur des places publiques, où chacun peut venir. Ce public qui vient observer la mort des gens (presque comme nous qui voyons ces images d'ailleurs) intéresse les photographes
Il les intéresse tout d'abord par un jeu de miroir. Ces gens qui viennent assister à une exécution revoient un peu le photographe devant son rôle d'observateur: pourquoi lui pourrait-il assister à cela comme observateur neutre et pas le reste du public? Ils font aussi office de miroir qui nous montre la scène sans nous la montrer vraiment. Pudiquement ou cyniquement, la limite est floue, nous ne voyons pas une exécution, mais des gens qui en voient une.


La seconde photo de la série est la plus symbolique :

iran-herald-trbune-02.jpg



Elle montre des bras qui se lèvent dans la foule du public pour photographier l'exécution
Prendre en photo ce genre d'événement n'est pas nouveau. Les blancs américains aimaient se faire prendre en photo à côté des condamnés à la pendaison et même à côté des cadavres des noirs lynchés par le Ku Klux Klan. Mais désormais la technologie facilite la tâche aux apprentis photographes. Les appareils numériques, voire les téléphones portables bénéficiant de la fonction photo, font que cette capture de l'événement marquant est immédiate.

Les images de l'exécution sont prêtes à circuler sur les blogs des uns et les téléphones mobiles des autres. Plus besoin du journal pour faire vivre cet événement à ses proches et amis, le spectateur se transforme en acteur de l'information, pour le meilleur et pour le pire.

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25 juillet 2007 3 25 /07 /juillet /2007 12:21

Voici une image de cyclisme comme on en voit peu. Une fois n'est pas coutume, elle est issue d'un quotidien de presse régionale, La Tribune- Le Progrès, du groupe Le Progrès.

Ces quotidiens, pour leur traitement photographique de l'actualité, sont entièrement dépendants des agences photos comme l'AFP, Reuters ou AP. Cette contrainte fait que, bien souvent, leur traitement de l'actualité en images est assez neutre. La neutralité politique de leurs textes est d'ailleurs un des points qu'ils essaient de mettre en avant pour gagner un lectorat le plus large possible, il n'est pas étonnant que cela se retrouve dans leurs photos.

Mais ici c'est différent. Il y a un point de vue nettement affirmé dans cette image. Bien sûr, c'est une image de sport, qui ne bouleverse pas la scène politique donc, mais elle exprime bien un point de vue.



vinokourov.jpg


Le cadrage, qui élimine le visage du coureur (Vinokourov, tout le monde a compris) dit au moins deux choses sur le monde du cyclisme:

Tout d'abord elle dit "cet homme tronc que l'on vous montre est un tricheur". Elle dit l'ostracisme qui s'exerce désormais sur lui. Il est la honte du cyclisme qui ne mérite plus que l'on montre son visage.

Ce cadrage dit aussi quelque chose d'encore plus grave. Ici on reconnaît Vinokourov simplement à son maillot. A son numéro et au bout de son nom qui dépasse. On n'a pas besoin du visage, on n'a peut-être pas besoin de son identité même. Le coureur cycliste n'est pas défini visuellement par son propre visage, mais bien par son maillot. Casques et lunettes noires contribuent d'ailleurs à cette perte d'identité
J'ai été particulièrement surpris cette année  par la difficulté des commentateurs à identifier les coureurs à l'image sur leurs écrans... et si le problème du cyclisme allait bien au-delà du dopage. Ou plutôt et si le dopage généralisé n'avait pas enfin réussi à complètement déshumaniser ce sport de "surhommes"... peut-être qu'alors nous accepterions de voir le visage de "Vino".

Mais décidément, on achève vraiment mal les chevaux.


Cette photographie est issue d'une parution de presse, sa diffusion ici l'est à titre d'information et d'explication sur sa signification. L'auteur de ce blog tient à marquer son attachement au droit d'auteur.
Image créditée "AFP" par le journal.
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12 juin 2007 2 12 /06 /juin /2007 23:20

Le New York Times est un des meilleurs journaux américains. Cette image est issue de la sélection hebdomadaire qu'effectue le journal français Le Monde parmi les articles de ce quotidien d'outre-Atlantique.

La guerre d'Irak prend beaucoup de place dans ce journal. Sur ce conflit, comme sur d'autres, il publie beaucoup de photographies. Moins proportionnellement qu'un hebdomadaire comme Time qui bien sûr est renommé pour ses photos, mais sur la durée, il doit s'en approcher. 

