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Qui parle?

Jeune journaliste, j’essaie de pratiquer ce métier pour "raconter le monde" et donner à voir ce que l'on ignore parfois. « Le voyage ne commence pas au départ et ne finit pas au retour » écrit Kapuscinski dans Mes Voyages avec Hérodote. Pour expliquer la façon dont des gens que nous ne connaissons pas voient le monde et leur vie, il faut être près d’eux. En tentant de mieux comprendre leur point de vue on acceptera mieux la différence et peut-être verra-t-on qu’elle n’est pas si… différente ?

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- Antonin Sabot-Lechenet
25 décembre 2006 1 25 /12 /décembre /2006 13:00

Les belles Belon sous protection

Reportage à marée basse

 

La surveillance des parcs à huîtres, c'est du boulot en plus " explique le gendarme B., " notre secteur s'étend du front de mer à Arzano ". Membre du Psig (peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie) à Quimperlé (Finistère), il part avec deux collègues pour renforcer une brigade de Pont-Aven qui ce soir surveille des parcs à huîtres.

 La voiture zigzague sur une route qui ressemble à un tunnel. Les arbres qui l'entourent se rejoignent à leur cime. Ici, c'est le secteur 14, celui du Psig de Quimperlé. « Du front de mer à Arzano », cela fait une diversité de terrain et des interventions variées pour ces hommes qui préfèrent les sorties à la paperasse.

 

Ils sont un peu les « gros  bras » de la gendarmerie. « On ne fait pas de papier, nous, juste de l'intervention » assure le gendarme C.. D'ailleurs les trois membres de la patrouille ont commencé leur carrière dans la gendarmerie mobile (l'équivalent des CRS dans la police). Bavard, le chef d'équipe rit quant son collègue de Pont-Aven l'appelle sur son portable :  « Ouais ouais, on arrive sur le port de Belon dans cinq minutes .»

 

 

 

" On est en shouf là "

En arrivant, le conducteur coupe les phares. La planque est censée commencer quand un homme avec une veste polaire rouge s'approche. « C'est celui que je pense ? » demande C. « C'est un drôle celui-là » souffle-t-il sans attendre la réponse de ses collègues. L'homme, passablement éméché s'approche et frappe à la vitre. « On est en shouf là, en discrétion, on a pas le temps de t'aider » assène le chauffeur. L'homme garde son sourire alcoolisé et débite des phrases à deux cents à l'heure avec un accent breton à couper au couteau. D'une trentaine d'années, il porte de vieux sabots en bois. « Même nous on comprend pas tout » s'esclaffe un des militaires en traduisant approximativement les propos de l'homme en rouge.

 

 

De l'autre côté du petit port où sont affinées les fameuses huîtres plates « Belon », la brigade de Pont-Aven est arrivée. Après quelques appels de phares, un des hommes appelle le gendarme B. sur son portable : « C'est le Père Noël avec toi ? - Oui mais il a trop bu. » Les hommes d'en face balaient le port avec leurs lampes torches. S'il y avait des voleurs d'huîtres dans cette nuit froide, ils sont partis depuis longtemps. Seuls restent de vieux hiboux qui hululent au loin.

Après une vingtaine de minutes de « planque », le temps d'essayer les nouvelles lunettes de vision nocturne, la patrouille part rejoindre ceux d'en face. L'adjudant  B. est un gars du coin. Pas très grand, chauve et sec. Il dirige les patrouilles de surveillance nautique. Il avoue que pour prendre des voleurs d'huîtres sur le fait depuis la terre ferme, comme ce soir, « il faut beaucoup de chance ». « En fait notre rôle est plutôt dissuasif ».

Les deux patrouilles échangent quelques mots et soupirent alors que l'homme en rouge les rejoint. Il a pris une barque et a traversé à la rame. « Vous avez entendu parler du Copernic ? » demande-t-il. Oui ils en ont entendu parler toute la journée. Le patron de ce bateau a disparu en mer cet après-midi et l'on est sans nouvelles de lui. Oui ils en ont entendu parler et ne veulent pas en savoir plus pour le moment. La disparition en mer est la pire des choses qui puisse arriver à un marin pêcheur.

Pas d'incidents pour le moment. Les deux patrouilles se séparent et repartent chacune dans leur secteur. Il est déjà 1 h du matin, encore deux heures de ronde pour les hommes du Psig.

 

 

Paroles d'affineur-importateur

 

 

Une tonne d'huîtres en une heure

Jean Thaëron est, avec son frère Josic, patron d’une des plus grandes entreprises conchylicole du secteur de Quimperlé. En plus des 2000 tonnes d’huîtres creuses et 150 tonnes de plates (la fameuse « Belon ») qu’il vend chaque année, il commercialise toute une gamme de crustacés et de coquillages. Affineur reconnu, il est en première ligne face aux vols d’huîtres. En effet dans ses parcs, parfaitement accessibles à marée basse, les huîtres sont matures et prêtes à être commercialisées. Un peu fataliste il explique :

« Il est difficile de se protéger des vols. Ce n’est pas quelque chose de nouveau d’ailleurs. Du temps de mon grand-père chaque ostréiculteur faisait des rondes dans la baie à tour de rôle. Ensuite on a dû embaucher des compagnies de surveillance privées. Malheureusement elles ne faisaient que repousser le problème : les voleurs viennent en bateau et peuvent s’échapper facilement. Une fois, en une nuit ils nous ont volé une tonne. Il leur a fallu à peine une heure.

