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Jeune journaliste, j’essaie de pratiquer ce métier pour "raconter le monde" et donner à voir ce que l'on ignore parfois. « Le voyage ne commence pas au départ et ne finit pas au retour » écrit Kapuscinski dans Mes Voyages avec Hérodote. Pour expliquer la façon dont des gens que nous ne connaissons pas voient le monde et leur vie, il faut être près d’eux. En tentant de mieux comprendre leur point de vue on acceptera mieux la différence et peut-être verra-t-on qu’elle n’est pas si… différente ?

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- Antonin Sabot-Lechenet
Mardi 8 février 2011 2 08 /02 /Fév /2011 13:48

degage.jpg

 

La Tunis nouvelle est en effervescence. Depuis que Ben Ali a fuit, la plupart des gens sont bien retournés au travail, mais pourtant il reste impossible de recenser tous les mouvements, toutes les manifestations, qui agitent encore la capitale tunisienne, trois jours après sa « révolution ».

De rue en rue, de bâtiment administratif en bâtiment administratif, on dirait que chaque coin de rue est un lieu de revendication et de rassemblement.

 

Oui la vie a repris. Les vendeurs de rue sont là (ils ne font que pousser leur chariot pour éviter les foules qui longent l'avenue Habib Bourguiba), les cafés ou les restaurants sont ouverts et la plupart des personnes qui sont dans les rues ne sont que de simples passants. Mais il y a une effervescence, une ambiance, une certaine tension aussi, qui sont pour le moins peu communes.

 

Au détour d'une avenue, on tombe sur l'expulsion de je-ne-sais-quelle directrice d'administration, accusée par la foule de n'être qu'une corrompue. « Il y a des tas de gens qui ont un petit Ben Ali à eux au-dessus de leur tête et qui ne peuvent plus le supporter », m'expliquera plus tard un étudiant, quant à la destitution de ces petits tyrans ordinaires favorisés par un régime gangréné et clientéliste. La joie des manifestants dans ces moments est évidente et semble aussi grande qu'au premier jour. Une joie laissant pourtant cette petite légère impression du jugement populaire expéditif. La directrice en question étant emmenée dans une voiture, encadrée de militaires, sans que l'histoire dise si elle a vraiment été arrêtée ou simplement démise de ses fonctions et déposée un peu plus loin, abandonnée à sa nouvelle condition...

 

« Dégage ! Dégage ! Dégage ! »

 

Le mot d'ordre national tunisien, la réplique que l'on entend dans toute les bouches, que l'on voit graffitée sur tous les murs semble aujourd'hui être un débordant et contagieux « Dégage ! ». Il est sur toutes les lèvres, même sur celles de ceux qui ne manifestent pas mais qui se racontent les uns les autres se qu'ils ont vu. C'est un de ces mots qu'au Maghreb on ne prend pas la peine de traduire et qu'on prononce, en français dans le texte, au milieu d'une phrase en arabe.

jeunes.jpg

 

C'est sur l'avenue Habib Bourguiba, là où la foule, par son nombre, a fait vaciller Ben Ali le 14 janvier, que se concentre l'essentiel des cortèges de revendication. En milieu de matinée, ce sont surtout des jeunes qui crient leur fameux « Dégage ! ». Tout au long de la journée, ils sont rejoins par d'autres groupes, avec d'autres revendications. Certains repartent ensuite un peu plus loin, rentrent chez eux ou vont placarder sur une succursale du ministère de l'intérieur les noms de ceux qui selon eux ont profité du système.

 

A chaque attroupement son lot de discussions véhémentes. Difficile pour moi qui suis un piètre (et même moins que ça) arabophone de toujours bien comprendre les tenants de ses discussions. Certains estiment en tout cas que les revendications ont assez duré, que les changements obtenus sont suffisants (au moins pour le moment) et qu'il faut retourner au travail, d'autres se disputent sur les mots d’ordres car de nombreux groupes ont vu en ces manifestations des manières d'exprimer des revendications sectorielles. C'est notamment le cas de certaines branches particulièrement défavorisée qui étaient jusque là forcées de se taire. Ceux qui autrefois n'avaient aucune voix viennent toucher du doigt cette révolution et cette liberté de parole qu'ils viennent de gagner.

