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Jeune journaliste, j’essaie de pratiquer ce métier pour "raconter le monde" et donner à voir ce que l'on ignore parfois. « Le voyage ne commence pas au départ et ne finit pas au retour » écrit Kapuscinski dans Mes Voyages avec Hérodote. Pour expliquer la façon dont des gens que nous ne connaissons pas voient le monde et leur vie, il faut être près d’eux. En tentant de mieux comprendre leur point de vue on acceptera mieux la différence et peut-être verra-t-on qu’elle n’est pas si… différente ?

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Vous êtes encore nombreux à venir visiter Reportage et Photo, pourtant cette adresse n'est plus mise à jour. Si vous souhaitez découvrir mes nouveaux articles je vous invite à venir les voir sur Reportageetphoto.fr. Vous êtes donc cordialement invité à venir y découvrir toujours plus d'analyses d'images, d'histoires de reportages et de documentaires multimédia à cette nouvelle adresse, plus pratique et plus belle.
- Antonin Sabot-Lechenet
12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 14:19

  Reportage réalisé dans le cadre de la première université de printemps des journalistes euroméditéranéens. Partenariat entre le CFJ (Paris), l'Ihecs (Bruxelles) et les filières de journalisme francophones des universités du Caire, de Beyrouth et de Rabat.


La route Le Caire – Alexandrie regroupe à elle seule une partie de la diversité égyptienne. Des villes commerçantes, ouvrières ou des villages en mutation disputent l'espace aux terres agricoles. Le rouge brique des constructions remplace le vert des champs.

 

 
Vendredi matin. Le train de seconde classe quitte Le Caire sans bruit. Comme s’il ne voulait pas réveiller la ville et les travailleurs qui rentrent chez eux pour le week-end, endormis sur les banquettes poussiéreuses. Les wagons traversent en douceur les derniers quartiers populaires. Personne ne remarque plus les quelques gosses qui traînent  le long de la voie quand s’estompe la ville.
Mais où finit Le Caire ? Par la voie ferrée on ne voit pas vraiment la sortie de la ville. Après des immeubles en construction, les champs. Puis à nouveau des immeubles. Aucune étendue cultivée ne s’étend plus loin que porte le regard. Certaines sont même complètement enfermées dans des quartiers d’habitation. Dès le début du voyage, la « route verte » qui relie Le Caire à Alexandrie par le delta devient rouge, de la couleur des briques des maisons.

 

 

  On arrive à Banha après trois quarts d’heure de train, sans être vraiment sûr d’être sorti du Caire. On l’a juste décidé à un moment où l’espacement des immeubles le long de la voie ferrée était assez lâche. Peut-être entre un champ de blé et un verger de mandarines.
Le centre de la ville est coincé entre la gare et le Nil. Cette bourgade de province est presque déserte le vendredi matin avant l’heure de la prière. Seul le souk témoigne d’un peu de vie. Des femmes viennent des villages voisins pour vendre leurs récoltes : quelques choux, de l'ail, des melons et des oranges. 


Mi-New York mi-Italie
Peu de jeunes hommes dans les rues. « Ils sont tous partis », soupire Ihab. Lui aussi est parti. A 24 ans, il est allé tenté sa chance en Italie. Aujourd’hui, il a quarante ans et vient juste de revenir. Dans son bar désert au bord du Nil, il sert des cappuccinos. « Tous les pizzaïolos de Bologne ou de Naples viennent de Banha ! », plaisante-t-il. Plus sérieux, il poursuit : « Les jeunes de la ville ont peu accès à l’éducation et il n’y a pas beaucoup d’emplois ici. Alors ils partent en Europe ou même à New York. »
Cet exode massif a une conséquence étonnante : même ceux qui pourraient avoir une assez bonne situation ici essayent d’en partir, même pour des emplois peu qualifiés. Ihab a suivi ce chemin pour être maçon alors que son père est membre du Parlement égyptien. Il a été chanceux et a fait fortune. En revenant, il a fait construire un immeuble de huit étages de l’autre côté du Nil.  Là, tout un quartier, bâti avec l’argent des égyptiens expatriés, grignote les terres agricoles. Les rues ne sont pas encore goudronnées. Il n’y a même pas de pont pour traverser. Il faut prendre le bateau.  Ihab tend ses jumelles pour observer les immeubles non crépis : « Ne vous y trompez pas, prévient-il, les appartements sont bien plus chics que ce que vous croyez. Aussi luxueux que dans les plus riches quartiers du Caire ! »
Dans toute la ville, les jeunes qui ne sont pas encore partis espèrent tenter leur chance. Comme Mustapha. Boucher dans le souk, il compte rejoindre son cousin, restaurateur à Bologne. Même s’il ne parle pas un mot d’italien.