Aujourd’hui la brigade nautique est beaucoup mieux équipée et elle dissuade beaucoup de voleurs. 

Il reste quand même des vols car les gars savent qu’ils n’auront aucun mal à écouler quelques poches (les sacs en grillage dans lesquels grandissent les huîtres, ndlr) à moitié prix sans facture. Mais sur une poche ou deux on ne sait pas vraiment chiffrer le préjudice. En plus on ne peut pas tout surveiller car les parcs sont dispersés le long de la baie.»

Les bouriches de Belon dans le plus pur

respect de la tradition: rondes et remplies d'algues.

 

Préparation d'une huître "à ouverture facile. Le bord en est limé, puis rebouché à la cire alimentaire.

 

Reportage effectué les 20 et 21 décembre à Quimperlé dans le Finistère pour le journal école du CFJ.

Les poches d'huîtres sont disposées sur des tables  dans l'embouchure de la rivière Belon. Sur le domaine public, les parcs sont facilement accessibles à marée basse.

  

 
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21 novembre 2006 2 21 /11 /novembre /2006 07:00
Les merveilles de la forêt (1)

La forêt amazonienne contient des milliers de plantes médicinales ou comestibles. Les indiens Shuars en connaissent des centaines. Durant un séjour dans le village de Tsuntsu en Équateur, une petite promenade de quelques heures m'a permis d'en découvrir certaines.

La forêt amazonienne est un gigantesque livre dans lequel il faut apprendre à lire. Son langage est complexe et une erreur d'interprêtation peut s'avérer mortelle. Pour une de nos premières leçon, les membres du projet HOEquateur 2006 et moi avons eu droit à l'aide de nos amis shuars Maria et Luis le chamane de la communauté de Tsunstsu (province de Morona Santiago).

Pas besoin d'aller bien loin pour trouver des plantes utiles. La selva en contient des milliers et les Shuars en connaissent des centaines.

La leçon commence par une espèce de coriandre (photo ci-dessous) (qui ressemble au culantro du Nicaragua) qui sert pour assaisonner en cuisine, mais qui aide aussi à soulager la gueule de bois.
Plus loin une grande ortie soigne le mal d'estomac. De très nombreuses plantes sont comestibles. C'est le cas du Tunshishi (photo à droite) qui a un goût d'épinard (en mieux).

Une plante plus originale et que l'on trouve partout dans la forêt est le Jempemur (ci-dessous à gauche). Littérallement, cela signifie la plante du colibri (Jempe en shuar, c'est le nom que Francisco, un ami Shuar, m'avait donné). La légende veut qu'un concours ait un jour opposé le colibri à la poule. Il s'agissait de planter le plus grand nombre d'une espèce végétale particulière. Étant très travailleur, le colibri l'aurait emporté, et c'est pour cela que l'on trouve du jempemur partout dans cette partie de la forêt. Plus prosaïquement, elle sert d'anti-poison quand on la mastique. La petite boule à la base de la feuille attire et contient des fourmis.
Le semasme pousse dans les rivières peu profondes et se mange seul (en salade) ou en guise d'assaisonnement.

Le temashnium est le fruit d'un arbuste. Il ressemble à un petit oursin. Avant l'arrivé de la "civilisation", il faisait office de peigne. C'était un cadeau très prisé entre amoureux.
La petite graine à côté s'appelle pambil. Les Shuars s'en servent pour faire des colliers.


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12 novembre 2006 7 12 /11 /novembre /2006 15:06

11 Novembre et "Repas des vieux"

La vie d'un petit village de campagne n'est pas sans intérêt. Bien sûr, pour un "jeune urbain", y passer toutes ses vacances peut s'avérer franchement ennuyeux (...mais non papa maman, j'étais content de venir avec vous...), mais il y a parfois des moments qui valent le coup d'être vus et donc racontés.

Le curé rouspette : "Moi j'étais à l'heure, vous auriez pu vous dépéchez un petit peu...". Il est 11h10 et la messe aurait dû commencer depuis 10 minutes déjà. Les habitants de Mézères, petit village de Haute-Loire ne se sont pas pressés pour arriver à l'heure, ils préfèrent discuter entre eux devant la petite église du village.

D'ailleurs le curé ferait bien de tenir sa langue face à ses irréductibles Gaulois (qui refusent depuis près de 10 ans l'annexion que représente à leur yeux l'intercommunalité). "Moi j'étais à l'heure..." rouspette le curé. Dans les rangs arrières des grands-mères maugréent: "Qu'est-ce qu'ils nous embête à sermonner!" A Mézères on n'aime pas trop les curés qui sermonnent.

Aujourd'hui c'est le 11 novembre. On fête donc les anciens combattants, la fin de la Première Guerre. A Mézères, on commémore cette événement célébré en République à l'église. Irréductibles je vous disais...