 

PS : Désolé pour  les petites photos, je suis parti en argentique sans compter bloguer, et me voilà donc réduit aux photos au téléphone portble

Par Antonin Sabot-Lechenet - Publié dans : Tintin grand reporter - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Vendredi 15 octobre 2010 5 15 /10 /Oct /2010 07:26

On ne peut pas dire tout ce qu'on veut avec des images. Ou en tout cas on peut pas le dire n'importe comment.

 

J'ai été attiré, lors de ma veille sur des sujets photos par un titre du Wall Street Journal : Wind of Change in Havana. Régulièrement abreuvé d'images pitoresques de Cuba, je me suis dit qu'il s'agissait là d'une bonne occasion de voir autre chose. Peut-être des photos d'entreprises un peu modernes ou de petits commerces d'un nouveau style, de voir le mode de vie d'une nouvelle classe moyenne... ou tout autre chose, moins préconçue, que le photographe serait capable de faire remonter à la surface. Bref je voulais être étonné, voir "du nouveau".

 

cuba-velo.PNG

 

Las. Si le texte qui accompagne le portfolio explique que de nombreux changements économiques et sociaux sont en cours à Cuba... on n'en voit rien sur les images (belles néanmoins).

 

Ce sont les mêmes vieux taxis, vénérables mais défoncés. Les types dormant sur leur tricycles ou boxeurs prenant la pose dans une salle de boxe aux murs craquelés. Il y a bien une ou deux photos d'immeubles à l'aspect un peu moderne, mais ils sont noyés dans les images archi-revues de gamins plongeant dans la mer et dont le message est "voyez la vie simple et  tout de même heureuse des Cubains". Pas de grand changement donc.

 

C'est donc à se demander qui ment ? Ou qui se trompe, en reproduisant le discours de l'ouverture et de l'évolution pour l'un et celui du statu quo mythique pour l'autre...

 

 

D'une toute autre manière, on ira jeter un œil au travail de Kadir van Lohuizen, de l'excellente agence Noor, pour le magazine TIME, sur les "fragiles progrès" de l'Irak et dont le titre n'est cette fois pas du tout trompeur.

 

kadir_iraq_05.jpg

____________________________

J'ajoute que je n'ai pas vu, sur le site du WSJ, le nom du photographe et que ça m'agace un peu.

Par Antonin Sabot-Lechenet - Publié dans : Inside the Picture - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Mardi 12 octobre 2010 2 12 /10 /Oct /2010 08:20

A priori, les sites qui proposent sur Internet des photos en grand format, comme The Big Picture du Boston Globe, ne m'attirent pas trop. Par la compilation qu'ils font d'images disparates fournies par des agences et des photographes différents, ils n'ont à mon goût pas assez d'unité dans le traitement des événements.

 

The-Big-Picture.PNG Oui, souvent le résultat est beau, voir bluffant... mais il ne s'agit finalement que de publier en grand les images dont tout le monde (ou presque) dispose sur les fils des agences. Dans un environnement qui ne laisse pas toujours une grande place à l'image c'est bien, mais des approches plus construites et basées sur des commandes ou des exclusivités (comme le fait le New York Times par exemple) me paraissent plus intéressantes en termes iconographiques.

 

Et pourtant, tous les médias qui utilisent ce format, justement un peu trop formaté à mon goût, ne s'en servent pas pour dire la même chose. La différence est frappante quand deux de ces sites construits sur le même modèle (ainsi le Big Picture Russe qui a copié le Big Picture original de Boston) traitent du même sujet. Cette fois, les deux sites en question ont rendu compte, chacun à sa manière des boues toxiques qui se sont déversées en Hongrie la semaine dernière. Et le résultat, s'il est proche, ne laisse pourtant pas la même impression.

 

Bien sûr, il faut garder à l'esprit que la version russe publie 16 photos contre 30 pour la version américaine, les chiffres sont donc à mettre en regard de manière proportionnelle.

 

Bigpicture Russe Première impression : il y a plus de place pour les victimes dans la version russe. En fait il y a plus d'images où les victimes sont présentes dans la version US, mais avec 10 pour 30 images (US) contre 7 pour 16 images (RU), la proportion est moindre. D'autant que les six premières images de la version RU comportent des personnages, alors que seule la première de la version US présente un personnage dans le début de la sélection.

 

La version US a laissé une place beaucoup plus importante aux paysages : 7 images contre 1 seule dans la version RU. Elle laisse aussi beaucoup plus de place aux photographies de dégâts purement matériels (9 contre 1 seule dans la sélection RU).

