Qui parle?

Edito

Le But du Je:
"... Aujourd’hui étudiant en école de journalisme (au CFJ à Paris), j’essaie d’apprendre les bases du métier qui me semble le plus à même de raconter le monde. Pour Kapuscinski (toujours) le reporter est celui qui va parler aux gens..."

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Mardi 27 mai 2008
Sous bien des apects, la photographie pourrait être une des grandes gagnantes de l'ère Internet. Bien sûr, les photographes ont parfois peur d'être supplantés par des amateurs, mais la vitalité de leur production suffit presque à démontrer que cela n'arrivera pas.
En tout cas le média photographique pourrait bien être celui qui bénéficiera le plus des nouvelles technologies et ce pour une raison simple et pourtant inespérée jusqu'alors : on peut désormais faire parler les photos.





Faire parler les photos, c'est exactement ce qu'ont fait des étudiants de l'Université de Miami aux Etats-Unis en interviewant certains des lauréats du prestigieux prix World Press Photo. Pour chacune des séries (tous les vainqueurs ne sont pas là cependant), le photographe explique en vidéo à côté de l'image ou de la série d'images, les conditions de prise de vue, contexte et sens de l'image. On accède ainsi à un peu du hors-champ si précieux à la compréhension.

A voir et à écouter.

Je vous conseille particulièrement l'interview de Tim Hetherington, grand gagnant du prix avec son image d'un soldat britannique en Afghanistan.
par Antonin Sabot-Lechenet publié dans : Inside the Picture ajouter un commentaire commentaires (0)   
Jeudi 3 avril 2008

Les images de la vie politique cherchent souvent le symbole. Les hommes d'Etat sont rarement impliqués dans le genre d'action photogénique qu'apprécient les photographes de presse. Ils captent pourtant beaucoup de leur attention puisqu'ils participent à la vie de la cité et que les journaux ont toujours besoin d'images neuves les représentant.

Les photographes de presse ont développé une parade somme toute naturelle : celle du symbolisme. Puisque les agissements physiques des hommes d'Etat disent assez peu (hormis des détails qu'il est bien sûr aussi très intéressant d'étudier, mais qui demandent souvent une approche en série), les photographes ont décidé de construire leurs images de telle sorte qu'elles puissent tout de même dire quelque chose au lecteur.

Il y a eu les images de Jean-Marie Le Pen placé à l'extrème-droite de l'image, il y a les ombres de François Bayrou pendant ses meetings présidentiels.

Cette fois, il y a cette photo du Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. Cette image est représentative de cette tendance à vouloir symboliser l'image des hommes politiques, de l'envie du photographe (et de l'iconographe qui la choisit) de dire quelque chose. Elle est ainsi lisible en trois temps signifiants.


 Yurdakul/SIPA publié par Libération daté du 31 mars 2008

Le premier est celui de la présence de sa femme, voilée. Le débat sur le voile en Turquie est assez fort. La Turquie est un Etat laïque et de nombreuses femmes, bien que musulmanes n'y portent pas le voile. Inclure la femme voilée du ministre dans l'image, c'est dire que celui-ci est musulman pratiquant, et surtout que son parti revendique l'islam politique. Dans le contexte d'attaque par le Conseil Constitutionnel turc décrit par l'article, c'est même dire que celui-ci est un danger potentiel pour la laïcité.

Un second élément vient renforcer cette thèse, cette impression qui se dégage de l'image : le poteau blanc qui sépare le ministre et sa femme. Sa situation dans l'image est relativement inhabituelle. Couper une image en deux de manière parallèle est très peu courant, pour ne pas dire carrément déconseillé. D'ordinaire ce genre d'élément va plutôt marquer un des tiers de l'image pour lui donner une composition harmonieuse, ou bien sûr un des bords pour l'encadrer ou la fermer. Ici, le poteau semble donc bien placé intentionnellement entre deux parties qu'il convient de séparer : l'homme et la femme.

Le dernier aspect signifiant de cette photographie, sans doute le plus important, est le reflet du Premier ministre et de sa femme. Une fontaine placée entre le photographe et son sujet, coupe l'image en deux et reflète exactement la partie supérieure de l'image. Mais l'eau n'est pas parfaitement lisse et floute l'image de l'homme d'Etat et de sa compagne. Avenir flou pour le dirigeant d'un parti qui pourrait être interdit ? Ou simple flou sur ce que nous-même connaissons de lui et de ses intentions ? En tout cas, l'image n'est pas anodine.

