Partager l'article ! Combien de temps pour oublier 23 ans de dictature ?: Dans les rues de Tunis, la fierté déborde. Il y a beaucoup de gens qui vous abordent comme ...
Jeune journaliste, j’essaie de
pratiquer ce métier pour "raconter le monde" et donner à voir ce que l'on ignore parfois. « Le voyage ne commence pas au départ et ne finit pas au retour » écrit
Kapuscinski dans Mes Voyages avec Hérodote. Pour expliquer la façon dont des gens que nous ne connaissons pas voient le monde et leur vie, il faut être près d’eux. En tentant de mieux
comprendre leur point de vue on acceptera mieux la différence et peut-être verra-t-on qu’elle n’est pas si… différente ?
Dans les rues de Tunis, la fierté déborde. Il y a beaucoup de gens qui vous abordent comme pour vous prendre à témoin de ce qui s'est passé dans le pays, de ce qui s'y passe encore et de ce qui va changer. « Alors tu as vu ? », interrogent-ils, sans avoir besoin de préciser de quoi ils parlent. On a tout de suite compris. Certains montrent du doigt tel ou tel édifice ou hôtel de luxe vendu trois bouchées de pain à un consortium libyen ou à des amis d' « Ali Baba ». « Maintenant c'est fini tout ça, fini ! », ajoutent-ils avec fermeté, comme une exhortation.
Une question reste en suspend et si elle est visiblement présente dans tous les esprits, personne n'y donne la même réponse : Combien de temps ? Combien de temps pour que cessent les abus, pour que la démocratie soit enfin là et pour que tout le monde puisse profiter des richesses du pays que le clan Ben Ali se partageait depuis des années ? Les revendications, on en a déjà parlé, n'attendent pas, au point que certains s'agacent de voir trop de revendications corporatistes et pas assez de vigilance politique. Mais pour ce qui est de la démocratie personne ne sait combien de temps il faudra. Peut-être six mois pour de nouvelles élections, mais après ? Deux ans ? Neuf ans ? Personne ne sait.
« Pour le moment on est dans le processus de préparation qui permettra ensuite de faire la transition », s'amuse à m'expliquer un étudiant, comme pour dire que ça n'est pas gagné. L'opposition a d'ailleurs elle-même demandé à ce que les élections n'aient pas lieux trop tôt afin de pouvoir mieux préparer son programme.
La question du temps semble aussi difficile à résoudre tant qu'on ne saura pas combien de temps vont durer les manifestations et qu'on ne sait pas combien de « purges » il faudra pour satisfaire ceux qui se sont sentis lésés par l'ancien régime.
« Il faut oublier 23 ans de dictature », m'a glissé un passant hier matin. Forcément, vu sous cet angle, ça peut prendre un peu de temps...
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