 

Enfin, le site américain reproduit deux photos de chiens morts, assez graphiques, avec ce rouge caractéristique de la catastrophe et un effet de matière qui renforce la dureté de l'image. Du côté russe les seuls animaux morts sont des poissons, et le seul chien présent, est bien vivant.

 

De mon côté, j'ai l'impression que le Big Picture américain tombe beaucoup plus que son homologue dans le piège du spectaculaire. Piège inhérent à ce type de format (c'est bien pour "faire spectaculaire" qu'on a choisi le grand format non ?) mais qui du coup aurait nécessité d'être contrebalancé par un choix plus sobre des photos...

Par Antonin Sabot-Lechenet - Publié dans : Inside the Picture - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Dimanche 10 octobre 2010 7 10 /10 /Oct /2010 16:50

Ce dimanche 10 octobre, on vote au Kirghizistan. Il s'agit des premières élections depuis l'éviction, en avril, du précédent président : Kourmanbek Bakiev. L'occasion de découvrir en images ce pays méconnu.

 

Le Kirghizistan n'est pas un pays qui a attiré beaucoup de photographes. Sorte de "ventre mou" de l'Asie centrale, le pays instable a vu, en avril, son président renversé. S'en sont suivis des troubles entre les deux principales ethnies du pays : Ouzbeks et Kirghizes. A cette occasion on a vu quelques photos de "news" de ce pays, principalement des agences filaires Reuters (par Vladimir Pirogov), AFP (par Victor Drachiev et Vyacheslav Oseledko) et AP (par Ivan Sekretarev).


Les images de ces deux événements sont à voir notamment sur The Big Picture, le blog du Boston Globe :

 

Avril 2010 :                                 Juin 2010 :

kirg02-big-picture.PNG 

kirg01-big-picture.PNG 

 

Si ces sélections ont l'avantage de rassembler tout un ensemble d'images sur un même thème, elles ont le défaut de manquer d'unité. On ira donc aussi voir les images sélectionnées par le blog LENS du New York Times qui a le bon goût de présenter des reportages de photographe dans leur intégralité, avec donc plus d'unité dans les photos. On découvrira donc avec intérêt le travail du photographe freelance basé à Moscou James Hill et envoyé à Osh (dans le sud du Kirghizistan) par le NYT, ainsi que son témoignage sur les conditions de travail lors de ce reportage. Ses photos sont moins "choc" que nombre de celles retenues par The Big Picture, mais elles n'en sont pas moins touchantes.

 

kirg05-LENS.PNG 

Enfin, on peut aussi s'intéresser à d'autres images du Kirghizistan. Des images prises en temps de paix. Elles permettent de mieux découvrir la vie quotidienne de ce pays et de ces habitants. la vie difficile d'une ancienne république soviétique ou presque tout semble s'être effondré en même temps que le bloc de l'Est.

 

On retiendra ce travail de Carolyn Drake pour le New York Times. Assez poétique, esthétique et centré sur la vie rurale d'un pays composé à 94 % de zones montagneuses.

kirg03-NYT.PNG

Et l'excellent travail de William Daniels, qui lui s'est plus concentré sur les villes du pays, avec son projet intitulé "Faded Tulips" (il avait aussi publié des photos lors des émeutes de juin 2010, à voir ici et qui en a parlé sur le blog L'œil du viseur ici et ).

 

kirg06-LENS-daniels.PNG


Par Antonin Sabot-Lechenet - Publié dans : Inside the Picture - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 12 juillet 2010 1 12 /07 /Juil /2010 22:51

nigeria.PNG

 

J'ai vu passer aujourd'hui un reportage frappant sur la crise alimetaire au Nigéria par Marco di Lauro, de l'agence Getty. Ce n'est pas le premier reportage de ce genre que l'on voit. Le sujet est malheureusement récurrent du photojournalisme. Il est bien traité. Comme souvent ,le photographe travaille dans un camp d'aide aux victimes de la famine, on y voit les gens qui recoivent de l'aide, on voit aussi le bétail mort, et bien sûr, malheureusement, des enfants aux os saillants, épuisés par la famine.


Mais ce qui frappe, et à y réfléchir plus précisemment je pense désormais avoir eu la même impression en voyant de précédents reportages sans pouvoir alors mettre de mots dessus, est l'absence des hommes.