"Beaucoup de jeunes partent sans papiers. Mais la route de la Lybie est risquée, moi je préfère être en règle" explique Mustapha en buvant un thé.


Pour quitter Banha, le train traverse le Nil sur un vieux pont en acier. Il longe ces nouveaux immeubles de briques encore nues. Ces immeubles, il y en a tout le long du chemin. Tous construits sur le même modèle, carrés avec de grossiers pylônes pour soutenir les balcons. Et toujours ce rouge.
Dans le delta du Nil, les limites entre villes et campagnes sont floues. Seul moyen de savoir si on est dans une ville ou un village, la taille des bâtiments. A la ville on construit haut même si les appartements restent vacants.
Après une heure dans un de ces trains sans vitre qui dessert tous les arrêts, on arrive dans la commerçante et religieuse Tanta. Malgré  un souk très animé et connu pour ses tissus et ses pâtisseries, la ville pousse dans l’ombre du Caire.
Depuis la fin des années 1980, elle se développe beaucoup se moderniser. « Pour les jeunes, il n’y a rien que de vieux cafés traditionnels ici. Quand on étouffe, on part au Caire », lancent Ibrahim et Muhamad. A 24 ans, ils finissent leurs études et ne rêvent que de partir travailler dans la capitale ou à Alexandrie. Dans les hôtels luxueux qui accueillent les hommes d’affaires, les ascenseurs récitent tout seul le Du’a Al-Rakoub, la supplication du voyage qu’il faut entonner avant de monter un âne ou un cheval.

 


Urbanisme étouffant
L’évolution urbaine incontrôlée du delta est encore plus visible à Damanhur. « La ville est trop grande pour ses habitants », se plaint un chauffeur de taxi. Il y a quelques années, la ville était à l’écart de l’autoroute. Là où s’étendaient des cultures et des pâturages s’élèvent maintenant des dizaines, des centaines d’immeubles. Pourtant, personne ne les habite. Entre deux constructions d’une quinzaine d’étages paissent quelques vaches. L’avenue qui mène à l’ancienne entrée de la ville est interminable. Seuls quelques ouvriers font mine de vous demander l’heure pour savoir si vous êtes Egyptiens.
Paradoxe d’une ville en plein bouleversement, le centre est congestionné, les rues trop petites pour la circulation. A la périphérie, c’est le vide qui règne. On construit à tour de bras alors que tout le monde veut partir.
Damanhur la provinciale. Le village est devenu cité. Ici les femmes sortent peu. Dans les cafés où l’on regarde passer le temps, il n’y a pas de toilettes pour elles. Dans les rues, elles portent un voile bon marché, sans fioritures. On est bien loin de la coquetterie des filles du Caire ou même de Tanta.
Les oubliés du textile
A une demi heure à peine en bus de Damanhur, Kafr El-Dawr. La ville sort d’une énième grève des ouvriers textiles. Dans les rues, pas d’éclairage publique. Les trains de première classe ne s’arrêtent pas dans sa petite gare. Ils se contentent de klaxonner plusieurs kilomètres au loin pour chasser ceux qui traversent les voies. Comme s’ils voulaient seulement réveiller toute la ville ; lui adresser un pied de nez.
Dans un café à la lumière blafarde, Mahmoud raconte, sous un faux prénom, l’histoire du dernier mouvement ouvrier. En février, ils étaient plus de 10 000 à entrer en conflit avec les patrons des quatre grandes usines textiles de la ville. Le gouvernement voulait supprimer le bonus sur salaire promis. L’air triste, il attend avec pessimisme le résultat des négociations avec le gouvernement. L’an dernier, Kafr El-Dawar et les autres villes textiles du delta ont compté 259 mouvements de grève.