La caractéristique principale de ses images est qu'elle proviennent le plus souvent de photographes "embedded" (littéralement "qui couchent avec les soldats" expression qui n'est pas sans double-sens) c'est-à-dire qui sont intégralement intégrés aux unités qu'ils prennent en photo. Nous reviendrons une autre fois sans doute sur ce que cela implique pour le photographe. Notons juste, en ce qui concerne la politique photo du New York Times, qu'elle diffère de celle de nombreux journaux qui utilisent principalement des photos d'agence. Or en Irak, pour des questions de sécurité, celles-ci sont prises par des photographes locaux ce qui change bien des choses.



NYTimes001.jpg

Cette photo créditée Michael Kamber n'est donc pas une simple photo d'agence qui couvre un élément particulier. De plus elle n'est pas utilisée dans un papier purement factuel. Elle est une illustration qui porte un sens en elle-même, complémentaire de l'article. L'article en question parle des troupes irakiennes, formées par les américains qui ensuite se retournent contre eux. Or ce n'est pas ce que montre la photo.

On y voit deux soldats américains, l'un au premier plan, faiblement éclairé et un autre au fond dont on ne distingue que la silhouette. Ce qu'il y a d'intéressant, c'est que sans montrer quoi que ce soit de violent, cette image est comme oppressante, angoissante.

Cette impression est d'abord due à la lumière particulière de la scène. Elle est éclairée par les seules lampes de la rue, pas de flash pour éclairer le visage de ce soldat. Du coup ses lunettes de vision nocturne que l'on distingue mal le déshumanisent quelque peu. Autre aspect de la lumière: le capteur numérique, qui n'adapte pas la température de couleur comme le ferait l'oeil humain donne une couleur très jaune-orange à la scène, lui ôtant un peu de sa réalité.

Et puis surtout il y a le flou. L'oeil humain ne connait pas le flou (l'oeil en bonne santé du moins). Il n'est pas habitué à voire la réalité ainsi. D'autant moins lorsque c'est le sujet principal d'une image qui n'est pas net. C'est pourtant le cas dans cette image. Le soldat de premier plan est flou (techniquement ce flou est dû à une vitesse de prise de vue très lente rendu nécessaire par la faible luminosité).

Ainsi cette photo nous apparaît-elle très étrange, jusqu'à rendre l'atmosphère particulière de cette patrouille de nuit à Bagdad. Nous ne pourrons jamais connaître le sentiment de ces deux soldats en patrouille, mais nous sommes un peu perdus avec eux dans cette image qui nous dérange.

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8 juin 2007 5 08 /06 /juin /2007 00:30
Fut un temps où les étudiants photographes, aspirant photoreporter en particulier, s'envoyait une bonne blague pour se moquer les uns des autres : "Tu seras photographe au Monde". L'astuce étant qu'à l'époque, Le Monde ne contenait pas de photos.

Les temps ont bien changé et, sans parler du Monde 2, très bien fourni en la matière, le quotidien du soir publie de plus en plus de photos.

Ces images se contentent de moins en moins d'être de simples illustrations.

Pour preuve ces deux portraits de Jean-David Levitte, "Monsieur diplomatie" (dixit le journal) publiées dans l'édition datée du 7 juin et réalisées par Olivier Roller, photogra^phe portraitiste.

La photo de Une est très proche d'un portrait de mode : éclairage léché, regard dirigé ( c'est-à-dire que le photographe demande à la personne de regarder dans une certaine direction en fonction du sens qu'il veut donner à l'image) et fond de studio.
A elle seule cette image diffère des photographies d'hommes politiques que l'on voit fréquement (soit en meeting, soit en déplacement, pour ne pas parler des médaillons que propose la presse économique).

mondeweb001.jpg


De plus, cette photo n'est pas seule. La photo à l'intérieur du journal est encore plus intéressante. Elle montre "l'envers du décor", ou plutôt ce qu'il y a hors du cadre de cette photo de Une :

mondeweb003.jpg

Cette photo à l'intérieur du journal a un rôle important. En montrant l'"à côté" de l'image de Une, elle contribue à la démythifier. Elle montre comment elle est fabriquée et donc elle prouve qu'elle est une construction.

Ces deux images proposent un dialogue entre ce que l'on croit voir et ce qu'on n'aurait pas du nous montrer.

Sans vouloir aller trop loin, elle pose aussi peut-être la question du portrait écrit. Dans le papier écrit, on ne verra que ce que le journaliste a bien voulu écrire... comme si l'on avait eu que la photo de Une.


Le site du Monde.
Le site du photographe Olivier Roller.

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