Photographie- Actualité - Reportage article journalistique et de reportage photo
A la fin du mois de septembre, une grève a éclaté dans la ville de Mahalla. Un véritable soulèvement populaire qui illustre le malaise de toute une région. Près de 24.000 ouvriers sont descendus dans la rue crier leur mécontentement, leurs salaires trop bas, leur manque de protection sociale , de soins médicaux et le non-paiement de primes pourtant maintes fois promises.
En mars déjà, 27.000 ouvriers de la ville Mahalla avaient fait une longue grève pour défendre leurs droits. En avril, ceux de Kafr El-Dawar avaient suivi. Cette fois encore ils leur ont emboîté le pas.
A Kafr El-Dawar, les trains de première classe ne s'arrêtent pas et l'on traverse les voies à pied.
Le Nord du delta du Nil est connu pour ses usines textiles. De Mahalla à Kafr El-Dawar, de nombreuses villes ne vivent que de cette industrie. Ces cités ouvrières sont de véritables oubliées. Oubliées du gouvernement, du développement et des infrastructures. Ce sont les oubliées du textile.
Les gosses jouent au foot le long des quais de la gare, où les gens traversent l'unique voie à pied. Il n'y a presque pas d'éclairage public. En avril, un membre du mouvement de grève expliquait qu'il n'attendait rien des négociations avec les patrons. Après une longue grève, les ouvriers espéraient obtenir une part dans les profits des entreprises textiles.
Apparemment, leurs revendications n'ont pas été entendues. Elles sont les mêmes aujourd'hui qu'hier. Ils ne gagnent toujours que 250 à 500 livres égyptiennes par mois (environ 30 à 60 euros) pourtant leur entreprise est la plus grosse du secteur. Cinq d'entre-eux ont été arrêtés pour avoir incité les autres à cesser le travail.
Les dirigeants font pression sur ceux qu'ils considèrent comme les leaders. L'ouvrier de Kafr El-Dawar qui m'avait parlé en avril m'avait demandé de ne pas le prendre en photo. Manifester en Egypte n'est pas un acte gratuit. La présence policière et la surveillance des individus est très forte dans ce pays. Il ne faut donc pas se méprendre devant de tels mouvements de protestation. Leur répétition et leur ampleur montre qu'il s'agit de l'expression d'un désespoir énorme, d'une révolte populaire qui couve chez les habitants des villes oubliées du delta.
A lire :
Un artice de l'Institut de recherches internationales et stratégiques
Deux articles d'Al-Ahram Hebdo: l'un sur les grèves de mars, l'autre sur celles de septembre
Un article de Reportage et Photo sur les bouleversements dans le Delta du Nil