Cohue dans la petite gare de Kafr el-Dawar. Les travaileurs rentrent d'Alexandrie et traversent les voies avant de rentrer chez eux.


Mahmoud esquisse un sourire en s’excusant presque. Personne ne parle de sa ville quand il n’y a pas de grève alors que la situation est alarmante : « Aucun ouvrier n’a de couverture sociale. Le seul projet des jeunes est de faire le taxi. Mais il n’y a qu’une seule grande rue bitumée ici. Une seule ! C’est pourtant une ville de un million d’habitants. » Kafr El-Dawar la laissée pour compte.
« Ne me pose pas cette question s’il te plaît », supplie-t-il quand on lui demande ce que vont devenir ses enfants. « Cela me fait mal d’y penser alors même que je ne sais pas ce que je vais faire moi-même. » Il passe ses mains marquées parvingt-six ans de labeur devant ses yeux. Il a commencé a travailler dans l’usine de textile comme simple manoeuvre à l'âge de 14 ans.
Un autre train de première classe passe sans s’arrêter. Le bruit assourdissant couvre un instant les conversations sur la place des Martyrs. « Les martyrs de la guerre de 1973 contre Israël… et ceux des grèves de 1994 tués par la police », explique l’ouvrier. Il est temps de partir. Mahmoud reste derrière et fini son café.


Dernières stations avant Alexandrie. Les jeunes désœuvrés des villes du delta montent dans le train. Ils descendront en gare de Sidi Gaber pour passer un moment dans la banlieue de l’ancienne cité cosmopolite. Ils en repartiront le soir dans un train bondé où certains voyageurs se tiennent debout sur les sièges. Alexandrie est leur bouffée d’air.

egypte-train-web006.jpg 

 

Un jeune un peu shooté se détend dans le train qui le mène vers Alexandire. Il y passera l'après-midi, le temps de se soritr de son quotidien.


La ville marque une rupture. Le delta finit ici. Le rouge disparaît dans Alexandrie la Méditerranéenne. La voie de chemin de fer trace une saignée au milieu d'une gigantesque barre d'immeubles.La porte d'Alexandrie. 

  egypte-train-web008.jpg

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27 avril 2007 5 27 /04 /avril /2007 10:23
Les Egyptiens en général, et les Cairotes en particulier, sont très attachés à leurs voitures. Mais les rues d'Egyptes sont souvent très poussiéreuses. Le peu de pluie ne permet pas de laver les véhicules stationnés.



Certaines voitures restent garées pendant des mois, voire des années sans bouger de place. Leurs propriétaires ont donc eu la bonne idée de les couvrir de bâches pour les protéger de l'outrage du temps.



La plupart d'entre elles sont plutôt sobres, beiges ou écrues. Parfois, l'original propriétaire opte pour des motifs à fleurs et décore la rue d'une bâche bariolée.





Ce signe extérieur de richesse qu'est la voiture n'est pour autant pas complètement ôtée du regard des passant: les propriétaires de Mercedes choisi un modèle qui laisse apparaître le fameux bouchon de réservoir en étoile de leur carosse.
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11 avril 2007 3 11 /04 /avril /2007 12:51

La fête du Printemps

(lundi  9 avril)

 

Cham El-Nessim est une grande fête nationale égyptienne, d'origine pharaonique. Elle célèbre le retour du printemps sur le pays. A cette occasion, le Caire prend un visage bien inhabituel. Les rues sont presque désertées des voitures et des vendeurs de rue (d'un point de vue cairote bien sûr) et les habitants se ruent sur les parcs de la ville.

