Ce n'est pas trop mon habitude de parler ici du petit monde du web hors des cadres du multimédia ou de traiter de sujets politiques... mais je me permets un petit commentaire sur un mouvement qui est en train de monter sur Internet et que vous avez sans doute rencontré ailleurs : le "black out" anti-Hadopi (la prochaine loi sur Internet).
Ce que je trouve intéressant dans ce mouvement est la nouvelle forme de mobilisation qu'il amène... et la question que cela pose. Rapidement, pour ceux qui ne sont pas au courant, il s'agit de placer sur son blog une petite bannière noire pour montrer ce que serait le web si la loi Hadopi était adoptée :
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Ce qui m'interroge, c'est l'efficacité de cette mesure. Cela m'a remis en mémoire un article du mois dernier sur des manifesttion virtuelles en Hongrie Bulgarie, dont le résultat a été... RIEN. Des types ont passé des heures à se parler sur Internet, à monter des groupes de soutien sur Facebook ou autre, pour rien. Les autorités se sont bien marré ont fait semblant de regarder pour que les gens ne se croient pas obligés d'aller plus loin et puis ont fait passer ce qu'ils voulaient derrière.
De là à poser la question de la réalité des mouvements sociaux sur Internet, il n'y a qu'un pas. La facilité ne déconnecte-t-elle pas de la réalité ? Si cette loi Hadopi, comme certains le disent, a été pensée par des gens qui ne connaissent pas Internet, quelle peur leur feront quelques bannières postées sur des blogs ?
Cela pose aussi des question sur l'avenir des mouvements sociaux : si à l'avenir la mobilisation se limite à ce genre de pratique, aboutira-t-elle? S'il est évident qu'Internet est un lieu de débat, peut-il être vraiment mobilisateur?
Bref, je n'ai pas de réponses alors voici l'article en question, dont jai pour le moment perdu la source, je la pose dès que je peux:
BULGARIE • La génération Internet ne sait pas manifester
Depuis deux semaines, des manifestants demandent la démission du gouvernement. Mais ils s'y prennent mal, très mal, estime un journaliste de la "génération 1997".
"Comme j'aimerais/Me promener dans la forêt/Mais je n'en ai pas trop envie…" S'il fallait écrire un haïku au sujet des manifestations bulgares, ce serait certainement celui-là. La protestation – ce reflet du génie national – s'est enlisée pour devenir le symbole de la paresse sociale. La Bulgarie n'est pas la Grèce. Et la Bulgarie n'est pas non plus l'Europe. La preuve nous en a été apportée par ces manifestants des derniers jours et, surtout, par ce qu'ils ont obtenu. C'est-à-dire rien. Enfin, si : en province, les fans du Premier ministre Sergueï Stanichev [du Parti socialiste, ex-communiste, traditionnellement plus implanté dans les campagnes] n'ont pas pu cacher leur satisfaction : "Ces connards de Sofiotes se sont enfin pris une bonne branlée !"
Cette génération-là n'est pas méchante, elle est bête
Quelques personnes ont essayé de nous expliquer pourquoi il valait mieux manifester sur la Toile plutôt que devant le Parlement : sur Internet, il fait moins froid et on ne se fait pas taper dessus. Le pouvoir est entièrement d'accord : "Continuez à protester sur le web, chers compatriotes, vous êtes très bien là-bas !" Chez nous, la modernité sert de prétexte à glander et non à mieux travailler. La génération Internet n'existe en fait que sur Internet. Comme l'a remarqué une consœur, la première manifestation aura au moins permis de mettre un visage derrière chaque internaute. Cette génération-là n'est pas méchante, elle est bête. Et inoffensive. Entre un flic en tenue de combat et un personnage de jeu en ligne, il y a quand même une différence ! Ce qui n'empêche pas cette génération – une poignée d'enfants de la ville – de continuer à croire qu'elle peut changer les choses avec sa souris. C'est de la pure paresse, les gars, reconnaissez-le. N'importe quel militant de n'importe quel pays vous dira que, si vous voulez faire tomber un gouvernement, vous devez être prêts à vous faire casser la figure. Et, pour cela, il faut commencer par sortir de chez soi, les enfants. Sinon, c'est votre grand-mère qui continuera à décider de votre avenir en allant consciencieusement déposer son bulletin dans l'urne pendant que vous faites joujou avec vos souris.
"On vous avait pourtant prévenus !"
Et puis, une manifestation pacifique – portée aux nues par les médias – ne peut que chatouiller la botte de ceux qui vous ont tapé sans raison il y a une semaine. C'est l'autre grande astuce du gouvernement Stanichev. Faire croire à l'opinion publique que vous êtes des canailles, évoquer la présence d'une bombe pour mieux disperser la manifestation. Ça a tellement bien marché qu'il faut désormais s'attendre à ce qu'ils nous fassent le coup à chaque nouveau mouvement de protestation. Dans n'importe quel autre pays, quand les forces de l'ordre s'en prennent à des innocents, l'opinion publique réagit et demande des comptes. Chez nous, cela a provoqué des vivats dans les bistrots en l'honneur du ministre de l'Intérieur. Vous avez voulu refaire le mouvement de protestation de 1997 [mené à l'initiative des étudiants, il a provoqué la chute des néocommunistes], mais cela a tourné à la farce. On vous avait pourtant mis en garde ! Vous n'avez pas cherché à associer les leaders du mouvement d'il y a douze ans, vous n'avez pas proclamé une grève étudiante… Et, surtout, vous n'avez pas pu imaginer la forme que devait prendre cette protestation. La manif est une sorte de théâtre, il faut que chacun sache quel est son rôle. Mais, avant de savoir comment protester, il faut surtout savoir pourquoi.