Jeune journaliste, j’essaie de
pratiquer ce métier pour "raconter le monde" et donner à voir ce que l'on ignore parfois. « Le voyage ne commence pas au départ et ne finit pas au retour » écrit
Kapuscinski dans Mes Voyages avec Hérodote. Pour expliquer la façon dont des gens que nous ne connaissons pas voient le monde et leur vie, il faut être près d’eux. En tentant de mieux
comprendre leur point de vue on acceptera mieux la différence et peut-être verra-t-on qu’elle n’est pas si… différente ?
Un article réalisé il y a environ un an sur un très bon groupe stéphanois.
Comme beaucoup d'autres groupes, les membres d'Aabsinthe se rencontrent au lycée. Seulement, alors que les autres s'arrêtent au bout de quelques temps, eux ont continué et sont en train de se faire un nom.
Le métal, musique héritière du hard rock, a tendance à faire un peu peur, ou au moins à laisser dans l'incomprenhension certaines personnes. Il est vrai qu'au premier abord, les cheveux longs, les habits noirs, et les cris sauvages de certains de ses adeptes peuvent interroger. Mais passer le premier étonnement on rencontre souvent des gens très sensés et qui pratiquent ce style par réel goût de la musique. Les musiciens du groupe Aabsinthe sont de ceux là.
Comment sont-ils venus à pratiquer leurs instruments (batterie, guitares, basse et clavier) dans un style aussi extrème que le death metal? La réponse est finalement simple et commune à beaucoup de groupes quels que soient les styles: «une envie de s'amuser, de se défouler un peu aussi» avoue Pierre, le chanteur. «Il y a aussi l'envie de répondre à des questions que l'on se pose un peu tous quand on est jeune, sur l'existence par exemple» ajoute-t-il à propos de ses textes.
Point important du death metal, et de la musique d'Aabsinthe en particulier, est la grande technicité instrumentale. L'essentiel est que la formation ne laisse pas pour autant tomber l'émotion. Les cinq membres font de la musique pour exprimer ce qu'ils ressentent et ne sacrifient pas ce besoin sur l'autel de la performance.
Passer un cap
Se faire reconnaître dans le milieu du métal est assez difficile. De nombreux prétendant en restent à jouer dans de sombres petits bars. Aabsinthe a su, grâce à sa maîtrise technique et surtout par la relative originalité de sa musique (influencée par des pointures mais gardant ses propres moyens d'expression) s'imposer petit à petit. Il y a peu le groupe a signé en distribution sur un label de métal et des publicités pour leur album The Loss of illusions sont parues dans les plus gros magazines de métal français. «Nous avons l'impression d'avoir passer un cap» confiait Sylvain, batteur, après avoir fait la première partie du groupe Gojira à Dijon il y a quelques mois.
Un cap qui se ressent dans leur manière de travailler ainsi que dans leur nouvelles composition. Toujours aussi violentes elles font pourtant ressentir beaucoup d'émotion. Une émotion que les deux compositeurs du groupe, Pierre et Hugo ne sont pas aller chercher dans la facilité d'une jolie mélodie: «On veut faire ressentir les choses par la force de la musique» analysent-ils.
Un morceau de ce groupe: Near death experience, issu de l'albume The Loss of illusion
Le site Myspace d'Aabsinthe avec plus de son.
Le site officiel du groupe avec des dates de concert.
Uncle Imani commence à parler avec un gros joint d’herbe entre les lèvres, les yeux un peu dans le vague. « Tu sais pas où je peux en trouver plus dans le coin ? » Depuis le Sud sa Californie natale, il s’est un peu perdu dans le brouillard stéphanois. De passage pour un concert, le voilà dans un local ressemblant plus à une cave qu’à une salle de spectacle. Des allures de block-party (les premières soirées hip-hop organisée dans les années 70 et 80 à New-York) qui ne devraient pas déplaire à ce rappeur qui a commencé la musique il y a près de vingt ans lors de fêtes d’anniversaire au lycée.
Les basses passent au travers du mur très fin qui sépare les loges de la salle de concert. Les membres de Lunar Heights, un groupe de Détroit dont l’un est un cousin d’Imani, font leurs balances et règlent leur son. Le bonnet rasta au ras des oreilles « l’oncle » écoute un moment et explique sa position sur l’industrie du hip-hop : « Au début on avait pas assez d’information sur ce que c’était. Quand tu es dehors et que tu jettes un œil à l’intérieur, tu ne comprends pas trop. On a fait quelques erreurs. Ce que j’en pense maintenant ? C’est qu’il ne faut laisser personne décider pour toi ce que tu dois faire, il ne faut pas dépendre d’une compagnie de disque. »
Les membres de Lunar Heights soutiennent Imani pendant son show.
Sur scène, Uncle Imani (à gauche) prêche plus qu'il ne rappe.