 

Gema'at al-Ayaouanat, le zoo (litéralement le jardin des animaux) est comme pris d'assaut. Le simple achat d'un billet est un combat à celui qui enfournera le plus vite ses billets devant la caissière.

A l'intérieur du parc règne une joyeuse pagaille. Les familles s'assoient sur des couvertures pour partager un pique-nique géant. Ils sont des milliers et beaucoup d'entre eux ne prettent finalement guère attention aux animaux.

Dans un coin, des enfants combattent à coup d'un spray à l'allure de mousse à raser. Les stands de soda et des  marchands de nourriture sont dévalisés.

Les jeunes se bousculent devant les auto-tamponeuses. Chaque tour dure à peine trente seconde, ce qui ne leur laisse pas vraiment le temps de maîtriser les commandes. Beaucoup ne font que se cogner contre les parois du manège, ce qui ne les empêche pas pour autant de partir dans de grands éclats de rire.

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5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 16:54

J'ai publié un petit article sur les Shuars, ces indiens d'Amazonie dont je vous parle souvent, dans une revue associative du nom d'Aspal.

J'ai rédigé le texte et fait les photos de l'article intitulé "Les Indiens shuars"

Je vous joint ici un pdf du numéro en question.

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26 mars 2007 1 26 /03 /mars /2007 10:58
Pour se laver, un grand bidon bleu et deux bassines rouges. Pour laver le linge, deux bassines vertes ou jaunes. Pour chercher l’eau, pour recueillir l’huile de palme, la bière de banane, de grands et vieux bidons à essence blancs. Pour faire la cuisine, tout un tas de petites bassines, assiettes en plastique aux couleurs vives.

Lorsque la pluie tombe sur l’Afrique, les bords des maisons s’habillent de bassines et autres récipients en plastique. Etrange rituel lorsque l’on sait qu’il y a à peine cinquante ans (soixante peut-être suivant les régions), les Africains d’Ouganda, de Tanzanie où d’ailleurs ne connaissaient que la terre cuite pour leurs récipients.


   Le plastique, et encore plus le bidon en plastique a bouleversé leur mode de vie. La première réflexion qui vient à celui qui partage le quotidien d’un foyer tanzanien est que moins on a d’eau, plus il faut paradoxalement de récipients pour la conserver.

 Lorsqu’il devra se laver, et qu’il verra la quantité d’eau qui lui est offerte par ses hôtes (une quantité déjà bien supérieure à celle que ses hôtes utilisent pour eux-mêmes bien entendu), il se rendra vite compte du caractère précieux de ce liquide. Il comptera alors le nombre de bassines qu’il faudra pour ne pas en gâcher. En plus du contenant principal, il lui en faudra au moins deux autres. L’un servant à récupérer l’eau qu’il se verse dessus avec l’autre. Il pourra ainsi la réutiliser.

Le plastique a aussi amené un grand changement du rôle des enfants dans la société rurale africaine. Du temps où la terre cuite dominait, les récipients étaient beaucoup trop lourds pour que des enfants de moins de 12 ou 13 ans puissent les porter.

 

    Aller chercher l’eau, souvent loin, était donc une tâche de plus dévolue aux femmes. Tôt le matin, avant de s’atteler à la cuisine et au travail des champs, les femmes se rendaient au puit ou à la rivière pour chercher le précieux liquide. Désormais, les puits sont plus nombreux, et surtout ce sont les enfants qui accourent de tous les villages alentours pour chercher de l’eau.

 


 

 Une armée de gosses se rejoint au puit et joue à se jeter de l’eau, fait la course au milieu des hautes herbes avec des bidons blancs. Bien sûr, au retour, il faut toujours porter les 10 litres d’eau, mais il n’y a pas en plus 7 ou 8 kg de terre sur la tête des gosses.
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26 février 2007 1 26 /02 /février /2007 17:04

Vous vous en rappelez sûrement, c'était il y a un an environ. Un certain CPE poussait dans la rue des milliers de jeunes. Alors inscrit à l'université de Saint-Etienne (sans vraiment y aller), j'ai alors passé deux semaines au sein du mouvement sur le site de la Tréfilerie.