 

Hormis un médecin, on ne voit pas d'hommes sur ces images. Pourtant une telle catastrophe devrait toucher aussi bien les hommes que les femmes. Si je comprends que dans la répartition des tâches, telle qu'elle s'effectue dans une grande partie de l'Afrique, c'est la femme qui s'occupe de l'enfant, il n'en reste pas moins étonnant que dans un tel état de catastrophe, l'homme ne soit pas là pour aider la femme.


Quand on sait que souvent se sont les femmes qui travaillent aux champs - on en voit d'ailleurs dans ce reportage qui partent à la cueillette ou qui préparent de la nourriture (présentée d'ailleurs comme partiellement toxique) - et qu'en plus ici elles s'occupent de bébés mal-nourris... on se demande ce que fait le reste de la famille et plus particulièrement l'homme de la maison.


Pour le moment, la question reste en suspend.

Par Antonin Sabot-Lechenet - Publié dans : Inside the Picture - Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires
Lundi 17 mai 2010 1 17 /05 /Mai /2010 23:11

Ayant fait le choix de partager mon temps entre photo et journalisme, je ne peux pas me dire entièrement photographe. J'en garde cependant certaines sensibilités (au sens positif comme négatif) que j'ai parfois dû mettre au placard lors de la réalisation de certains travaux multimédias.


La sélection des photos : "Mais non je veux pas la mettre celle-là, elle est nulle!"


Revenu d'Afrique avec Jean pour notre reportage Africascopie, me voilà à faire la sélection des photos. Parmi plus de 2 500 images, me voilà en train de tailler, de supprimer des lots entiers de photos. Sachant que la construction d'un montage multimédia impose une construction plus fournie du reportage, j'en garde néanmoins plus que ne me dictent mes goûts.


Oui mais voilà, en multimédia il faut des images, toujours plus d'images. C'est la première frustration du photographe qui se frotte aux multimédia. Certains seront contents de pouvoir ajouter certaines images qui sont autant de liant, de ciment pour leur histoire. De mon côté, j'ai souvent préféré les sélections un peu sèches et ajouter des images qui ne me satisfont pas est passablement difficile.


Voir certaines images moyennes prendre place dans une sélection de meilleur niveau, me donne l'impression de gâcher le travail. J'ai l'impression de ne voir plus que ces images médiocres et me dis que le spectateur fera de même. Qu'il ne considèrera plus le travail qu'il voit comme celui d'un photographe alors qu'il ne l'aurait pas discuté devant un choix plus restreint mais de meilleure tenue.


La solution ? Pour le moment je ne vois que celle de ne plus faire que de belles images. Facile à dire.


Le cadrage : "Ah mais ça serait mieux si on le voyait le téléphone qu'il tient dans sa main là. Non il faut couper ? bon ok..."


Cette petite coquetterie n'est malheureusement que la première des déceptions qui guettent le photographe passé au multimédia. Il en est une bien pire quand on commence à s'attaquer au montage et à l'assemblage de deux médias qui auraient peut-être mieux fait de ne jamais fricoter : photographie et vidéo. La question qui se pose alors très rapidement (dès qu'on ouvre un "projet" de montage vidéo pour ceux qui maîtrisent) est celle du format. Et bien sûr, même si les fabricants d'appareils photos et de caméras ne sont qu'une seule boîte, ils n'ont pas choisi les mêmes formats pour l'un et l'autre de leurs produits.


Alors que pour le photographe, ce choix est primordial. On lui a bien assez rebattu les oreilles avec les sacro-saintes règles de composition, avec les règle des tiers, avec les constructions en diagonales et l'équilibre des masses pour qu'il devienne frileux et un peu craintif. Mais tout cela se casse la gueule quand il se rend compte (1) - qu'il va devoir harmoniser ses images et celles de la vidéo ; (2) que c'est plutôt sur la vidéo qu'on va s'aligner ; (3) que celle-ci a été tournée en 16:9eme parce que c'est la mode et que ça va l'obliger à couper soit la tête des gens, soit leurs jambes, soit un morceau des deux ! Quant à glisser dans le futur montage, mieux vaut arrêter tout de suite d'y penser, ce serait se faire souffrir inutilement.