Conscient qu’il y a quinze ans lui et ses « potes » ont amené quelque chose de nouveau dans le rap, il continue de plaquer autour du monde son hymne Passing me by. Père de deux enfants, Imani a envie de continuer: « Parcourir le monde, chanter pour nourrir les siens est une bénédiction. Tant que je m’amuserais là-dedans je vais continuer. »
Ce qu’il continue de faire, c’est d’inventer des sons. Avec Bizarre Ride, les Pharcyde ont apporté du jazz dans le rap « on a éclairé un côté du hip-hop que les gens ne connaissaient pas, même si on a pas cassé le moule ‘gangster’ car l’album The Chronicle de Dr Dre était numéro un » analyse-t-il. Avec son album solo, il rappe sur un son entre le reggae et l’électro. « C’est une progression naturelle, tout doit changer. Les gens ont peur du changement alors qu’il suffit de s’y préparer. » Près de vingt ans après ses débuts, Imani continue à monter sur scène. Sans pression, « la pression c’est pour les mecs qui ne sont pas prêts », sauf que pour ce soir, il lui faudrait encore un peu d’herbe.
L'hymne qui a fait connaître les Pharcyde: "Passing me by"
Le site My Space des Pharcyde avec de la musique.
Le site My Space d'Uncle Imani avec de la musique.
"I'm just a receiver" explains Uncle Imani, in his late thirties, a member of the rap band The Pharcyde. It has been a while since the band's first album Bizarre ride to the Pharcyde was released, "fifteen good years" he says, and a lot of things have changed. Now The Pharcyde and its members are known worldwide whereas before this album they were just a fistful of friends having fun at birthday parties. "That's a natural progression" Imani philosophically points out. "Everything has to change, and change is good because it means that you're growin' ", he adds with his strong black Los-Angeles accent.
The first album of the band was released by Delicious vinyls but they soon moved to independent labels. Their second album, Labcabincalifornia, hit hard at music business with the song Devil music : "Every time I step to the microphone / I put my soul on two-inch reels that I don't even own." Twelve years later he explains: "We weren't running fast enough for the record companies. They have deadlines and that type of shit. It's like… man this is not what we're tryin' to do".
Deuxième partie durée 10 min
Le petit prodige de la folk expérimentale
Angil and the Hiddentracks font dans la folk expérimentale. Une étiquette qui a du mal a contenir la diversité de la musique d'un des groupes les plus intéressants de la scène stéphanoise.
Il a l'air tout calme et modeste. Quand il marche dans la rue il y a fort à parier que Michaël, alias Angil, n'attire pas beaucoup l'attention. Et pourtant sur scène on n'a d'oreille que pour lui. Cela fait déjà longtemps qu'avec son groupe, The Hiddentracks, il fait preuve d'une grande inventivité musicale et qu'il montre la vitalité de la scène stéphanoise.
L'histoire commence il y a déjà 13 ans, il n'en avait que 14 à l'époque. Avec son cousin François, il monte un groupe influencé par le rock de Deus. Aujourd'hui la donne a un peu changé, Angil and The Hiddentracks font dans la folk, tendance expérimentale.
«L'idée de départ reste de faire une belle chanson» explique Angil, chanteur et guitariste, quant à sa manière de composer. Là c'est le côté folk qui parle, une guitare et une voix. Mais l'aspect parfois un peu facile de ce style est dépassé grâce aux Hiddentracks. Rassemblement quelque peu hétéroclite de treize musiciens intervenant au gré des concerts, et de leurs envies. Ils rajoutent la touche d'expérimentation et d'imprévu dans la musique qui fait que l'on ne s'ennuie jamais.
La prise de risque comme moteur de la création
C'est le côté amateur de jazz des membres du groupe qui s'exprime un peu par là. Même Flavien, aux platines, fonctionne sur un mode proche du jazz. Agissant telle «une petite fenêtre», il compose des samples en direct, en ajoutant une ambiance différente qui passe le temps de quelques mesures, «comme quelqu'on entend siffloter dans la rue».
C'est justement cela qui fait l'intérêt du groupe. Une cohésion qui permet de prendre des risques en improvisant. Le résultat paraît pourtant tout à fait organisé contrairement à d'autres styles dits «expérimentaux». On est pas perdu à l'écoute et l'on voit que les musiciens sont à l'aise ensemble. «Notre manière de répéter c'est de discuter de musique, d'ambiances et d'atmosphères» explique d'ailleurs Angil.
Sur album, les morceaux sont un plus travaillés, les transitions plus evidentes et efficaces . Mais là encore, l'idée de la contrainte comme source de création est de mise. Angil compose puis invite les différents musiciens du groupe en fonction des moyens techniques à sa disposition. Aucun ne sait très longtemps à l'avance ce qu'il va faire. Parfois ils jouent même à l'aveugle sans avoir entendu le morceau. Pour son prochain album, prévu pour la fin de l'année, la contrainte vient des plus grands de la littérature. Un album oulipien ou les textes sont écrits sans la lettre «e».
Angil and the Hiddentracks, albums disposnibles: Teaser for matter, chez Unique records, et album en collaboration avec Broadway: The John Venture, chez Facto records.
Illustrations issues de la pochette de l'album d'Angil "Teaser for: Matter" : Nathalie Damon-Lacoste.
Une chanson d'Angil "She said What you doing he said I am leaving"
Le site Myspace d'Angil avec de la musique à écouter
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