Voici donc quelques photos "embedded" comme on dit maintenant en reportage ;-)

cliquez sur l'image pour accéder à la galerie

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19 février 2007 1 19 /02 /février /2007 23:00
 

 Fabrication d'huile de palme en Tanzanie


Les quatres femmes plaisantent entre elles. En swahili, pour que le visiteur, elles disent "Karibu", bienvenue. En haya, parcequ'il répond avec un drôle d'accent, elles se demandent d'où ils vient et elle rient. Elles sont réunies pour fabriquer de l'huile de palme, un des rares produits qui permettent d'apporter un peu de variété dans la nourriture des habitants de la Kagera, dans le Nord Ouest de la Tanzanie.
L'odeur âcre des fruits de palme qui cuisent s'élève d'une vieille bassine en feraille couverte de suie. La présence du feu ajoute à la chaleur étouffante et humide du début d'après-midi.

La chaleur est épaisse, on pourrait la toucher. La femme qui semble la plus jeune  s'empare d'un pilon en bois et frappe dans une grosse barate fendue. Les fruits s'écrasent petit à petit, la pulpe se sépare du noyau (le karité). De temps à autres, elle fait une pose car ce travail est épuisant. En sueur elle s'assied pour mâcher un des fruits. La pulpe a un petit goût âpre et huileux. Le noyau ressemble un peu à une noix de coco en miniature, désagréable si on en mange trop.

 

  

  
 La pulpe est plongée dans de  l'eau bouillante. Le temps que cette dernière refroidisse permet aux femmes de se reposer un peu. Assises sur des rondins, elles papotent tranquillement. Elles n'ont pas la vie facile. La plupart ont perdu leur mari, emporté par la malaria où le Sida. Elles trouvent pourtant encore la force de sourire et de plaisanter.
 
 

 
Lorsque la température de la mixture jaune formée par la pulpe de palme et l'eau a enfin baissé, il faut enlever le fruit pour ne garder que son jus. Plongeant les mains dans le liquide, deux jeunes femmes pressent la pulpe pour la faire dégoûter. La couleur du liquide extrait est d'un jaune profond. On croirait les boubous mêmes de ces femmes.
Loin de la pression à froid, le jus récolté est à nouveau mis sur le feu. Portée à ébullition, l'huile se sépare de l'eau. Elle prend désormais une couleur vermillon. Les couleurs de l'Afrique sont là : le rouge de la latérite du sol et celui de cette huile, le bleu intense du ciel, le jaune des boubous et le vert des feuilles des bananiers.
 


 

Séparé grossièrement à l'aide d'une grande cuillère, l'huile est enfin filtrée à l'aide d'un petit bout de grillage et d'un bout de tissu un peu lâche placés dans une calebasse coupée en deux.

Au bout de deux heures et demies de travail, moins de deux litres d'huile à friture se retrouvent dans un vieux bidon blanc. Le résultat de ce dur labeur semble dérisoire mais ne l'est pas. Pour quelques dollars le litre, il permettra d'améliorer sensiblement le quotidien de ces femmes et de leur famille.

Au bout d'une petite route de terre rouge, au milieu des bananiers, entre deux cases bringuebalantes et au fond d'un vielle casserole d'aluminium se dévoile le visage besogneux d'une Afrique trop souvent oubliée, celle des femmes.

 


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16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 20:49

Petit coin de calme dans Paris, une impasse pavée, bordée de lofts et de maisons aux décors coloniaux. Les bruits de la rue s’arrêtent à l’entrée, sous le porche. Une sculpture en bois, représentant une bataille et rappelant Guernica, prend l’eau. Devant une des entrées d’immeuble se tient un magnifique figuier fraîchement taillé.

L’arbre a donné son nom à la rue : les habitants ont fabriqué une plaque marquée « Cité du Figuier ». Il y a encore une dizaine d’année, il ne serait pas venu à l’idée des occupants de rebaptiser d’eux-mêmes la longue impasse. Le nom aurait d’ailleurs été tout autre : elle abritait alors uniquement des ateliers de métallurgie et leurs ouvriers.