 Yurdakul/SIPA pour TIME daté du 24 décembre.
Cette photographie est issue d'un parution de presse, sa diffusion ici l'est à titre d'information et d'explication sur sa signification. L'auteur de ce blog tient à marquer son attachement au droit d'auteur.

par Antonin Sabot-Lechenet publié dans : Inside the Picture ajouter un commentaire commentaires (0)   
Jeudi 20 mars 2008
L'agence de presse Reuters vient de publier un travail excepionnel sur la guerre d'Irak. Elle a rassemblé dans un site web dédié, cinq ans de travail de ses reporters et de ses photographes durant le conflit.

Cinq annnées après le début du conflit, il en découle une base documentaire d'une richesse rare correspondant à près de vingt heures de vidéos.

Photographies, interviews vidéos des chefs du bureau de Bagdad, scènes d'arrestation, etc...  les éléments assemblés sont très forts par eux-mêmes. Ensemble ils offrent une  réelle profondeur documentaire,et une vision peu commune du conflit.  Rarement a-t-on mis ensemble ces différents points de vue.


C'est à voir ici (cliquez sur l'image pour accéder au site):



iraq.reuters.com

par Antonin Sabot-Lechenet publié dans : Inside the Picture ajouter un commentaire commentaires (1)   
Mercredi 13 février 2008

Pour ceux qui ne l'auraient pas encore vu, le Prix World press a été décerné au photographe britannique Tim Hetherington, pour sa photo d'un soldat américain en Afghanistan.

Mais le World Press récompense aussi de nombreux autres photographes, dans une bonne dizaine de catégorie (à chaque fois en "single photo" pour une seule photo et en "story" pour une série d'images). J'attire donc votre attention sur le lauréat du troisième prix de la catégorie "General News". Il s'agit de Laurent Gerbehaye qui avaient accomagné les étudiants du CFJ et de l'Ihecs (de Bruxelles) en reportage en Egypte l'an dernier. 

Il m'avait beaucoup aidé pour ma série de photos dans le
delta du Nil. Encore merci et surtout bravo à lui !

par Antonin Sabot-Lechenet publié dans : Inside the Picture ajouter un commentaire commentaires (1)   
Dimanche 10 février 2008

"Maintenant, je préfère laisser parler les images" explique James Nachtwey, voix grave et posée. Images du sida, du paludisme et de la tuberculose. Images des maladies ifesctieuses qui ravagent le Tiers-Monde quand l'Occident a presque réussi à s'en débarasser. Comment ne pas les laisser parler ces images face à cet homme au regard profond, un des plus grands photojournalistes du monde ?

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Il est pourtant discret. Même placé au centre des attentions il n'est pas expansif. Les gens qui ce soir de vernissage entrent au Laboratoire ne le remarquent même pas. Pourtant pour celui qui a déjà vu son visage, impossible de le manquer. L'homme dégage une force intérieure impressionnante. 

Attentif, il écoute l'air heureux le jeune photographe qui vient lui serrer la main, ému : "C'est grâce à vous que j'ai voulu devenir photojournaliste" lui dit-il bafouillant. Ses yeux sondent ses interlocuteurs, soutient leur regard de manière rassurante.

"Il ne fait pas qu'observer, il partage" confirme Anne Goldfeld qui a monté le projet de "Combat pour la vie" avec le photographe. Il partage la douleur des gens qu'il photographie et c'est ce qui donne toute leur force a ses images.

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Encore une fois, les photographies de James Nachtwey ont une force hors du commun. Il est toujours au plus près des gens qu'il photographie. Le cadrage est parfait. On a l'impression que le moindre changement de cadre ferait perdre quelque chose à l'image. Ici on perdrait de la force, là des information nécessaires à la compréhension. James Nachtwey fait tout entrer dans son cadre : explications, contexte, émotions... et finalement la chose la plus importante qui soit : l'humanité.

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"Combat pour la vie", photographies de James Nachtwey et portraits vidéo d'Asa Mader, jusqu'au 10 Mars au Laboratoire, 4 rue du Bouloi, paris 1er. Entrée 6 et 4,5 euros.
Conférence d'Anne Goldfeld le 12 février qui témoignera de la façon dont la démarche de James Nachtwey a influencé sa propre expérience de médecin (entrée libre).
Contact:  Le Laboratoire : 01 78 09 49 50 ; www.lelaboratoire.org




Nétiquettes : Photojournalisme Nachtwey conflits
par Antonin Sabot-Lechenet publié dans : Inside the Picture ajouter un commentaire commentaires (2)   

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