La solution ? S'y préparer à l'avance. En partant en Thaïlande j'avais anticipé le recadrage des photos en 16:9eme et imaginait donc mon cadre en plus allongé... manque de bol, le format des portfolios du Monde.fr est encore plus panoramique et allongé.


La retouche et l'animation : "Oui c'est beau... mais c'est plus vraiment ma photo quand même"


Les problèmes de sélection et de recadrage, finalement, ça pouvait aussi arriver en presse magazine. Le multimédia a inventé une nouvelle torture pour photographe : l'animation.


Les animations, se sont tous ces petits mouvements que l'on imprime aux photos dans un diaporama ou dans un montage multimédia. Cela ne paraît pas énorme comme ça ; mais quand on a appris la photo en lisant n'importe quel magazine photo français ou en suivant de courtes formation en France (je précise car ce n'est peut-être pas vrai ailleurs), on a été pour ainsi élevé dans la rigueur du cadrage avec un filet qui va autour. Le photographe travaille avec un champ et un hors-champ, il pense que son cadre est une limite, une frontière ou s'arrête le sens qu'il a choisi de donner à une scène. Mais là, voilà un petit malin qui ajoute du mouvement à sa photo, qui parfois lui imprime des effets de pseudo 3D ou qui n'en retient que quelques éléments, effaçant les autres. 


Pas mal de photographes feraient une crise cardiaque. Et cette fois, il n'y a pas de solution, car tout ça, si c'est entré dans les mœurs à cause d'Apple et de ses diaporamas aux effets automatiques, n'est pas qu'une mode. Cela va rester dans les usages un bon moment (et peut-être même empirer), parce que ça marche. Cela capte indéniablement le regard et l'attention des lecteurs... donc on va continuer à l'utiliser.


Alors oui, il y a une solution : accepter de ne pas être le seul à donner pouvoir donner du sens à une image, savoir qu'un graphiste peut la reprendre et la modifier pour la faire mieux entrer dans une histoire, pour lui donner plus de sens. Finalement, laisser un peu son ego de côté et mettre son travail au profit du journalisme et de la narration.

 

Et quand on voit ce genre de travail (réalisé en maltraitrant les images de types qui comptent parmi les meilleurs photographes actuels) on se dit que ça vaut la peine (via @Vigieduweb) :

 

http://www.vigieduweb.com/images/portfolios%20imges-sons/animationPhoto/VIImag-650.jpg

Par Antonin Sabot-Lechenet - Publié dans : Inside the Picture - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Jeudi 6 mai 2010 4 06 /05 /Mai /2010 12:06

Fan de webdocumentaire, je m'étais jusque récemment contenté de l'approcher par la pratique du diaporama sonore. J'avais vu ça chez Mediastorm, à l'époque presque inconnu en France. Je braillais partout qu'il fallait qu'on se lance, que ça n'était pas si difficile après tout, photo plus son, tout le monde pouvait le faire, ajoutez un peu de vidéo et voilà le tout emballé. Mes premières expériences en la matière me confortaient d'ailleurs dans ce point de vue. J'ai fait quelques portfolios sonores qui avaient de la gueule et même une fois en y mélangeant de la vidéo, du texte et des cartes.


DU REPORTAGE...


En réalité, je ne crois pas qu'à l'époque je parlais vraiment de "webdocumentaire", mais plutôt de reportage multimédia. Et à la réflexion en effet c'est plutôt de ça qu'il s'agissait. Beaucoup de gens, ces dernier temps, s'acharnent à avancer la définition la plus pertinente du "webdocumentaire". Je n'en ai pas à proposer et je ne veux pas tracer une frontière entre les genres, mais je peux voir dans ma propre recherche, et à mon petit niveau, une évolution dans la pratique du multimédia. Et là encore, la réalisation d'Africascopie est une étape importante.


Avant de me lancer dans Africascopie j'ai réalisé de nombreux diaporamas sonores. Mis à part le côté technique, je trouve que la réalisation de ce type de format est finalement très proche du reportage classique : aller sur le terrain, interroger des gens, prendre des photos des lieux, des gens, des actions, prendre du son d'ambiance,... finalement il ne s'agit que d'enregistrer sur photo ou sur bande sonore les éléments qu'un reporter papier aurait notés sur son calepin. Le résultat était, je pense, ce qu'on pourrait définir comme le format "magazine" appliqué au web (même sur des sujets chauds d'ailleurs, ça donnait un peu de profondeur).


