Jeune journaliste, j’essaie de
pratiquer ce métier pour "raconter le monde" et donner à voir ce que l'on ignore parfois. « Le voyage ne commence pas au départ et ne finit pas au retour » écrit
Kapuscinski dans Mes Voyages avec Hérodote. Pour expliquer la façon dont des gens que nous ne connaissons pas voient le monde et leur vie, il faut être près d’eux. En tentant de mieux
comprendre leur point de vue on acceptera mieux la différence et peut-être verra-t-on qu’elle n’est pas si… différente ?
Formée il y a deux ans, la Fondation Phénix reste un groupe confidentiel et
underground. C'est pourtant la formation la plus inventive de la scène stéphanoise.
La Fondation Phénix fait dans le métal agrémenté de rap. Un style violent et pas forcément facile à écouter au premier abord. Pourtant les membres de la Fondation sont loin justement de se
prendre au sérieux. En les voyant dans un bar, on penserait plus à une bande de potes en train de faire les idiots qu'à un groupe de musique en train de répondre à une interview.
Leur histoire commence il y a deux ans. Les membres se sont rencontrés au fil des concerts de leurs groupes précédents et décident de monter un projet ensemble. L'idée de départ
est simplement de mélanger du rap et de vrais instruments, rien de bien révolutionnaire. La suite sera autrement plus excitante.
« Un truc un peu particulier s'est passé avec cette réunion d'individus », explique Hugo, l'un des deux guitaristes. « C'est un peu par hasard, mais il y a une
alchimie particulière qui s'est dégagée ». Une alchimie qui a poussé la Fondation Phénix sur des pentes peu explorées du métal et du rap. Leur musique sait ce
faire tantôt violente tantôt mélancolique. Leurs mélodies sont parfois très « carrées » et construites au métronome comme l'exige le métal traditionnel et parfois complètement explosées
comme une sorte de kaléïdoscope appliqué à la musique.
On ne ressort pas indemne de l'écoute de leur premier disque quatre titres. En vente nulle part, mais écoutable partout, c'est une première étape en attendant un album en préparation, prévu pour le début 2008.
Multiforme mais cohérent
« Lorrain lui, il est juste là pour faire des grimaces » explique Clément, quand son ami répond à côté à une question. Ils sont cinq à se marrer autour d'une table. Les cinq membres de la Fondation phénix ne font pas de manières et expliquent leur parcours sans se prendre la tête et surtout sans s'inventer une attitude.
Par exemple, Adrien (chant) ne fait pas de secret sur ses évolutions musicales et sur sa manière d'écrire. Comme beaucoup de rappeurs, il commence par s'inspirer du groupe marseillais Iam et du rap américain. Très vite il passe à des textes politiques. Vient désormais le temps d'une écriture plus introspective, souvent sombre. Il arrive à passer d'un chuchotement mystique qui fait tendre l'oreille à un rap puissant qui fait secouer la tête et se transforme parfois en cri remuant les entrailles du public.
A y écouter de plus près, chaque instrument fait de même dans ce groupe multiforme. C'est ce qui donne une cohérence. Chacun transmet des émotions qui s'affrontent mais se complètent pour
finalement révéler un peu de la complexité humaine. Le résultat est tantôt violent, tantôt bouleversant. La Fondation Phénix fait renaître rap et métal après les avoir détruit par le
feu.
Un métaleux avec une grosse barbe et des des gangstas un peu
maigrelets, c'est la fameuse "alchimie" de la Fondation Phénix
Un ensemble artistique complet
/ Clément Rhétorie
Les groupes de musique « violente » veulent souvent se donner une image en adéquation avec leur style. On observe alors des rangées de visages sombres et fermés
et des graphismes torturés ou ensanglantés. La Fondation phénix s'en moque et se moque d'elle-même. « On ne se prend pas trop au sérieux » confirment-ils. Espace d'expression presque
autant que la scène, leur site « Myspace » est un happening permanent. S'y côtoient des portraits déformés des membres du groupes et des dessins naïfs. Les membres de la Fondation y
font aussi preuve d'un humour pour le moins décalé. Acides, ils s'attaquent sans donner l'air d'y toucher à la fois aux clichés du métal et du rap, mais aussi à un certain air du temps qui
donne de l'importance à des choses futiles. Dans un joyeux fouillis ils envoient tout en l'air et proposent « une opération Okavango » à Nicolas Hulot.
