Uncle Imani, qui fait partie d’un des groupes de hip-hop les plus créatifs de la côte Ouest des Etats-Unis, The Pharcyde, est venu donner un concert à Saint-Étienne en décembre. Au-delà de quelques slogans faciles qu'il aime assèner, il développe un discours sur le hip-hop mâtiné de mysticisme et d’un certain regard critique.
Uncle Imani commence à parler avec un gros joint d’herbe entre les lèvres, les yeux un peu dans le vague. « Tu sais pas où je peux en trouver plus dans le coin ? » Depuis le Sud sa Californie natale, il s’est un peu perdu dans le brouillard stéphanois. De passage pour un concert, le voilà dans un local ressemblant plus à une cave qu’à une salle de spectacle. Des allures de block-party (les premières soirées hip-hop organisée dans les années 70 et 80 à New-York) qui ne devraient pas déplaire à ce rappeur qui a commencé la musique il y a près de vingt ans lors de fêtes d’anniversaire au lycée.
« On faisait du freestyle entre potes »explique-t-il avec un accent à couper au couteau, « je ne voulais pas spécialement devenir rappeur, ça ne m’a pas traversé l’esprit. Tout ce qu’on voulait s’était s’amuser et faire de bons shows.» Pour quelqu’un qui voulait juste s’amuser, il y a de quoi être satisfait : le premier album de The Pharcyde, Bizarre Ride to The Pharcyde, édité en 1992 est devenu disque d’or. Les autres albums du groupe se sont moins bien vendus, mais les quatre acolytes de Los-Angeles n’en sont pas moins restés des figures phares de la scène rap indépendante, non liée aux majors du disque.
Deux des membres ont quitté le groupe il y a quelques années, il ne reste plus qu’Imani et son « pote » Bootie Brown. En pleine promotion de son album solo (Blackstarrdust) prévu dans le courant de l’année, Uncle Imani continue pourtant à représenter le groupe partout où il va : « Je ne me sens pas vraiment en solo, même quand je bouge seul, il a les ondes des autres. »
Industr’hip-hop
Les basses passent au travers du mur très fin qui sépare les loges de la salle de concert. Les membres de Lunar Heights, un groupe de Détroit dont l’un est un cousin d’Imani, font leurs balances et règlent leur son. Le bonnet rasta au ras des oreilles « l’oncle » écoute un moment et explique sa position sur l’industrie du hip-hop : « Au début on avait pas assez d’information sur ce que c’était. Quand tu es dehors et que tu jettes un œil à l’intérieur, tu ne comprends pas trop. On a fait quelques erreurs. Ce que j’en pense maintenant ? C’est qu’il ne faut laisser personne décider pour toi ce que tu dois faire, il ne faut pas dépendre d’une compagnie de disque. »
Les membres de Lunar Heights soutiennent Imani pendant son show.
Déjà en 1995, avec Labcabincalifornia, le groupe crachait un peu de son venin sur les majors : "Every time I step to the microphone / I put my soul on two-inch reels that I don't even own." (Chaque fois que je prends le microphone, je mets mon âme sur des bandes que je ne possède même pas, ndlr).
Depuis, Uncle Imani semble s’être quelque peu assagi. Il refuse désormais de juger ses condisciples. Alors qu’on a longtemps présenté The Pharcyde comme un groupe pourfendeur du gangsta rap à la mode sur la côte Ouest. Aujourd’hui il rejette cette étiquette « Une chanson contre l’industrie du hip-hop ne fait pas un album ou un groupe. À la base, les mecs qui sont des gangsters font du rap de gangster. Nous on était pas des gangsters donc on a fait autre chose. Ceux qui parlent des ghettos et tout ça, qui font ça sérieusement peuvent le faire aussi, il n’y a pas une seule façon de faire du hip-hop, c’est universel.» Quand on sait que le sport favori des rappeurs est le clash, la confrontation verbale, on peut prendre Uncle Imani pour un chanteur de reggae écoutant en boucle One Love de Bob Marley.
Déjà en 1995, avec Labcabincalifornia, : "Every time I step to the microphone / I put my soul on two-inch reels that I don't even own." (Chaque fois que je prends le microphone, je mets mon âme sur des bandes que je ne possède même pas, ndlr).Depuis, Uncle Imani semble s’être . Il refuse désormais de juger ses condisciples. Alors qu’on a longtemps présenté The Pharcyde comme un groupe pourfendeur du gangsta rap à la mode sur la côte Ouest. Aujourd’hui il rejette cette étiquette Quand on sait que , la confrontation verbale, on peut prendre Uncle Imani pour un chanteur de reggae écoutant en boucle One Love de Bob Marley. L’influence de la chaîne musicale MTV se fait ressentir dans les propos de ce rappeur qui pourtant n’y passe pas souvent. Le discours global visant à dire à chacun qu’il est unique et qu’il « peut le faire » se retrouve un peu chez cet indépendant. Haut et fort, il affirme : « Je ne veux pouvoir être comparé à personne, je veux être moins même » mais explique vouloir continuer le rap longtemps « comme Quincy Jones qui a commencé la musique à 14 ans ». Par moment il donne aussi dans l’éclectisme de bon ton : « J’écoute n’importe quel type de musique, n’importe lequel… n’importe lequel si c’est de la bonne musique. »
Le son fait la différence
Profondément, il n’en reste pas moins atypique sur une scène hip-hop où la réussite se mesure de plus en plus au nombre de diamants incrustés dans les jantes des 4x4 que s’achètent les chanteurs. Sa simple présence dans une minuscule salle de province en est la preuve. Ses visions mystiques un peu déjantées sur les « forces qui nous guident » en sont une autre. Uncle Imani est habité par une foi inébranlable dans le hip-hop. Sur scène il prêche plus qu’il ne rappe.
Sur scène, Uncle Imani (à gauche) prêche plus qu'il ne rappe.
Conscient qu’il y a quinze ans lui et ses « potes » ont amené quelque chose de nouveau dans le rap, il continue de plaquer autour du monde son hymne Passing me by. Père de deux enfants, Imani a envie de continuer: « Parcourir le monde, chanter pour nourrir les siens est une bénédiction. Tant que je m’amuserais là-dedans je vais continuer. »
Ce qu’il continue de faire, c’est d’inventer des sons. Avec Bizarre Ride, les Pharcyde ont apporté du jazz dans le rap « on a éclairé un côté du hip-hop que les gens ne connaissaient pas, même si on a pas cassé le moule ‘gangster’ car l’album The Chronicle de Dr Dre était numéro un » analyse-t-il. Avec son album solo, il rappe sur un son entre le reggae et l’électro. « C’est une progression naturelle, tout doit changer. Les gens ont peur du changement alors qu’il suffit de s’y préparer. » Près de vingt ans après ses débuts, Imani continue à monter sur scène. Sans pression, « la pression c’est pour les mecs qui ne sont pas prêts », sauf que pour ce soir, il lui faudrait encore un peu d’herbe.
L'hymne qui a fait connaître les Pharcyde: "Passing me by"
Ben, on va dire qu'ils sont connus "dans les milieux qui connaissent" lol<br />
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La pupart des rappeursq les cnnaissent car ils ont eu bcp d'influence sur toute la vague alternative du hip-hop.