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Photographie- Actualité - Reportage article journalistique et de reportage photo

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Birmanie, conflit sans images...

Histoire de passer les vacances tranquillement, Reportage et Photo publie à nouveau certains anciens articles. Aujourd'hui, un "inside the picture" à propos de la Birmanie... mais qu'on pourrait appliquer à l'Iran non ?


"Couvrir" les conflits de par le monde, c'est-à-dire se rendre sur place et raconter leur déroulement, n'est pas un exercice facile. Photographier de tels moments de l'actualité et de l'histoire l'est encore moins.
Depuis la guerre du Vietnam, où les journalistes et les photographes pouvaient se déplacer à leur gré avec les soldats américains, les belligérants ont bien compris qu'ils avaient tout à gagner à contrôler les images des guerres qu'ils mènent. Et nous, nous avons tout à y perdre.

Les événements qui se déroulent en Birmanie actuellement prouvent bien malheureusement cet état de fait. Le "plus jamais ça!" du Vietnam a été bien compris par les dirigeants comme une prophétie médiatique du maintient du pouvoir (pour paraphraser grosso modo Serge Daney). "Silence on assassine", en somme!

Bien malin qui pourra dire ce qui se passe précisément en Birmanie en ce moment. Il n'y a presque pas de journalistes sur place. Le régime birman est imperméable à la presse et s'en porte bien. Un cameraman japonnais y a même déjà laissé sa vie. Le cameraman en question, Kenji Nagai, était déguisé en touriste, seul moyen d'entrer dans le pays (avant le bouclage d'il y a quelques jours). Un des très rares correspondants sur place des nombreuses radios (dont France Info, Inter et RTL) change de pseudonyme comme d'hôtel (presque tous les jours) et est en réalité un freelance qui ne bénéficie donc d'aucun soutien direct de ces médias. Les autres sont coincés en Thaïlande.

Les dépêches des agences de presse sont maigres comme peaux de chagrin. Aucune "source directe" comme on dit dans le jargon, les informations sont apportées "selon des témoins". Traduction: on cite quelqu'un qui cite quelqu'un.

Certaines images arrivent toutefois. Celles de Reuters sont signées "stringer". En bon français cela veut dire "indépendant"... ici cela veut même dire "amateur". Les photos sont vendues directement sur le site photo de Reuters en format 4/3 (plus carré que le format 3/2 des appareils reflex des professionnels) caractéristique des compacts des amateurs. Certaines photos portent même la date et l'heure en rouge (là encore une caractéristique d'appareils amateurs).

Il y a quelques photographes professionnels (dont un français, mais nous ne donneront pas son nom pour le moment pour des raisons de sécurité), mais trop peu pour révéler plus que l'évident des manifestations. Tous ce qu'il y a autour, et surtout les moments réels de répression nous sont cachés. Nous sommes aveuglés.

Il n'y a pas d'image de tank arrêté par un étudiant, pas de bonze qui s'immole par le feu, pas de Rostropovitch qui offre son épaule à un combattant de la liberté exténué. Résultat, il y a peu ou pas de mouvement de soutien à cette insurection. Comment s'élever contre ce que l'on ne voit pas alors qu'il y a chez nous, au contraire, un trop plein de communication, un trop plein d'images ?

Non, nous ne sommes pas aveugles, car l'aveugle compense sa cécité par l'écoute. En vérité nous sommes devenus sourds. De trop voir, nous avons perdu l'usage de nos oreilles. Les appels au secours ne nous atteindrons plus, et les dictatures du monde moderne l'ont bien compris.

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