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Qui parle?

Jeune journaliste, j’essaie de pratiquer ce métier pour "raconter le monde" et donner à voir ce que l'on ignore parfois. « Le voyage ne commence pas au départ et ne finit pas au retour » écrit Kapuscinski dans Mes Voyages avec Hérodote. Pour expliquer la façon dont des gens que nous ne connaissons pas voient le monde et leur vie, il faut être près d’eux. En tentant de mieux comprendre leur point de vue on acceptera mieux la différence et peut-être verra-t-on qu’elle n’est pas si… différente ?

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Vous êtes encore nombreux à venir visiter Reportage et Photo, pourtant cette adresse n'est plus mise à jour. Si vous souhaitez découvrir mes nouveaux articles je vous invite à venir les voir sur Reportageetphoto.fr. Vous êtes donc cordialement invité à venir y découvrir toujours plus d'analyses d'images, d'histoires de reportages et de documentaires multimédia à cette nouvelle adresse, plus pratique et plus belle.
- Antonin Sabot-Lechenet
16 février 2007 5 16 /02 /février /2007 20:49

Petit coin de calme dans Paris, une impasse pavée, bordée de lofts et de maisons aux décors coloniaux. Les bruits de la rue s’arrêtent à l’entrée, sous le porche. Une sculpture en bois, représentant une bataille et rappelant Guernica, prend l’eau. Devant une des entrées d’immeuble se tient un magnifique figuier fraîchement taillé.

L’arbre a donné son nom à la rue : les habitants ont fabriqué une plaque marquée « Cité du Figuier ». Il y a encore une dizaine d’année, il ne serait pas venu à l’idée des occupants de rebaptiser d’eux-mêmes la longue impasse. Le nom aurait d’ailleurs été tout autre : elle abritait alors uniquement des ateliers de métallurgie et leurs ouvriers.

« Des ouvriers, dans le quartier, y’en a plus beaucoup » soupire Chantal, gardienne au 104 rue Oberkampf (la véritable adresse de la Cité du Figuier). La rue est l’exemple même de l’évolution de certains quartiers parisiens. Ouvrier jusqu’aux années 1980, le pâté de maison situé entre les rues Saint-Maur, Moret, Jean-Pierre Thimbaud et Oberkampf est devenu en une quinzaine d’année un lieu branché, prisé des artistes et Parisiens aisés.

Depuis sa loge, Chantal voit toute l’enfilade de l’impasse. Elle est arrivée dans le quartier en 1978, elle est gardienne depuis plus de quinze ans et a vu toute son évolution depuis. Le premier changement, ce sont les ateliers qui ont disparu. On n’imagine plus, aujourd’hui, une demi-douzaine d’entreprises de métallurgie ou d’outillage dans cette partie de Paris. Pourtant, il y avait bien là une entreprise d’emboutissage, « avec une presse de 100 tonnes » explique Chantal en montrant les verrières cadrées de bleu d’un grand loft. « Un sacré boucan ».

Place aux artistes avec enfants

 Lorsque les usines ont fermé, les ouvriers sont partis. « Les anciens non plus il n’en reste pas beaucoup… Il y a encore une gardienne un peu plus haut, mais les autres sont décédés » ajoute-t-elle. « Les ouvriers passaient toute la journée, avec les diables chargés de matos », aujourd’hui ce sont des artistes avec leurs enfants qui vont et viennent. Avec leur arrivée, les prix de l’immobilier ont flambé, le prix du mètre carré multiplié par trois. « Ils se croient dans le 16e les bobos !» pouffe Chantal.

Tout le pâté de maison a vécu le même scénario. La faute à un bar d’à peine 40m2, la Favela Chic (aujourd’hui La Maizon), qui a un jour réussi à capter tous les feux de la « branchitude ». Dans le bar Le Charbon, une foule de jeunes cadres boit tranquillement dans un décor typique des années 1950. Banquettes en cuir brun, murs sombres et vieux zinc poinçonné Martin-Meallet. L’établissement est devenu culte, au point que l’émission hebdomadaire de France 5 Café Picouly y prend ses quartiers.

Pourtant, hormis ses impasses cachées au regard des curieux, le quartier n’a pas un charme fou. La journée il est même plutôt morne. Pas de square, pas de commerce où faire ses courses. « T’en a vu beaucoup des épiceries ? » interpelle Chantal. « Avant il y avait la mercerie à côté. C’était vieux comme tout, affreux. Mais on y trouvait tout, c’était merveilleux. » Justement, la mercerie est devenue un de ces bars branchés. Un de ces lieux qui se donnent de faux airs populaires en gardant plus ou moins le décor ou les devantures des anciennes boutiques qu’ils ont phagocytées. Dans la rue on trouve donc une Mercerie, une quincallerie (le Mécano), une Boulangerie qui n’ont des anciens commerces que le nom. Bien d’autres bars s’alignent sur à peine 400 mètres (Chez Justine, Les Abats-jours à coudre et même une cave devenue un repaire fétichiste).

Un peu plus haut, même l’épicerie vendant des produits des pays de l’Est, ersatz de crème Mont Blanc ou de soupes en poudre en tout genre attire des jeunes au style travaillé, chaussures, pantalon et veste noirs, petites lunettes carrées. Sur la petite Place Verte où les ouvriers allaient chercher des plats cuisinés, on tourne en ce moment un film. Les projecteurs éclairent un îlot mimant la vie parisienne d’un autre siècle, un îlot déserté de ses habitants traditionnels.

 

 Pour vous faire une idée de ce qu'est la "branchitude" et surtout voire ce magnifique café Charbon, allez faire un tour sur le site de l'émission Café Picouly.

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Published by Antonin Sabot-Lechenet - dans Tintin grand reporter
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commentaires

Antonin 19/02/2007 16:23

Merci beaucoup à tous les deux. Les images, sons, parfums sont ce qui me plait dans ce "métier" qu'est le reportage...Si vous arrivez à voir ce que j'ai vu... an lisant... c'est gagné!

Cyril 19/02/2007 12:53

Bravo, on dirait que tu as vécu tout ça depuis ta naissance. A te lire tant d'images nous sautent aux yeux tant de personnes. Continue comme ça.
Amicalement

Marion 18/02/2007 12:13

Y a pas à dire, t'as un vrai talent pour le reportage. Merci pour le voyage.

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