Partager l'article ! Eh ! Tu fais quoi avec mes photos là ?!?: Ayant fait le choix de partager mon temps entre photo et journalisme, je ne peux pas me dire entièrem ...
Jeune journaliste, j’essaie de
pratiquer ce métier pour "raconter le monde" et donner à voir ce que l'on ignore parfois. « Le voyage ne commence pas au départ et ne finit pas au retour » écrit
Kapuscinski dans Mes Voyages avec Hérodote. Pour expliquer la façon dont des gens que nous ne connaissons pas voient le monde et leur vie, il faut être près d’eux. En tentant de mieux
comprendre leur point de vue on acceptera mieux la différence et peut-être verra-t-on qu’elle n’est pas si… différente ?
Ayant fait le choix de partager mon temps entre photo et journalisme, je ne peux pas me dire entièrement photographe. J'en garde cependant certaines sensibilités (au sens positif comme négatif) que j'ai parfois dû mettre au placard lors de la réalisation de certains travaux multimédias.
La sélection des photos : "Mais non je veux pas la mettre celle-là, elle est nulle!"
Revenu d'Afrique avec Jean pour notre reportage Africascopie, me voilà à faire la sélection des photos. Parmi plus de 2 500 images, me voilà en train de tailler, de supprimer des lots entiers de photos. Sachant que la construction d'un montage multimédia impose une construction plus fournie du reportage, j'en garde néanmoins plus que ne me dictent mes goûts.
Oui mais voilà, en multimédia il faut des images, toujours plus d'images. C'est la première frustration du photographe qui se frotte aux multimédia. Certains seront contents de pouvoir ajouter certaines images qui sont autant de liant, de ciment pour leur histoire. De mon côté, j'ai souvent préféré les sélections un peu sèches et ajouter des images qui ne me satisfont pas est passablement difficile.
Voir certaines images moyennes prendre place dans une sélection de meilleur niveau, me donne l'impression de gâcher le travail. J'ai l'impression de ne voir plus que ces images médiocres et me dis que le spectateur fera de même. Qu'il ne considèrera plus le travail qu'il voit comme celui d'un photographe alors qu'il ne l'aurait pas discuté devant un choix plus restreint mais de meilleure tenue.
La solution ? Pour le moment je ne vois que celle de ne plus faire que de belles images. Facile à dire.
Le cadrage : "Ah mais ça serait mieux si on le voyait le téléphone qu'il tient dans sa main là. Non il faut couper ? bon ok..."
Cette petite coquetterie n'est malheureusement que la première des déceptions qui guettent le photographe passé au multimédia. Il en est une bien pire quand on commence à s'attaquer au montage et à l'assemblage de deux médias qui auraient peut-être mieux fait de ne jamais fricoter : photographie et vidéo. La question qui se pose alors très rapidement (dès qu'on ouvre un "projet" de montage vidéo pour ceux qui maîtrisent) est celle du format. Et bien sûr, même si les fabricants d'appareils photos et de caméras ne sont qu'une seule boîte, ils n'ont pas choisi les mêmes formats pour l'un et l'autre de leurs produits.
Alors que pour le photographe, ce choix est primordial. On lui a bien assez rebattu les oreilles avec les sacro-saintes règles de composition, avec les règle des tiers, avec les constructions en diagonales et l'équilibre des masses pour qu'il devienne frileux et un peu craintif. Mais tout cela se casse la gueule quand il se rend compte (1) - qu'il va devoir harmoniser ses images et celles de la vidéo ; (2) que c'est plutôt sur la vidéo qu'on va s'aligner ; (3) que celle-ci a été tournée en 16:9eme parce que c'est la mode et que ça va l'obliger à couper soit la tête des gens, soit leurs jambes, soit un morceau des deux ! Quant à glisser dans le futur montage, mieux vaut arrêter tout de suite d'y penser, ce serait se faire souffrir inutilement.
La solution ? S'y préparer à l'avance. En partant en Thaïlande j'avais anticipé le recadrage des photos en 16:9eme et imaginait donc mon cadre en plus allongé... manque de bol, le format des portfolios du Monde.fr est encore plus panoramique et allongé.
La retouche et l'animation : "Oui c'est beau... mais c'est plus vraiment ma photo quand même"
Les problèmes de sélection et de recadrage, finalement, ça pouvait aussi arriver en presse magazine. Le multimédia a inventé une nouvelle torture pour photographe : l'animation.
Les animations, se sont tous ces petits mouvements que l'on imprime aux photos dans un diaporama ou dans un montage multimédia. Cela ne paraît pas énorme comme ça ; mais quand on a appris la photo en lisant n'importe quel magazine photo français ou en suivant de courtes formation en France (je précise car ce n'est peut-être pas vrai ailleurs), on a été pour ainsi élevé dans la rigueur du cadrage avec un filet qui va autour. Le photographe travaille avec un champ et un hors-champ, il pense que son cadre est une limite, une frontière ou s'arrête le sens qu'il a choisi de donner à une scène. Mais là, voilà un petit malin qui ajoute du mouvement à sa photo, qui parfois lui imprime des effets de pseudo 3D ou qui n'en retient que quelques éléments, effaçant les autres.
Pas mal de photographes feraient une crise cardiaque. Et cette fois, il n'y a pas de solution, car tout ça, si c'est entré dans les mœurs à cause d'Apple et de ses diaporamas aux effets automatiques, n'est pas qu'une mode. Cela va rester dans les usages un bon moment (et peut-être même empirer), parce que ça marche. Cela capte indéniablement le regard et l'attention des lecteurs... donc on va continuer à l'utiliser.
Alors oui, il y a une solution : accepter de ne pas être le seul à donner pouvoir donner du sens à une image, savoir qu'un graphiste peut la reprendre et la modifier pour la faire mieux entrer dans une histoire, pour lui donner plus de sens. Finalement, laisser un peu son ego de côté et mettre son travail au profit du journalisme et de la narration.
Et quand on voit ce genre de travail (réalisé en maltraitrant les images de types qui comptent parmi les meilleurs photographes actuels) on se dit que ça vaut la peine (via @Vigieduweb) :
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