Qui parle?

Jeune journaliste, j’essaie de pratiquer ce métier pour "raconter le monde" et donner à voir ce que l'on ignore parfois. « Le voyage ne commence pas au départ et ne finit pas au retour » écrit Kapuscinski dans Mes Voyages avec Hérodote. Pour expliquer la façon dont des gens que nous ne connaissons pas voient le monde et leur vie, il faut être près d’eux. En tentant de mieux comprendre leur point de vue on acceptera mieux la différence et peut-être verra-t-on qu’elle n’est pas si… différente ?

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Bienvenue sur le blog Reportage et Photo,
Vous pourrez y trouver des bribes de mes reportages, photos, portfolio, revues de presse. Dans la colonne de droite je vous laisse découvrir des liens vers des reportages photos récents réalisés par les grands noms de la profession. Plus bas, toujours à droite, vous trouverez une sélection de liens d'articles sur le net éclairant l'actualité internationale et l'actualité des médias en essayant de sortir des sentiers battus.
- Antonin Sabot-Lechenet
Dimanche 10 janvier 2010 7 10 /01 /2010 09:54
Ne bouge pas... c'est comme si tu allais chez le coiffeur.
Tu verras le résultat à la fin devant un mirroir.
S'il y'en avait un.

 

reve Province de Morona Santiago, Equateur

Par Antonin Sabot-Lechenet - Publié dans : Humeur et poésie - Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Dimanche 3 janvier 2010 7 03 /01 /2010 12:08
"- Eh ! Lui c'est un flic !
- Euh moi? Ben non, je suis juste photographe..."
Et il fait semblant de n'être pas rassuré le photographe parce qu'en fait ils ont à peine 17 ans et ne peuvent pas être bien méchants.
Leurs cagoules c'est juste pour énerver leurs parents.
Je me demande si ça marche.

2009-2397.JPG Paris, 1er mai 2009
Par Antonin Sabot-Lechenet - Publié dans : Humeur et poésie - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /2009 15:48
Je vous ai déjà fait part ici de moments ou la technique fait perdre de la force aux images. Précédemment, il s'agissait d'un reportage multimédia tellement attentif à l'esthétique qu'il perdait, selon moi, de sa force explicative au profit de l'émotion. Cette fois c'est plutôt le contraire : trop peu d'attention à la présentation technique nuit à l'image.

Je ne suis pas un fan de Marshall McLuan et de son "medium is message", mais force est de constater que la manière dont on présente les photos peut influer sur le sens et surtout renforcer ou diminuer l'attention qu'on va leur porter et donc la manière dont on va les comprendre.

Il n'y a encore pas si longtemps, certains photographes gueulaient quand leurs images étaient  publiées à "fond perdu", c'est à dire en couvrant toute la page et sans marge. Selon eux, cela nuisait à l'idée que la photographie est un cadre placé sur la réalité, un choix, une construction de sens. Alors imaginez un peu le malaise devant ce genre de portfolio sonore (créé par Le Figaro, mais ça n'est que parce que c'est l'exemple que j'ai sous la main) :



Dans l'idée, ça ressemble à un portfolio sonore tout à fait normal, photos d'agence plus témoignage du correspondant sur place (dans ce cas à Beyrouth il me semble et pas en Iran même) mais dans l'utilisation de l'image, c'est pour moi particulièrement loupé.

Observons le dispositif technique : un objet flash créé avec VuVox, déjà c'est pas très bon signe puisque ça veut dire que la rédac n'a pas son propre outil de diaporama sonore. Mais il existe d'autres applications tierces pour créer des diaporamas sonores de qualité. Une des plus simples et plus réussies est Soundslides... mais il faut un serveur facilement accessible aux rédacteurs pour y placer les fichiers que génère le logiciel. Quand je travaillais à Paris Match on n'avait pas ça et j'ai hébergé les diapo-sonores que j'y réalisais sur mon propre blog (oui oui, pour le site du premier magazine de France) ! Je soupçonne le Figaro.fr d'être dans la même situation.

Son + Photo = un nouveau média, pas un simple collage

Plus important, les images maintenant. Selon moi, l'erreur provient de l'utilisation de VuVox elle-même. Tout d'abord, elles ne sont pas vraiment liées au son comme sur un diapo Soundslides. Sur LeMonde.fr elles ne le sont pas non plus complètement mais le lien est plus fort et si l'on bouge le curseur du son, l'image suit. La différence (surtout avec un bon Soundslide donc) c'est que lors de la construction du diaporama on fait coïncider images et son, on peut montrer qui parle au bon moment ou faire se répondre ces deux éléments, etc... et donc on crée du sens (ce qui est quand même notre taf non?). 