« La fièvre de mon pays c'est la malaria, la fièvre de mon pays c'est l'inflation, la fièvre de mon pays c'est le manque de liberté » chantait Fela Kuti dans son album Yellow Fever. Dix ans après la mort de l'artiste-prophète, le 2 août 1997 à cause du sida, ses mots sonnent encore affreusement juste.
Pochette du disque Black President
Fela Anikulapo Kuti, saxophoniste et chanteur, a initié le mouvement musical de l'afrobeat, une fusion entre les mélodies du jazz, et de la funk et les rythmiques
africaines. Musicalement, une révolution avec pas moins de 25 albums à son actif. Mais Fela Kuti ne s'est pas contenté de révéler la musique africaine à l'occident (à
l'Amérique notamment où il a passé quelques années), il a aussi été un véritable activiste politique.
Dans ses actes et ses chansons, il n'a cessé de lutter pour la justice, contre la corruption des régimes militaires dictatoriaux africains. A Lagos, la capitale du Nigeria,
il créa une république indépendante dans sa maison : la Kalakuta Republic, faisant beaucoup d'émules qui le rejoignirent.
Dans ses chansons, Fela est virulent et sarcastique. Ainsi la chanson Zombie où ils s'en prend aux militaires africains. Les traitant de
zombies qui "ne parlent pas si tu ne leur demande pas de parler, qui ne pensent pas si tu ne leur demande pas de penser". "Dis-lui de tuer et il tue, dis- lui de marcher droit et il
marche droit".
Extrait de Zombie par Fela Kuti
Cette chanson lui valut "l'invasion" de la Kalakuta Republic par les militaires Nigérians et un passage à tabac. Mais Fela Anikulapo (celui qui porte la
mort dans un sac) Kuti ne se démonte pas et répond à la violence par les mots dans la chanson Unknown Soldier.
Politique, il dénonce les affres des systèmes politiques africains, entretenues à la fois par les polticiens noirs que par les néo-colonialistes "sorciers blancs" qui
pillent les richesses du continent. Dans la chanson I.T.T. (pour International Thieves) il explique leur façon d'agir : "Ils se font les amis des journalistes, les amis des membres des
commissions, amis des secrétaires d'Etats, amis des ministres et puis ils commencent à voler à l'argent. Ils commencent à voler, à faire de l'inflation, de la corruption..."
Extrait de I.T.T. de Fela Kuti
Fela a été l'espoir d'un pays, le Nigéria. Il a aussi été le leader incontesté d'un mouvement musical innovateur et qui continue aujourd'hui à vivre en référence à lui. Aujourd'hui
ce sont les propres fils de Fela, Femi et Seun, qui ont repris le flambeau de l'afrobeat et son message.
Visuel extrait du disque Black President
A écouter : Black President, une compilation des meilleures chansons de Fela.
Shoki Shoki, un des meilleurs disques de son fils Femi.
A visiter : Le site Fela project
A voir : Le film de Stephane Tchal-Tadgieff, où Fela annonce qu'il va devenir président du Nigéria (sur Youtube en 6
parties)
Le festival de La Musique des Cuivres du Monastier sur Gazeille... une fanfare et du souffle, beaucoup de souffle.
"Ceux qui marchent debout" sont tous debout, même le batteur (dédoublé pour le coup)... Au bout d'un moment ils entrent dans la foule elle-même.
Je vous ai déjà dit que j'adorais le groupe ANgil and the Hiddentracks. Pour moi, c'est un des groupes les plus inventifs de la scène stéphanoise.
J'ai retrouvé dans un vieux carton une planche contact d'un concert de ce superbe groupe. Voici quelques images qui en sont tirées.
Pendant que le groupe joue, un artiste dessine en direct sur un écran des images illustrant les chansons.
Avec en bonus pour vous une très belle chanson d'Angil: A Long way to be happy, Darlene
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