Photographie- Actualité - Reportage article journalistique et de reportage photo
Le New York Times est un des meilleurs journaux américains. Cette image est issue de la sélection hebdomadaire qu'effectue le journal français Le Monde parmi les articles de ce quotidien d'outre-Atlantique.
La guerre d'Irak prend beaucoup de place dans ce journal. Sur ce conflit, comme sur d'autres, il publie beaucoup de photographies. Moins proportionnellement qu'un hebdomadaire comme Time qui bien sûr est renommé pour ses photos, mais sur la durée, il doit s'en approcher.
La caractéristique principale de ses images est qu'elle proviennent le plus souvent de photographes "embedded" (littéralement "qui couchent avec les soldats" expression qui n'est pas sans double-sens) c'est-à-dire qui sont intégralement intégrés aux unités qu'ils prennent en photo. Nous reviendrons une autre fois sans doute sur ce que cela implique pour le photographe. Notons juste, en ce qui concerne la politique photo du New York Times, qu'elle diffère de celle de nombreux journaux qui utilisent principalement des photos d'agence. Or en Irak, pour des questions de sécurité, celles-ci sont prises par des photographes locaux ce qui change bien des choses.

Cette photo créditée Michael Kamber n'est donc pas une simple photo d'agence qui couvre un élément particulier. De plus elle n'est pas utilisée dans un papier purement factuel. Elle est une illustration qui porte un sens en elle-même, complémentaire de l'article. L'article en question parle des troupes irakiennes, formées par les américains qui ensuite se retournent contre eux. Or ce n'est pas ce que montre la photo.
On y voit deux soldats américains, l'un au premier plan, faiblement éclairé et un autre au fond dont on ne distingue que la silhouette. Ce qu'il y a d'intéressant, c'est que sans montrer quoi que ce soit de violent, cette image est comme oppressante, angoissante.
Cette impression est d'abord due à la lumière particulière de la scène. Elle est éclairée par les seules lampes de la rue, pas de flash pour éclairer le visage de ce soldat. Du coup ses lunettes de vision nocturne que l'on distingue mal le déshumanisent quelque peu. Autre aspect de la lumière: le capteur numérique, qui n'adapte pas la température de couleur comme le ferait l'oeil humain donne une couleur très jaune-orange à la scène, lui ôtant un peu de sa réalité.
Et puis surtout il y a le flou. L'oeil humain ne connait pas le flou (l'oeil en bonne santé du moins). Il n'est pas habitué à voire la réalité ainsi. D'autant moins lorsque c'est le sujet principal d'une image qui n'est pas net. C'est pourtant le cas dans cette image. Le soldat de premier plan est flou (techniquement ce flou est dû à une vitesse de prise de vue très lente rendu nécessaire par la faible luminosité).
Ainsi cette photo nous apparaît-elle très étrange, jusqu'à rendre l'atmosphère particulière de cette patrouille de nuit à Bagdad. Nous ne pourrons jamais connaître le sentiment de ces deux soldats en patrouille, mais nous sommes un peu perdus avec eux dans cette image qui nous dérange.