De plus VuVoxfait défiler les photos sous forme d'un panoramique, comme si les images se suivaient linéairement et surtout sans qu'elles n'aient de cadre propre. Il y a des moment où l'on voit à l'écran deux bouts d'image l'un à côté de l'autre. Ils n'ont ainsi aucun sens. Deuxièment, chaque image est en travelling permanent. Or le travelling est un procédé de montage, acceptable en photo s'il donne un nouveau sens à l'image ou qu'il la renforce : mouvement d'un élément de sens vers un autre, concentration de l'attention du spectateur vers un élément particulier, etc... utilisé sans distinction, il brouille le message.

Bref, encore une fois l'image me semble utilisée ici comme un simple élément d'illustration. On l'utilise parce que ça fait joli, et en plus avec VuVox ça bouge. Cool !



PS : de mon point de vue, VuVox fonctionne mieux avec un son d'ambiance qui permet de naviguer comme on veut dans les images. Idéalement ces images ont un vrai sens lorsqu'elles sont alignées voire forment un pseudo panoramique et ensuite on ajoute des éléments de sens dans le collage. Un exemple ici, réalisé en deux coups de cuillère à pot.
Par Antonin Sabot-Lechenet - Publié dans : Inside the Picture - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 30 décembre 2009 3 30 /12 /2009 00:35
Vous en avez peut-être entendu parler sur Rue89 ou sur @si : France 2 a utilisé une image des manifestations anti-putchistes au Honduras pour illustrer un de ses sujets sur les manifestations anti-Ahmadinejad en Iran. L'erreur, reconnue par un rédacteur en chef de la chaîne puis par David Pujadas à l'antenne, ne change peut-être pas fondamentalement le propos du sujet dans lequel elle apparaissait, mais montre bien les dangers d'informer en restant assis... ce que de plus en plus de rédactions imposent à leurs journalistes pour faire baisser les coûts.

http://www.arretsurimages.net/media/article/s27/id2618/original.21559.demi.jpg

J'ai d'autant moins de mal à en parler, que j'ai un peu écrit sur l'Iran pour Le Monde.fr lors des premières manifestations iraniennes en juin et que ces derniers jours, j'occupais le desk "images" dans cette même rédaction, et que je devais donc surveiller les photographies et vidéos arrivant de ce pays.

En plus d'un problème d'image, cette affaire est symptomatique de la difficulté d'informer et de trouver des sources fiables d'information chaude - et donc hors chercheurs - sur un sujet comme celui-ci. Cela mérite, il me semble, un brin de transparence.

Tout d'abord un mot sur l'image : les plus perspicaces noteront que les forces de l'ordre du Honduras n'ont pas les mêmes casques, uniformes et boucliers que les policiers et militaires iraniens. Un peu dur à voir quand même quand ça va vite. D'autres remarqueront peut-être que les personnes sur l'images sont en T-shirt... un peu réchauffés pour un mois de décembre en Iran. Là encore, je dois avouer que je m'y serais laissé prendre. Car oui, cette image je l'ai vue arriver sur mon ordinateur - pas par les fils d'agences! - et je me suis demandé si je n'allais pas la mettre dans un portfolio sur l'Iran.

Et c'est là où la question dépasse celle de l'image et de sa force. Car oui, cette image est très forte, elle illustre à merveille le soulèvement du Honduras et par le phénomène dont j'ai déjà parlé ici de "permanence en photo de presse" elle aurait aussi très bien pu symboliser le soulèvement iranien. Mais les images, surtout dans un contexte de contrôle de l'information, n'arrivent pas aux rédactions par l'opération du Saint-Esprit : les télés ont leurs EVN (cf Rue89) et les sites d'infos les fils d'agence (AP, AFP et Reuters principalement). Pour des événements comme l'Iran, ces sources sont particulièrement ténues. Pas de quoi nourrir les torrents d'info que sont devenus chaînes de télé en presque direct et sites internet en quasi-continu. Pour l'Iran nous avons tous dû (et j'imagine que Zyneb Dryef de Rue89 ou les gens des TV ne me contrediront pas) nous tourner vers les amateurs. Nous avons au moins jeté un oeil à FlickR, Twitter et autre Facebook, pour voir s'il n'y avait pas là quelques éléments à glaner.

