Le Centre de formation des journalistes (CFJ) prend le virage du numérique. Dès cette année, la filière « écrite » est officiellement remplacée par la filière
« multimédia ». Une reconversion qui ne va pas sans heurts.
L'an dernier déjà, la réforme était sur les rails. La filière de formation à la presse écrite du CFJ allait petit à petit laisser la place à une filière
« multimédia ». Une évolution de raison à l'époque du numérique, expliquaient la direction et certains intervenants. En cette rentrée, la bascule a eu lieu. Mis à part les
quelques dinosaures qui choisiront l'option « agence », les autres candidats à l'écrit partiront pour l'aventure numérique.
En elle-même, l'idée n'est pas sotte. Vues les difficultés de la presse aujourd'hui, elle est au contraire pleine de bon sens et sûrement éclairée de discussions
avec les responsables de médias qui cherchent de plus en plus de profils « multimédias ». Mais la rapidité, la brutalité et l'absolutisme du changement en ont
froissé plus d'un, rue du Louvre.
« Utilisez-vous Netvibes? Des flux RSS? Facebook? MySpace? Wiki? Ziki? Twitter?... » la liste est longue d'applications web inconnues des aspirants
journalistes. Et les tenants du tout multimédia de s'extasier devant l'attitude rétrograde de cette « pourtant jeune » génération. Pendant plusieurs jours, certains parmi les papes de cette nouvelle façon
de communiquer se relayent devant les élèves éberlués de voir qu'en été tout ce qu'ils ont appris a disparu, que le papier est mort (ou presque) et que radio et télévision ne
vont pas tarder à suivre sous les coups de bouttoir d'Internet. Lorsque l'un d'entre eux s'insurge (le même que celui qui vous parle en ce moment et qui pourtant tient un blog
pas encore complètement has been), tout le « réseau social » se fend
d'un commentaire ravageur...
Une vieille machine à écrire, un polaroid, des ordinateurs et un téléphone portable, le tout présenté sur un blog... l'avenir ne doit pas se construire en brûlant tout ce qu'il y a
eu avant.
Oui, les choses changent. Non, nous ne voulons pas faire le même journalisme que nos grands-parents ni partir en Irak avec une machine à écrire de douze kilos. Mais nous ne voulons
pas non plus nous taire face à des tenants de l'ultra-économisme. Car au bout de leur raisonnement il y a l'impossibilité de partir en reportage ou en enquête, tout simplement parce que
cela coûte plus cher que de copier des dépêches d'agences (ce à quoi un des intervenants a répondu, en tout franchise: « Mais vous êtes-sûr que ça sert à quelque chose de partir
en reportage en Somalie? », après avoir expliqué qu'il voulait être journaliste avant d'avoir découvert qu'il y avait « du blé à faire ailleurs » sic).
De coup de massues en coup de massues, nos jeunes journalistes ont pourtant découvert la magie des agrégateurs de flux RSS... ce qui va permettre ici de vous proposer des brèves mise à jour très rapidement à partir d'infos pas forcément accessibles
facilement. Comme quoi il y a du bon partout et que notre rôle est aussi de savoir nous adapter à de nouvelles choses pour enrichir notre métier et en faire profiter le public.
Si vous n'avez pas compris la moitié des mots de ce billet, ce n'est pas grave. La magie des liens va vous permettre de tout comprendre... si vous avez du
temps.
Voir aussi: Ma vieille machine à écrire
Edit le 23 oct : Le filière "écrite" ne s'appelle en réalité pas "multimédia" à partir de cette année. Elle s'appelle, comme l'an dernier la filière "écrite multimédia", mais son contenu a
été largement renforcé dans la connaissance des outils numériques avant même le choix de la spécialisation qui a lieu au CFJ en novembre. Les étudiants réalisent toujours deux magazines
papiers avant de plonger dans la toile.
Commentaires