En réalité, la journée est plutôt l'occasion de rassembler cadres et figures du village. Le maire, les vieux, l'unique commerçante (une tenante de bar restaurant), des touristes "intégrés" (mes parents) et les quelques paysans qui sont restés.

Le repas des vieux

A Mézères, il ne reste plus d'anciens combattants (pas pour cette guerre en tout cas). Du coup le repas des anciens combattants s'est transformé en "repas des vieux". Comme il a plus de 65 ans, mon père y a droit et emmène ma mère avec lui.

Le "repas des vieux" c'est le lieu stratégique de l'année. Celui ou s'échangent les infos vitales de l'année à venir. Le maire annonce qu'il souhaite faire augmenter la population du village jusqu'à 150 (et au moins 3 fois plus de vaches). Il y a des chances qu'il y arrive, il y a eu de nouvelles installations cette année. Le ralliement de mes parents -qui après 35 ans de résidence secondaire dans le hameau l'ont élu résidence principale- les a définitivement intégrés. Et puis si il n'y a pas assez de gens il nous comptera sûrement moi et ma soeur...

 "Un jour, j'ai bu 75 cl de Verveine à l'apéro!" revendique l'un des "vieux", pas un gringalet. "Tu devais être sacrément malade après" s'enquiert donc mon père, un brin abasourdi. "Non, non," répond le costaud "après mon frère m'avait fait boire quatre litres d'eau." Mon père ne répond pas, ouvre juste des yeux tous grands. On rigole bien au "repas des vieux". On y raconte ses histoires.

Des histoires de la guerre d'Algérie aussi. "Une fois j'ai failli prendre une balle dans la poitrine, c'est mon portefeuille qui a dévié la balle" explique l'un d'eux. Les histoires de ces hommes qui ont fait 26 mois là-bas sont impressionnantes, mais à vrai dire il vaut mieux parfois ne pas trop pousser l'investigation.

 

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10 novembre 2006 5 10 /11 /novembre /2006 16:06

Dans la Kagera, un espoir pour les orphelins du SIDA


La Tanzanie est un des pays les plus pauvres du monde. Un de ceux dont la dette a récemment été annulée. Au-delà des difficultés économiques, ce sont les conditions sanitaires désastreuses qui touchent le plus la population. Dans la région de la Kagera, proche du Rwanda et de l'Ouganda, le taux de prévalence estimé du virus HIV est d'un habitant sur six.


La réalité est cependant complexe à analyser dans cette région et les statistiques ne sont pas fiables. Les médecins de Dar-Es-Salaam, la capitale économique, appellent une fois l'an l'hôpital de Bukoba, la ville la plus importante de la région, pour tenir le compte des décès. Ils attribuent un tiers des morts au VIH sans plus de vérifications.
Les enfants de la région dont les parents sont morts sont souvent appelés « orphelins du SIDA ». Ils ne le sont sans doute pas tous. C'est en effet l'état sanitaire général de la région qui est aussi en cause ici. Paludisme et tuberculose sont encore parmi les toutes premières causes de mortalité. La malnutrition, tout simplement engendrée par l'extrême pauvreté de la région, sévit très gravement. Si bien que l'espérance de vie moyenne est de 43,3 ans.
Dans la culture haya, majoritaire dans la région de la Kagera, on est orphelin dès que l'on a perdu son père. La famille paternelle n'a en effet aucun souci d'aider ses nièces et neveux. Traditionnellement elle récupère même toutes les possessions du défunt. Sa femme et ses enfants doivent partir.
L'association Partage Tanzanie s'occupe de ces orphelins depuis déjà 15 ans. Elle essaye de leur donner les moyens de se maintenir dans leur village. De leur donner une éducation et des terres qu'ils pourront cultiver une fois adulte.
Car malgré l'incertitude sur les chiffres, les orphelins, eux, sont bien là. La génération précédente les a, pendant un temps, totalement délaissés, pensant qu'il n'y avait plus d'avenir à cause du SIDA. Les chiffres récents d'ONUSIDA montrent désormais une amélioration relative dans la région et les adultes se rendent compte que tout n'est pas perdu dans cette lutte.


À Bukoba et dans toute la Kagera on continue donc de vivre. Partage Tanzanie envoit les enfants à l'école, nourrit les plus démunis. Elle lutte contre le paludisme mais aussi contre les mentalités. Celles qui font par exemple que, de manière traditionnelle, un enfant Haya n'a pas de nom avant d'atteindre l'âge de quatre ou cinq ans, c'est-à-dire avant d'être utile à quelque chose. L'avenir des enfants passe d'abord par leurs aînés, l'association apprend à ces derniers à respecter les plus jeunes, à leur permettre de s'éduquer et de s'épanouir. Fruit d'un travail matériel, mais aussi d'un travail sur la manière de voir le monde, l'espoir renaît dans la Kagera.


Reportage effectué en 2003 en Tanzanie et Ouganda. Les photos qui en font partie ont été primées au Concours Paris Match du Photoreportage étudiant.

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