Toujours le problème des sources

Souvent, tout ça était périlleux à exploiter car difficile à dater, à valider, etc (il y a eu de nombreux articles là-dessus, je vous laisse chercher). Mais dans ce cas,  un troisième acteur entre en jeu : "l'opposition iranienne". Et là, on observe un phénomène bizarre qui fait que beaucoup de gens ne veulent pas vraiment dire qui est cette opposition iranienne qui nous fournit des infos. A ceux qui pourrait s'étonner de voir les journalistes prendre leur infos de personnes partie prenante à un conflit, je tiens à préciser que sans ça on n'aurait quasiment jamais rien. Que notre travail c'est justement de recueillir ces infos pour ensuite les valider. Il me semble que quelque soit la source d'une information, elle mérite qu'on y jette un oeil. Mais surtout que nous la vérifions. Et c'est pour ça que cette photo, bien que forte, je ne l'ai pas utilisée : elle vient de personnes qui m'ont souvent fourni des infos mais que j'essaie de prendre avec précaution (notez que normalement on fait ça pour toutes les infos hein!) : les Moudjahidines du peuple iranien. Ce sont aussi eux qui ont ensuite conseillé de ne pas utiliser cette image.

Encore une fois, il ne me dérange en rien d'utiliser leurs infos quand j'arrive à les recouper. Je l'ai déjà fait par le passé (la CIA aussi d'ailleurs) et je le referais sans doute. Mais pourquoi personne n'ose le dire ? C'est ne pas avoir confiance dans son propre travail que de ne pas citer ses sources quand celles-ci ne demandent pas l'anonymat.  Sinon ça veut dire qu'on ne croit pas soit même en la sincérité de cette info et alors on ne la donne pas. Car justement les Moudjahidines et de nombreuses associations qui leur sont proches demandent plutôt à être sourcés quand ils fournissent vidéo et photos. Bien sûr puisqu'ils sont un acteur politique dans un jeu politique. Qui sourcerait un témoignage "un opposant à Sarkozy" quand c'est Benoît Hamon qui prend la parole ? Seulement, devant la difficulté à nourrir les fleuves de l'information, ils sont une des rares sources. Et ça, ça fait pas bien de toujours citer la même source dans ses papiers, pour d'évidentes raisons de pluralité. Dur tiraillement que de devoir parler de quelque chose quand on a trop peu de sources. Alors on attribue le tout à "l'opposition iranienne" pour ne pas trop préciser et comme si elle était monolithique.


Et si la transparence c'était notre boulot ?


Sauf que l'opposition iranienne est tout sauf monolitique. Les amis de Karoubi ne sont pas ceux de Mousavi et encore moins ceux des Moudjahidines. Tous ne poursuivent pas le même but et n'ont pas intérêt à donner les mêmes infos. Heureusement, se sont parfois les agences elles-mêmes qui nous offrent de la bonne conscience pour pas cher : il m'est arrivé régulièrement de voir passer dans des depêches d'agence des descriptions des manifestations faites par "un témoin" que je venais de lire dans un mail que j'avais reçu des Moudjahidines. Je ne dis pas que le témoignage était discrédité, rendu plus ou moins véridique,... mais le travail de l'agence de bien sourcer son info (libre ensuite au journal de sucrer la source ou pas) n'était pas très réglo.

Je ne considère pas mon travail comme celui de la mise à jour de la vérité. Mais plutôt comme celui de la mise à disposition d'informations circonstanciées et contextualisées qui permettent au citoyen de se forger une opinion (contrairement à certains qui osent dire que le journalisme ne sert en rien à la démocratie). Et donc il me semble que lui dire qu'une image ou qu'un témoignage viens de tel ou tel bord politique ne discrédite pas mon travail (même s'il en révèle comme je le fais ici quelques ficelles ou facilités), mais au contraire : ça le renforce. Cela lui donne son vrai sens à une époque où l'internaute peut voir des millions d'images animées ou fixes. Cela lui explique qui dit quoi! Et puis enfin, même si ça peut montrer que l'on n'a pas réussi à joindre grand monde (et ça arrive plus souvent qu'on le voudrait) c'est simplement plus honnête.
Par Antonin Sabot-Lechenet - Publié dans : Inside the Picture - Ecrire un commentaire - Voir les 12 commentaires
Mardi 29 décembre 2009 2 29 /12 /2009 12:45
L'excellent Mamane, clôt (pour moi) le débat (filmé à Dakar) :


Par Antonin Sabot-Lechenet - Publié dans : Elles sont pas fraîches mes nouvelles? - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Mardi 29 décembre 2009 2 29 /12 /2009 08:55
Certains prophétisent la fin du photojournalisme à cause des images d'amateurs. Même s'il y a en effet une certaine concurrence qui se joue, je ne crois que ces derniers remplaceront complètement les premiers. Aussi je n'ai aucun scrupule à vous présenter le concours de photographies amateurs organisé par "Les Observateurs", le site participatif de France 24.