« Des ouvriers, dans le quartier, y’en a plus beaucoup » soupire Chantal, gardienne au 104 rue Oberkampf (la véritable adresse de la Cité du Figuier). La rue est l’exemple même de l’évolution de certains quartiers parisiens. Ouvrier jusqu’aux années 1980, le pâté de maison situé entre les rues Saint-Maur, Moret, Jean-Pierre Thimbaud et Oberkampf est devenu en une quinzaine d’année un lieu branché, prisé des artistes et Parisiens aisés.

Depuis sa loge, Chantal voit toute l’enfilade de l’impasse. Elle est arrivée dans le quartier en 1978, elle est gardienne depuis plus de quinze ans et a vu toute son évolution depuis. Le premier changement, ce sont les ateliers qui ont disparu. On n’imagine plus, aujourd’hui, une demi-douzaine d’entreprises de métallurgie ou d’outillage dans cette partie de Paris. Pourtant, il y avait bien là une entreprise d’emboutissage, « avec une presse de 100 tonnes » explique Chantal en montrant les verrières cadrées de bleu d’un grand loft. « Un sacré boucan ».

Place aux artistes avec enfants

 Lorsque les usines ont fermé, les ouvriers sont partis. « Les anciens non plus il n’en reste pas beaucoup… Il y a encore une gardienne un peu plus haut, mais les autres sont décédés » ajoute-t-elle. « Les ouvriers passaient toute la journée, avec les diables chargés de matos », aujourd’hui ce sont des artistes avec leurs enfants qui vont et viennent. Avec leur arrivée, les prix de l’immobilier ont flambé, le prix du mètre carré multiplié par trois. « Ils se croient dans le 16e les bobos !» pouffe Chantal.

Tout le pâté de maison a vécu le même scénario. La faute à un bar d’à peine 40m2, la Favela Chic (aujourd’hui La Maizon), qui a un jour réussi à capter tous les feux de la « branchitude ». Dans le bar Le Charbon, une foule de jeunes cadres boit tranquillement dans un décor typique des années 1950. Banquettes en cuir brun, murs sombres et vieux zinc poinçonné Martin-Meallet. L’établissement est devenu culte, au point que l’émission hebdomadaire de France 5 Café Picouly y prend ses quartiers.

Pourtant, hormis ses impasses cachées au regard des curieux, le quartier n’a pas un charme fou. La journée il est même plutôt morne. Pas de square, pas de commerce où faire ses courses. « T’en a vu beaucoup des épiceries ? » interpelle Chantal. « Avant il y avait la mercerie à côté. C’était vieux comme tout, affreux. Mais on y trouvait tout, c’était merveilleux. » Justement, la mercerie est devenue un de ces bars branchés. Un de ces lieux qui se donnent de faux airs populaires en gardant plus ou moins le décor ou les devantures des anciennes boutiques qu’ils ont phagocytées. Dans la rue on trouve donc une Mercerie, une quincallerie (le Mécano), une Boulangerie qui n’ont des anciens commerces que le nom. Bien d’autres bars s’alignent sur à peine 400 mètres (Chez Justine, Les Abats-jours à coudre et même une cave devenue un repaire fétichiste).

Un peu plus haut, même l’épicerie vendant des produits des pays de l’Est, ersatz de crème Mont Blanc ou de soupes en poudre en tout genre attire des jeunes au style travaillé, chaussures, pantalon et veste noirs, petites lunettes carrées. Sur la petite Place Verte où les ouvriers allaient chercher des plats cuisinés, on tourne en ce moment un film. Les projecteurs éclairent un îlot mimant la vie parisienne d’un autre siècle, un îlot déserté de ses habitants traditionnels.

 

 Pour vous faire une idée de ce qu'est la "branchitude" et surtout voire ce magnifique café Charbon, allez faire un tour sur le site de l'émission Café Picouly.

