Photographie- Actualité - Reportage article journalistique et de reportage photo
La récente affaire de l'Arche de Zoé va plus loin qu'une simple aventure de pieds-nickelés. Elle est révélatrice d'une partie des rapports entre l'Afrique et l'Occident.
Ingérence et respect des populations ne font pas toujours bon ménage. L'affaire de l'Arche de Zoé permet d'éclairer les rapport parfois conflictuels entre les Africains et humanitaires ou médecins qui veulent parfois leur venir en aide. Une affaire qui rappelle celle des « infirmières bulgares ».
La première interrogation vient de la motivation même des membres de l'Arche. A les entendre parler dans les vidéos réalisées par Marc Garmirian (un des journalistes présents avec eux), il s'agit d'une ingérence délibérée. L'occidental a souvent dit l'Africain qu'il n'était pas capable de gérer lui-même ses ressources. Ce qui lui permettait de les exploiter à sa place. Il lui a aussi dit qu'il n'était pas capable de savoir ce qui était bon pour lui, ce qui a fait qu'il choisissait à sa place ses dirigeants. Avec cette affaire, les membres de l'Arche de Zoé disent aux Africains « vous ne savez pas vous occuper de vos propres enfants ». Finalement, il apparaît que ces enfants ne sont ni orphelins ni Soudanais (donc pas victimes directes du conflit au Darfour), ainsi l'ingérence éducative pourrait s'appliquer à n'importe quelle autre partie d'Afrique où les enfants vivent mal (et il y en a beaucoup).
Peu après l'arrestation au Tchad des membres de l'Arche de Zoé pour enlèvement d'enfants, le Président tchadien Idryss Déby les a accusé de « trafic d'enfant », et de « trafic d'organes ». Des accusations qui nous semblent exagérées, voire carrément loufoques. Pour beaucoup, le président tchadien instrumentalise l'affaire à des fins intérieures, et les manifestations de la population à Abéché et à N'Djamena le prouvent.
Mais cette rumeur, très vite acceptée par la rue, ne sort pas ex nihilo du cerveau d'un dirigeant cynique. Si elle est acceptée par les Tchadiens, c'est qu'il y a des précédents. L'histoire africaine est riche de cas de médecins blancs inoculant des virus à des noirs. Parfois il a s'agit de tests délibéremment monstrueux en vue de tester des poisons ou des vaccins pas encore prêts. Parfois il s'agit de campagnes de vaccinaition qui tournent mal.
Dans tous les cas, le résultat est catastrophique. Les sociétés qui s'appuient sur la confiance orale laissent aussi une grande place à la rumeur. A chaque fois qu'un tel scandale a lieu, les difficultés à soigner les populations augmentent. Le Congo a déjà réagit à l'affaire en interdiant l'adoption.
Oui les accusations de trafic d'organes sont fausses. Mais prendre simplement les craintes des populations pour des élucubrations et les repousser sans plus d'arguments équivaut à les éloigner un peu plus des véritables aides qui peuvent leur être apportées.
A lire aussi:
Un article de l'International Herald Tribune sur les expériences désastreuses de la médecine occidentale en Afrique, suite à l'affaire des infirmières bulgares (en anglais).
Article : Pourquoi ils ne pouvaient pas les adopter