En un mot tout de même, l'intitulé me titille un peu en versant dans un sensationnalisme qui n'était pas nécessaire vue la nature des photos : "Votez pour la plus impressionnante", nous demande-t-on, alors qu'il aurait suffit de nous demander de voter pour la meilleure et laisser chacun libre de juger des qualités qu'il exige face à une image (en clair certains veulent voir une image impressionnante, d'autres une image informative, d'autre une belle image, etc...)

Trois d'entre-elles retiennent particulièrement mon attention, pour des raisons différentes.

gosse2.jpg

La première est celle de Serigne Diagne, de Dakar, à propos des inondations qui ont eu lieu dans le pays il y a quelques mois. La première raison est que j'ai rencontré Serigne lors de mon reportage au Sénégal avec Jean Abbiateci. Mais surtout en voyant la série d'images, c'est celle qui fait le plus preuve d'une construction proche du reportage photojournalistique avec différents angles, points de vue et détails, etc...

teaser kirkouk

La seconde est celle de l'arrestation d'un jeune kamikaze en Irak. Comme l'intitulé le demande, elle est très impressionnante. En fait non, c'est le contexte qui est impressionnant. On en vient à se demander comment les personnes qui ont pris la photo ont aussi pu arrêter le jeune homme, comment il ne fait pas sauter sa bombe, etc. De plus elle contient de nombreux éléments de l'iconographie amateur : mauvais cadrage, flou, pixels, etc... une impression de réalité, de surréalité même tant elle crève l'écran.

aterre poignard

Et enfin les images très dures de Guinée Conakry. On n'est pas dans la construction au fil d'un reportage. On est dans le témoignage brut. De loin, comme une photo de Tiananmen. Avec une violence inouïe, horrible. Cette photo a ma faveur (désolé Serigne) car elle aurait pu être réalisée aussi bien par un professionnel que par un amateur. Peut-être que le professionnel aurait eu un plus gros téléobjectif permettant de voir tout cela de plus près, mais cela ne change pas grand chose : la réalité d'un crime extrêmement grave est là devant nous. Nous ne pouvons l'ignorer. C'est ça la force de la photo.


Par Antonin Sabot-Lechenet - Publié dans : Inside the Picture - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Lundi 28 décembre 2009 1 28 /12 /2009 22:21
Je suis retombé dans ma bibliothèque sur les derniers discours de Malcolm X, publiés dans la collection L'Esprit Frappeur. Bien que violentes sous bien des aspects certaines phrases m'ont parues fort actuelles et méritent qu'on s'y attarde en cette période de grand débat sur l'identité nationale.

A un moment de son tout dernier discours, à Rochester le 16 février 1965 (5 jours avant d'être assassiné), Malcolm X réfléchit sur la façon dont on construit l'image d'une minorité qui dérange et sur comment on la pousse à la destruction, voire à l'autodestruction. A mettre en parallèle avec la récente interview Emmanuel Todd dans Le Monde, où l'historien estime que "si vous êtes au pouvoir et que vous n'arrivez à rien sur le plan économique, la recherche de boucs émissaires à tout prix devient comme une seconde nature".

"Ces gens-là nous accusent de ce dont ils se rendent eux-mêmes coupables. N'est-ce pas toujours ce que font les criminels? Ils vous bombardent, puis vous accusent de vous être bombardés vous-mêmes. Ils vous défoncent le crâne, puis vous accusent de de les avoir attaqués. C'est une habitude chez eux, les racistes - ces criminels qui ont fait du crime une science. Ils pratiquent l'action criminelle. Après quoi, ils manipulent la presse pour se poser en victimes - les rôles s'inversent : la victime devient le criminel ; le criminel, la victime. Voilà comment ils procèdent. [...]

Les racistes dont l'influence est grande dans cette société, ne feront jamais rien sans avoir mis d'abord l'opinion publique de leur côté. Dans ce but, ils manipulent la presse. Quand il s'agit d'étouffer ou d'opprimer la communauté noire, que font-ils? Grâce aux journaux, ils livrent à l'opinion une série de statistiques. L'opinion apprendra ainsi que le taux de criminalité est plus élevé dans la communauté noire que partout ailleurs.  [...] Ils collent sur le dos de la communauté noire une étiquette de criminelle. Le seul fait d'appartenir à la communauté noire fait de vous un criminel."



Si vraiment vous avez envie d'en lire plus, j'ai trouvé une version en ligne du discours, mais elle est vraiment mal traduite, assez difficile à lire : http://multitudes.samizdat.net/La-violence-de-la-fraternite.html
Par Antonin Sabot-Lechenet - Publié dans : Elles sont pas fraîches mes nouvelles? - Ecrire un commentaire - Voir les commentaires

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