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5 février 2007 1 05 /02 /février /2007 17:14

Ils sont déjà nombreux à 9h30 devant la cathédrale Notre-Dame de Paris ce vendredi 25 janvier. En  cette froide matinée, on enterre un des hommes les plus appréciés des Français. Il y a plus de cinquante ans, il avait essayé, par un hiver des plus froids, de réveiller ceux-là mêmes qui le pleurent ajourd'hui.

"Aujourd'hui une femme est morte de froid boulevard de Sébastopol" avait-il dit, en 1954. Le 23 janvier, c'est celui qui s'élevait contre cette misère qui est mort : l'abbé Pierre.

Hormis à l'endroit où les barrières s'ouvrent pour laisser entrer quelques chanceux, la foule est calme. L'émotion se sent sur les visages et les quelques personnes qui grognent car elles ne sont pas rentrées ont droit à des regards réprobateurs. La foule est venue se recueillir et voir partir celui qu'elle aimait.

La plupart des gens ont la cinquantaine. De tous milieux, ils ont passé leurs habits du dimanche pour l'occasion. Beaucoup ont laissé tomber le travail aujourd'hui pour venir.

La cérémonie commence peu après 11 heures. Deux écrans géants diffusent des images de la cérémonie qui se déroule à l'intérieur. Les images de l'abbé ou les vues de son cercueil défilent. Ces images tellement connues de l'abbé, personnifiant tout à la fois souffrance et bonté émeuvent les personnes présentes plus que les discours de ses proches ou des ecclésiastes.

 La foule des anonymes prie en coeur. De nombreuses personnes bien sûr ne sont pas croyantes, mais le silence de tous est, en cet instant, religieux.

Puis le cercueil sort, porté par des compagnons de l'abbé. En écho, une tente est portée à bouts de bras par quelques "compagnons de route". Des personnes dans la foule touchent le cercueil en un dernier hommage. "Le combat continue".  Sûrement, mais le petit village d'Emmaüs se battra désormais seul, orphelin.

 

Lien vers la fondation abbé Pierre.

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1 février 2007 4 01 /02 /février /2007 11:11

Mobilisation citoyenne pour l'écologie

Le grand soir c'est pour ce soir : voici un appel à la mobilisation lancé par "l'Alliance pour la Planète":

L’Alliance pour la Planète (groupement national d’associations environnementales) lance un appel simple à tous les citoyens, 5 minutes de répit pour la planète : tout le monde éteint ses veilles et lumières le 1er février 2007 entre 19h55 et 20h00. Il ne s’agit pas d’économiser 5 minutes d’électricité uniquement ce jour-là, mais d’attirer l’attention des citoyens, des médias et des décideurs sur le gaspillage d’énergie et l’urgence de passer à l’action ! 5 minutes de répit pour la planète : ça ne prend pas longtemps, ça ne coûte rien, et ça montrera aux candidats à la Présidentielle que le changement climatique est un sujet qui doit peser dans le débat politique.

 

 

Pourquoi le 1er février ? Ce jour là sortira, à Paris, le nouveau rapport du groupe d’experts climatiques des Nations Unies. Cet événement aura lieu en France : il ne faut pas laisser passer cette occasion de braquer les projecteurs sur l’urgence de la situation climatique mondiale.

 

 

Si nous y participons tous, cette action aura un réel poids médiatique et politique, moins de trois mois avant l’élection présidentielle!

Certains "experts" en énergie font remarquer que si tout le monde fait ça, l'effet voulu sera inversé. En effet, en France ce sont les centrales à charbon et à pétrole qui fournissent l'énergie d'appoint servant à réguler les demandes exceptionnelles et les fortes variations de la demande.

 

Le fait de tous rallumer d'un coup nos lampes pourrait causer un black-out ou, pour le moins, augmenter la production de la part des centrales les plus sales. Je vous propose donc de ne pas rallumer du tout!!!!

 

Tout le monde dans le noir pendant toute la nuit... cela permettra peut-être à certains de redécouvrir les vertus du sommeil (le gouvernement ne vient-il pas de lancer un "plan sommeil") ou de pleins d'autres choses plus excitantes encore.

 

Bonne nuit...

 

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