...AU DOCUMENTAIRE


Et puis il y a le webdocumentaire. Pour réaliser Africascopie, Jean et moi sommes un peu partis la fleur au fusil. Tous les deux avions déjà pas mal bougé (pour notre âge, tout est relatif) en reportage, multimédia ou pas. Et nous avons recueillis les éléments nécessaires au webdoc un peu de la même manière que pour un "gros diaporama sonore". Nous savions bien sûr qu'il faudrait plus de matière : plus de photos avec des plans plus variés, des vidéos en guise de plan de coupe, des vidéos "bonus" aussi, et des interviews qui serviraient d'éclairage en plus du récit linéaire normal, et d'autres éléments, chiffres, cartes, etc que nous recueillerions plus tard. Bref, tout un ensemble de choses que nous n'aurions pas enregistrées pour un simple diaporama-sonore, mais qui ne posaient pas de problème particulier, il suffisait juste d'être plus exhaustifs que d'habitude.


ECRIRE ET REALISER


Mais la vraie différence c'est l'écriture. Avant ou après, dans la préparation ou dans le synopsis et même au montage, on ne raconte pas un documentaire comme un reportage.


Dans le reportage, l'écriture coule de source. Bien sûr, cela nécessite de la recherche, de la nuance, ou parfois au contraire de la vivacité, etc... Mais tout cela découle souvent de l'angle que l'on a choisi. Il y a plus d'unité : on sait de manière plus ou moins évidente d'où l'on part et où l'on va.


Pour le webdoc, c'est autrement plus compliqué : il n'y a pas une seule manière d'écrire un webdoc (comme il n'y a pas une seule manière d'écrire un film), la narration peut-être chronologique, en étoile, chorale, etc... ajoutez à cela les aspects de navigation (la technique quoi) qui jouent aussi sur la manière de raconter l'histoire, et vous comprendrez premièrement que je ne livre pas de "recette magique" de l'écriture de webdoc, et deuxièmement que c'est un sacré job! (Notez que rien n'est dit ici sur la possibilité de faire ça seul ou à plusieurs. On peut très bien imaginer faire ça tout seul, c'est une simple question de temps.)


LE JOURNALISTE SE FAIT REALISATEUR


Sauf que s'il suffisait de prendre ce qu'on a, et de le coller bout à bout en suivant le synopsis que l'on a écrit, ça serait trop simple ! Comme on a désormais écrit une vraie histoire, on se rend compte qu'il va falloir faire coïncider trois matières distinctes pour qu'elles racontent la même histoire : dialogues (ou interviews), images et sons d'ambiance. Et c'est là où on aurait préféré tout écrire à l'avance, ou pour les meilleurs, arriver à y penser sur place pour faire parfois un peu "jouer" les gens : ne serait-ce que leur demander de se rendre à un endroit plus vivant pour raconter leur histoire "dans l'ambiance" ou autre artifice que les gens de la télé connaissent par coeur, mais dont le reporter papier se foutait jusqu'ici pas mal.


En réalité, à ce petit jeu, le journaliste qui veut prendre le spectateur par la main pour l'emmener là où il veut doit se faire réalisateur. Il doit penser à toutes les interactions entre ces trois éléments. Il doit savoir à chaque moment ce que disent l'image, les personnages qui parlent et le son d'ambiance. Et il ne doit pas y avoir de hiatus, sinon l'histoire n'est plus crédible et vous perdez l'internaute. Si dans un film le personnage commence et finit une action en étant habillé différemment, vous ne comprendrez pas. Dans un webdocumentaire, à priori vous pouvez avoir recueilli la matière sur plusieurs jours, mais si ça n'est pas dit, alors on ne comprendra pas pourquoi, entre deux phrases ou deux mouvement, votre personnage à changé de chemise... A ce stade le journaliste réalise son sujet et n'est plus uniquement reporter, dans le sens de "celui qui rapporte".


Bref le webdoc c'est du "storytelling" dans toute sa splendeur, avec ses avantages (si tu arrives à emmèner l'internaute c'est vraiment fort) et ses inconvénients matériels voire éthiques, puisque parfois on exagère ou "élastifie" un peu la réalité pour la rendre plus visible. Mais ça c'est une autre histoire.



Par Antonin Sabot-Lechenet - Publié dans : Tintin grand reporter - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires

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