Photo-sensible
À 51 ans, Pascal Maitre, photoreporter, raconte le monde en images et en couleurs.
Il vous parle de ses reportages en Somalie ou en Afghanistan en regardant en l’air, comme s’il voyait des images défiler au plafond. Il vous parle calmement de la course-poursuite en Haïti, de ces fois où il a failli perdre la vie. Et puis il vous dit que c’est en France qu’il est difficile de prendre des photos. Pascal Maitre est un de ces hommes qui parcourent la planète pour en ramener des images fortes et colorées. Pascal Maitre est photojournaliste.
Le premier trait marquant de cet homme, c’est sa simplicité. Alors qu’il pourrait vous en mettre plein la vue avec ses histoires du bout du monde, il se contente de dire qu’il n’est « qu’un passeur ». La vraie histoire exceptionnelle pour lui est celle des gens qu’il photographie, qui font la guerre, qui résistent, et qui tentent de vivre dans des pays ravagés par les confits. Tous ces gens qu’il regrette de « laisser derrière » quand le temps du reportage est fini.
Né en 1955, sa carrière commence comme celle de beaucoup de photographes de sa génération : on laisse tomber les études et on se lance. La rencontre avec l’Afrique est souvent une expérience marquante. Il la fera dès 1979, en travaillant pendant trois ans pour le magazine Jeune Afrique comme deux de ses prédécesseurs de renom, Abbas et Le Querrec. Ensuite, après un an de free-lance, il rejoint le staff de Gamma, une des trois grandes agences photographiques de l’époque. C’est l’apprentissage.
Pour un autodidacte en photographie, il faut apprendre un pays, un continent et des gens qui le peuplent. Il faut savoir comment discuter avec les personnes photographiées pour qu’elles se livrent et qu’elles vous emmènent voir les situations qu’elles vivent. Il faudra aussi savoir jusqu’où on peut aller car « si on va trop loin on se casse la gueule et ça fait mal » explique-t-il. Mais « si on ne va pas assez loin, on a rien ». Comme lorsqu’il revient en 2002 dans la cathédrale de Mogadiscio. Une nef est accessible, l’autre non. Si l’on passe la ligne de front traversant l’édifice, on se fait tirer dessus. Entre les deux réside la photo symbolique.
Pascal Maitre a décidé de vivre de « la seule chose qui [l’]intéressait », la photographie. Bien que passionné, il en parle de manière calme. Pourra-t-il s’arrêter un jour ? Il marque un blanc. « Je ne sais pas, je n’y ai pas pensé. » Il y a d’ailleurs beaucoup de choses auxquelles il avoue ne pas avoir trop penser avant de se lancer dans ce métier auquel « il faut beaucoup donner ». À la vie familiale difficile qui en découle, pas plus qu’aux moments dangereux qu’on y vit. Tout ce qui semble compter pour lui, ce sont les voyages. Incessants voyages, six ou sept mois par an, qui le conduisent maintenant bien loin de l’Afrique, du Guatemala à la Sibérie. Il a « produit des images » pour plus de 70 reportages pour Géo Allemagne et Géo France. Sans compter les publications dans de nombreuses revues comme Le Figaro Magazine ou National Geographic.
La vie par-dessus le chaos
Pour produire des images, Pascal Maitre à une recette qui se dévoile petit à petit quand on observe ses images. Bien sûr, il y a la lumière. Elle éclaire les visages de ses sujets, montre l’espoir dans les yeux des gens qu’il photographie et anime les couleurs éclatantes dont il aime les contrastes. Mais le plus important dans ses images, c’est la vie. Il sait la trouver parmi les ruines d’un Mogadiscio livré au chaos aussi bien que dans la froideur de la Sibérie.
« Ce qui est fou, dans tout ce chaos, c’est que la vie continue » s’étonne-t-il. Et c’est cette vie qu’il sait si bien montrer. Là réside l’originalité de ses images. Là où d’autres photographes auraient cherché l’image choc de la violence ou de la tristesse, l’image attendue en fait, Pascal Maitre sait montrer le côté surréaliste de certaines situations, l’autre part de la réalité.
« Fondamentalement, les gens sont sympas. Il faut leur parler en individuel » explique-t-il à propos des situations critiques qu’il a vécues, confronté à la violence de mercenaires armés. Son arme à lui pour aborder le monde est son Leica M. Une arme qui l’emmène dans de très nombreux pays. Une arme qui parfois le met en danger car elle représente l’intrusion occidentale. Mais une arme qui fait de lui le soldat pacifique d’une certaine vision de l’humanité.